Lexique

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A

  • Antéprédicatif

    Mot à mot, c’est ce qui vient avant tout prédicat ou détermination concrète. L’antéprédicatif se donne, selon les philosophies, comme “structure” de la réalité —chez Levi-Strauss par exemple —, ou comme structure transcendantale de l’esprit humain organisant tout donné d’expérience dans des cadres a priori. La prétention à poser un antéprédicatif occulte la dimension fondamentale de la praxis humaine qui est nécessairement œuvre pour produire les moyens d’existence et intervention dans les chaînes causales naturelles.
    * Dans “L'Être et le Code”, dans la “génétique du sujet”, les premiers moments du corps-sujet sont antéprédicatifs: il s'agit de la donnée biologique du corps du prématuré. Mais celle-ci va subir un processus dialectique d'appropriation et de négation d'un ”corps-substance” originel vers un “corps-sujet” (voir lexique).
    * Dans “L'Être, la Praxis, le Sujet”, l'antéprédicatif est le premier moment correspondant à l'ontologie temporelle et à l'homme originel: “L'antéprédicatif rend compte de cette double transformation: de l'être au genre et du genre au genre, de l'humanisation de son héritage évolutionniste et de la création du genre par lui-même. Il est le lieu logique où l'être s'achève et le genre commence” (Livre 3, I , A).

    Il y a donc deux usages de l'antéprédicatif: l'usage réactionnaire de la donation de sens par l'antéprédicatif, dans lequel l'antéprédicatif intervient comme un “résidu transcendantal” face aux efforts d'appropriation de soi et l'usage progressiste qui fait de l'antéprédicatif un moment dans un parcours dialectique dans lequel le genre humain comme l'individu produisent les déterminations à partir de l'être reçu qu'ils façonnent.

  • Anthropologie

    L’anthropologie est l’étude ou la science de l’homme qui, par-delà ses différences sociales et ses coutumes, permet de définir les éléments universels communs. Michel Clouscard en énonce les fondements à partir de la dialectique de la production et de la consommation, dont la relation équitable peut générer l’équité universelle dans le rapport entre les hommes et les peuples. // [Rieu / Clouscard]

    La démarche de Clouscard est de produire une philosophie de la praxis ( qui est également philosophie de la connaissance ) pour établir la relation dialectique entre la phylogenèse ( procès de production du genre, diachronique) et l'ontogenèse ( procès de production du corps-sujet, synchronique )

    L'étude des peuples et des cultures peut s'opérer à partir d'une analyse sur l'universalité des moments dialectiques d'un ensemble logico-historique qui permet d'appréhender le développement de la praxis et le développement de la subjectivité, au delà de la diversité observable.

    Sa démarche écarte l'historicisme, la donation de sens par l'ontique ou par l'invariant structural. Les deux moments de l'ouvrage "l'être, la praxis, le sujet" vont ainsi analyser deux ensembles dialectiques qui se développent simultanément : la dialectique " être - praxis - sujet " et la dialectique " être - genre - corps-sujet "

    Concrètement, l'ensemble logico-historique exposé comment l'économie politique se constitue en anthropologie.

    En termes de philosophie de l'action, cette connaissance des moeurs, des classes sociales et de la pesnée est le concret d'un moment des rapports de production. La connaissance anthropologique permet de développer considérablement le savoir critique du marxisme. [S.B.]

  • Accumulation primitive

    Chez Clouscard comme chez Marx, l'accumulation primitive du capital est le processus historique qui a conduit la bourgeoisie à se créer par les rapines et la violence son capital, qui a permis la révolution industrielle, et le salariat. On l'appelle accumulation primitive car elle s'opère dans un cadre pré-capitaliste et c'est elle qui met en place les rapports de production capitaliste, qui rendent possible l'accumulation du capital par l'exploitation du travail.

    Marx avait étudié historiquement et économiquement la phase de l'accumulation primitive dans "le Capital", pointant notamment les procédés typiques qui ont vu la concentration du capital. Ce processus ne fait pas partie de l'histoire officielle, il est non dit et non su. L'accumulation primitive du capital s'est déroule en phases successives, qui se renforcent les unes les autres: commerce colonial, expropriations et révolution agricole, dans un langage éloquent, percutant, et militant, expliquant que le capital arrive au monde « suant le sang et la boue par tous les pores », à une époque où ce capital se faisait fort d'apporter confort et progrès technique.

    Chez Clouscard, l'approche de l'accumulation primitive du capital va être abordée anthropologiquement, selon une approche complémentaire et très utile pour le progressisme. Dans "l'Être et le Code", l'histoire secrète de France révèle au travers d'une anthropologie historique le parcours des classes sociales émergentes de la féodalité à la Révolution Française. Du statut de serfs émancipés à la bourgeoisie commerçante, déjà étudiés par Marx, Clouscard (à la suite de L.Goldmann par exemple ) va rajouter les moments sociologiques de la bourgeoisie de robe (accession au statut intellectuel) et de la bourgeoisie des Lumières à la compréhension de la genèse dialectique d'un ensemble capitaliste moderne. Clouscard dévoile la généalogie du moralisme bourgeois selon la dialectique du frivole et du sérieux et analysant la philosophie de la connaissance, il permet de dévoiler la généalogie de l'épistémomlogie néo-kantienne, comme trahison de Kant et philosophie de la connaissance organisée en opposition à l'analyse de la lutte des classes ( voir Néo-kantisme )

    Tandis que chez Marx, l'accumulation pritimive est analysée obbjectivement pour faire la généalogie de l'économie politique capitaliste et des rapports de production, l'approche complémentaire de Clouscard dévoile comment l'exploration de l'histoire société civile et de l'anthropologie de la société pré-capitaliste puis capitaliste permettent de rendre compte de "l'inconscient de l'inconscient" (produire pour consommer) et de la "névrose objective". L'accumulation primitive est constitutif de la réalité objective qui échappe aux superstructures conscientes. La "culture mondaine" est alors le vécu de classe dans l'occultation des contradictions constitutives des rapports de production.

    Par ailleurs, dans un axe synchronique, le vécu des rapports de production condition la psychologie du développement de l'individu. L'analyse de "l'ontogenèse", vue comme procès de production du corps-sujet, permet de rendre compte du montage identitaire idéaliste et donc de l'idéologie. Le bébé est un prématuré qui consomme sans produire. Les ressorts psychologiques de l'accumulation primitive sont dévoilés puisque le stade du nourrisson, consommateur absolu, est un stade qui incite à toutes les nostalgies, à toutes les angoisses et initie les motivations du "sadisme objectif" qu'est la jouissance dans la "culture mondaine". Les catégories existentielles de la connaissance selon l'économie politique de la famille et de la classe sociale permettent d'analyser les termes dans lesquels l'accession au savoir de classe permet de consolider l'être de classe, sans rejoindre la prise en compte des problématiques politique de la spoliation, de l'injustice, etc ... (sinon dans la superficialité d'élans humanitaires insuffisants)

    L'accumulation primitive dans la sphère économomique ne peut exister sans la culture de classe. Le procès historique qui produit la philosophie de la connaissance tronquée du néo-kantisme permet de ratifier le "non-dit" et le "non-su" des oeuvres d'une portion plus active et plus prédatrice de la bourgeoisie gestionnaire et accumulatrice. Clouscard parle alors de "volonté de ne pas savoir"

    Un point commun à Marx et Clouscard : Adam et Eve et "le péché originel"

    Marx et Engels se confrontaient à l'idéologie protestante de leur temps : " De même, il y avait autrefois, mais il y a bien longtemps de cela, un temps où la société se divisait en deux camps : là, des gens d'élite, laborieux, intelligents, et surtout doués d'habitudes ménagères; ici, un tas de coquins faisant gogaille du matin au soir et du soir au matin. Il va sans dire que les uns entassèrent trésor sur trésor, tandis que les autres se trouvèrent bientôt dénués de tout. De là la pauvreté de la grande masse qui, en dépit d'un travail sans fin ni trêve, doit toujours payer de sa propre personne, et la richesse du petit nombre, qui récolte tous les fruits du travail sans avoir à faire oeuvre de ses dix doigts.

    L'histoire du péché théologal nous fait bien voir, il est vrai, comme quoi l'homme a été condamné par le Seigneur à gagner son pain à la sueur de son front; mais celle du péché économique comble une lacune regrettable en nous révélant comme quoi il y a des hommes qui échappent à cette ordonnance du Seigneur."

    (Le Capital - Livre premier , Le développement de la production capitaliste , VIII° section : L'accumulation primitive ; Chapitre XXVI : Le secret de l’accumulation primitive)

    Clouscard va lui analyser la structure originelle de l'économie biblique et de l'éthique de la praxis. dans "l'être, la praxis, le sujet", il revendique d'avoir laïciser le "péché originel" 3 ) La laïcisation du Péché Originel
    " Nous avons laïcisé le péché originel. Pour proposer les enjeux spirituels de l’économie politique. Pour établir comment cette économie politique se constitue en anthropologie.
    Cette démarche est celle de notre combat contre le néo-kantisme, celui de la scission radicale du Noumène et du Phénomène, de la matière et de l’esprit, de l’empirisme et du formalisme. Nous proposons la continuité phénoménologique de cette dualité relativiste : le passage du procès de production à l’économie politique. Ce sont les mêmes enjeux, mais d’abord énoncés en leur formalisme spirituel pour devenir l’échange production-consommation, le concret.
    " ( Livre 7, Logique de la phylogenèse - III Economie biblique et économie politique )

  • Autonomie du Superstructural ( l'Être et le Code )

    Essentiellement le moment de la bourgeoisie de robe.

B

    C

    • Corps-sujet ; corps-sujet signifieur

      Clouscard débute sa polémique conceptuelle contre l'épistémologie bourgeoise (dominante) néo-kantienne en récusant le modèle théorique du "sujet transcendantal". La raison dialectique pose autour un lien dialectique entre le sujet et l'objet, et depuis Marx entre la théorie et la pratique, la connaissance et la vie concrète.

      Clouscard veut montrer que le "sujet logique" est produit par l'histoire qui obéit à la "logique de la production".

      Il reprend donc le modèle de Merleau-Ponty à savoir le corps-sujet. Ce modèle théorique va faire de la vie du "corps-objet" comme corps-objectif (pour la science biologique ) un contenu pour la conscience de soi. Cette relation va donner naissance à un parcours (dialectique) constitutif du "corps-sujet".

      En effet « mon corps » n’est pas un objet du monde comme les autres en tant qu’il est mon corps, précisément. Le « corps
      objet » qui peut être décomposé, étudié par la science est « le corps que j’ai ». Le corps
      propre, lui, est tout à la fois « moi et mien » ou le corps que « je suis ». Le corps propre est mon corps au sens où il est pour moi l’intimité du corps que je vis, le corps que l’on sent pour ainsi dire « du dedans ».

      Si j’ai un corps, celui-ci est nécessairement ce corps qui est à la fois l’objet et le sujet ; je me confonds avec lui. Il est donc difficile d’établir une nuance entre le « corps objet » et le « corps propre » puisque le corps est caractérisé par son « unicité ».

      Merleau-Ponty défend l’idée que le corps n’est pas un simple objet, mais qu’il se donne comme une réalité ambiguë puisqu’il se manifeste à la fois comme corps sensible et sentant, objet et sujet.

      Si Clouscard reprend ce cadre conceptuel, c'est en ayant d'abord critiqué la donation de sens par le signfiant propre au néo-kantisme et en proposant justement d'analyser le parcours du corps-sujet comme "corps-sujet signifieur". Il fait en effet valoir que l'interprétation de la société n'est possible que parce que l'ordre de la production l'autorise :

      " Les forces productives et les rapports de production s'organisent selon l' ordre de la production : la production de l'infrastructure productive permet la production des biens, cette production permet la production de l'économie de marché, qui s'objective en classes sociales et ces rapports de classe produisent l'existentiel. " ( E.C. , introduction )

      C'est selon l'existentiel spécifique des classes dominantes que les classes savantes pensent le monde. En pensant cet existentiel, on pense l'organisation réelle de l'idéologie selon sa détermination inconsciente, non sue : consommer sans produire.

      La critique de l'ordre du signifiant consistera à récuser un système de connaissance qui établit une relation binaire entre le signifiant et le signifié, opération dont l'épistémologie néo-kantienne est coupable et qui trouve sont fondement dans le parcours d'un corps-sujet "signifieur" de sa réalité de classe. L'ordre de la production est évacué comme référent ( R ) qui permet à la sphère intellectuelle d'exister. L'histoire pré-capitaliste a produit en effet une "autonomisation des superstructures", à savoir une autonomisation des classes savantes et de leur gestion de l'Etat-nation et du mode de production pour les besoins propres de celles-ci. Le référent (R) est géré comme moyen institutionnel de l'existentiel "naturel" des classes savantes, mais ce référent (R) n'est pas repris dans leur épistémologie.

      Ainsi, l'opération qui permet le sens n'est plus ternaire ( R - S - s ) mais binaire (S - s )

      Selon la donation de sens par le signifiant de l'interprétation idéaliste, l'opération de sens n'est plus qu'entre
      * un signifiant (de classe), produit par le réel interprété dans l'occultation de l'étymologie logique du signifiant, à savoir l'ordre de la production
      * un signifié attribué au signifiant à partir de la négation constitutive du procès de production dans l'opération du sens.

      Clouscard écrit ainsi :
      " Cet ordre de la production nous a permis non seulement de dénoncer le néo-kantisme mais aussi l'idéologie du signe. L'ordre de la production est du référent (les trois infrastructures) au signifiant et de celui-ci au signifié. (R - S - s). [l'ordre du signifié] est ternaire. Et non binaire comme le voudraient les idéologues du signe ( S—s) qui oublient la réalité (le référent) pour pouvoir faire d'un effet, superstructural, la réalité même. En toute bonne foi de la mauvaise foi, puisque l'univers du signe est le mode d'expression et de participation de la bourgeoisie et qu'il est la seule réalité connue des non-producteurs. Et ces idéologues peuvent pousser la malice (ou la naïveté ?) jusqu'à proposer une énorme inversion : le signifiant (qui n'est qu'un effet du réel) va se proposer pour la cause réelle des signifiés (incorporels ineffables). L'ordre du supers¬tructural (le système des signifiants) se substitue à la nécessité infrastructurale et se prend pour la réalité même !
      Et cet idéalisme (qui n'est que le non-savoir de la réalité étymologique) peut même s'offrir le luxe de dénoncer... l'idéalisme ! C'est que les incorporels ineffables (les signifiés) sont effectivement des effets de la réalité qu'est le signifiant. Mais cette démarche n'est possible que par l'ignorance de la logique de la production, que par l'occultation de la réalité étymologique
      . " ( E.C, Introduction, II, C )

    • Centripète - Centrifuge

      Selon Henri Wallon (1879-1962), Le développement de l’enfant est une succession alternative de stades centripètes et centrifuges.

      Lors des stades centripètes, l’enfant se centre sur lui-même, sur la construction de sa personnalité, de son identité.
      Lors des stades centrifuges, l’enfant se centre sur la connaissance du monde extérieur.
      Ces deux points de vue (centripètes et centrifuges) s’intègrent dans la personnalité.

      Alternativement, l’enfant se centre soit sur lui-même soit sur l’extérieur, c’est-à-dire que ce qui prévalait à un stade passe au second plan au stade suivant.

      Toutefois ces alternances sont ambivalentes, dans la mesure où, lors de chaque stade, l’enfant oscille également entre des comportements centrifuges et des comportements centripètes. C’est la centration dominante qui donne le stade général (centripète ou centrifuge).

      En insistant sur la discontinuité et la notion de crise qui sous-tend cette discontinuité, Henri Wallon se montrait fidèle aux thèses hégéliennes de la dialectique. Il se distingue en cela de Jean Piaget, qui valorise plutôt, dans sa propre description des stades du développement infantile, les interactions au détriment des ruptures.

      Clouscard reprend plusieurs fois l'opposition entre centripète et centrifuge.

      La première dans le livre II de "l'Être et le Code" pour la génétique du sujet. Et l'articulation à la terminologie d'Henri Wallon comme à la conceptualisation de Jean Piaget ne pose pas problème. D'abord centré sur son propre corps selon le rythme répétitif de la têtée, l'individu est d'abord un consommateur absolu et son centrage centripète est déjà concerné par l'économie politique, puisqu'il consomme sans produire. Ce stade, nécessaire puisque le bébé humain est un prématuré, est alors dépassé dialectique par un ensemble de crise qui conduise à s'arracher progressivement aux déterminations d'un "corps-substance" pour parvenir à un "corps-sujet", passer du premier cri pour être nourri à la logique des propositions. Mais Clouscard part de la thèse d'un isomporphisme entre la société civile et la famille, c'est à dire qu'il existe une détermination macrosociale "intégrante" de la société vers la famille et l'individu, mais également une (possible) constestation "irradiante" à partir de la subjectivité de l'individu et de l'intersubjectivité familiale. Cela conduira donc à la théorie du corps-sujet signifieur à laquelle nous renvoyons dans le lexique.

      La seconde occurence de l'opposition entre "centripète et centrifuge" est dans "l'être, la praxis, le sujet" (2015 ). Cette fois-ci, cela appelle quelques commentaires. Car la terminologie est reprise pour penser la dialectique entre le genre, la praxis et le sujet, commme ensuite entre le genre, l'individu et le corps-sujet.

      Il s'agit pour Clouscard de parvenir à exposer le passage de la "logique de l'être" à la "phénoménologie du genre" dans un premier ensemble ( la genèse de la praxis ) puis d'exposer le montage synthétique du corps-sujet. Les termes de "centripète" et de "centrifuge" sont alors en relation avec les termes de "Même" et "Autre", mais également avec les termes de "Moi, Moi-Même, Soi-Même" dans le livre 6, intitulé " Phénoménologie de la phylogenèse", à savoir "phénoménologie du procès de production du genre".

      Il écrit ainsi : " l’immobile et le mobile, le faire et le défaire, le centripète et le centrifuge sont constitutifs du même acte, le défaire pour se refaire. Nous tenons là la tradition anthropologique de... « L’Être et le Néant » [ouvrage de J-P Sartre], la dialectique de l’en-soi et du pour-soi, de la néantisation et de la liberté. Mais notre interprétation est contenue dans la physique, comme fondement d’une anthropologie qui sera aussi parcours phénoménologique. " ( livre VI, II, A )
      __________________

    • cogito pré-réflexif ( L'Être, la Praxis, le Sujet )

      Merleau Ponty et Sartre./ Sartre maintient toujours l’idée que la réflexion n’a aucune préémi­nence face à l’irréfléchi, ou encore sa critique de l’intellectualisme. Mais dans L’Être et le Néant il présente le rapport immédiat de la conscience de soi à soi d’une manière plus élaborée, à travers le cogito préréflexif et la conscience non thétique (de) soi. Sartre a envisagé les questions de l’ego, de l’imagination et des émotions et c'est pourquoi la dimension irréfléchie est devenue le fondement incontestable sans lequel la description même des phénomènes serait impossible. Mais cette problématique apporte une aporie de l’irréfléchi car malgré tout le cogito réflexif (cartésien) se produit. En effet, Sartre ne veut pas nier l’existence du cogito, c’est-à-dire de la conscience réflexive. La conscience ne peut se livrer à la description phénoménologique que par la réflexion de sa propre noèse par rapport à son noème. Le fait est qu’elle dépend d’une conscience pré­réflexive et immédiate de soi à soi : toute exis­tence consciente existe comme conscience d’exister

      Clouscard fera de ce point l'objet principal de la "genèse de la psyché", notamment parce que le corps-sujet est immédiatement en relation avec l'être (le corps et ses contradictions biologiques) et l'organisation de l'existence par le mode de production. C'est la subjectivité qui doit achever un parcours de la conscience de soi : de la finitude à la temporalité par le procès de production jusqu'à la subjectivité capable d'intégrer ( ou non ) l'éthique de la praxis. Dans les premiers moments de la relation entre le genre, l'individu et le corps-sujet, une interprétation métaphysique domine mais permet de codifier l'existentiel social. Cela dit, la fragilité logique de ce codage n'empêche pas l'anthropologie de l'esclavagisme de s'établir et de devenir hégémonique ( Rome ) jusqu'à la répétition entropique.

      L'aboutissement de la dialectique du genre, de l'individu et du corps-sujet conduit alors à la constitution d'une doctrine dualiste qui oppose le corps et l'esprit. Celle-ci proviendrait d'une saisie totalement partielle de la genèse de la "res cogitans", catégorie épistémologique qui fonde l'approche de l'idéalisme.

    • Création continuée (L'Être, la Praxis, le Sujet)

      A l'origine, doctrine philosophique défendue par Descartes, selon laquelle Dieu assure à tout moment l'existence des êtres et des choses qu'il a créés.

      Pour Clouscard, c'est le procès de production qui crée le genre humain assurant à tout moment.

      " Le procès de production est création et création continuée, principe du commencement et principe du devenir. Il se fait non seulement à l'image de l'être mais aussi selon la création continuée de Descartes. Constamment, le procès de production intervient pour que le genre persévère en son essence. Il est l'éternel recommencement de la création continuée. Il répète, mais il répète l'acte de créer. "

      ( Voir aussi Rythme ) " C’est le rythme qui permet de procéder au montage identitaire du genre humain, de déterminer le naturel de l’humain. Il est la catégorie fondamentale qui permet la reconstitution phénoménologique." En effet la répétition permet la création continuée mais explique aussi la dialectique de l'en soi et du pour-soi.

    D

    • Devenir du devenir

      Dans le premier moment dialectique de "l'être, la praxis, le sujet", l'ontologie temporelle est la résolution de l'aporie classique Héraclite - Parménide. (opposition entre être et devenir) et apporte l'ontologie originelle et le temps matriciel dans lequel le premier moment de la relation "être-praxis-sujet" s'établit.
      En effet, les données de l'observation indiquent que l'être évolue ( du big-bang à nos jours) et que l'évolution des espèces s'accomplit par le programme biologique permis sur Terre. Il s'agit de l'ontologie temporelle. ( selon le devenir du devenir de l'être ) " L'évolutionnisme est à l'abri du catastrophisme cosmique : il ne peut engendrer que du devenir. Son être est devenir du devenir. L'évolutionnisme crée son propre temps, le nôtre, celui de l'être et de son existence. " Mais le temps de l'être n'est qu'un devenir avec un sens mais sans finalité de fin, devenir du devenir qui répèterait l'évolution jusqu'à la valeur ajoutée apportée par la praxis et par la subjectivité du genre à l'être. " Le devenir du devenir accède à la finalité en s’articulant sur la praxis " " Le devenir matriciel, devenir du devenir selon un sens mais sans finalité, se prête à la temporalité de l'individu et s'avère temps porteur qui s'écoule dans cet individu pour aussi acquérir une finalité, celle que l'individu apporte." La situation phénoménologique initiale va pouvoir évoluer à partir de l'instant, durée fondatrice du rapport de l'individu au temps, possibilité d'une genèse de la praxis et de la subjectivité pour accomplir l'ontologie temporelle décrite par Clouscard [S.B. - peut mieux faire ]

    • Devoir Faire du Genre

      Dans "l'Être, la praxis, le sujet", dans le passage du moment dialectique de l'antéprédicatif à celui de la survie, le "devoir faire du genre" est l'impératif catégorique qui s'impose au groupe, mais ce n'est pas une donnée constitutive, antéprédicative, mais bien un auto-engendrement de l'intentionnalité du groupe à partir de l'intentionalité de l'être ( exister pour être )

      Avec l'expression " devoir faire du genre", Clouscard choisit une expression plus facile à comprendre pour le lecteur moyen qu'impératif catégorique, marqué par le kantisme.

      // Dans "Refondation Féodale", " Le genre humain, pour se faire, c’est-à-dire pour s’autoproduire, doit produire une loi au moins égale à celle de l’être de la nature ; c’est ce que j’ai désigné comme le devoir-faire du genre – l’impératif catégorique de l’ontologie sociale. " [Sylvain ]

    • Dogmatisme marxiste.

      Pour Kant, le dogmatisme est la croyance en la toute-puissance de la raison. Les dogmes marxistes sont les thèses et les doctrines qui se recommandent d'un état historique de la théorie et des problématiques fondatrices du matérialisme historique et dialectique, sans penser les déterminations nouvelles de la modernité. La réception critique de Clouscard par un grand nombre de marxiste filtre un discours très appuyé sur la négation de problématique essentielle à l'élaboration de la société sans classe, comme le problème de la subjectivité, la critique de l'héritage de la civilisation culturo-mondaine capitaliste, la philosophie politique du socialisme démocratique et co-gestionnaire. En effet, l'évolution de l'économie politique capitaliste entre une économie duale, oppressive sur les consommateurs et permessives pour les consommateurs. induit un changement dans l'appréhension de la lutte des classes.  De nouveaux enjeux philosophiques s'avèrent déterminants pour récuser le sadisme objectif ( non-dit, non su ) des classes dominantes qui consomment sans produire. La critique du néo-kantisme propose l'explicitation des déterminations anthropologiques, phénoménologiques et philosophiques des classes dominantes. Réduite à la seule critique de l'économie politique et des conceptions encore vagues des contradictions de la société civile, de l'appareil d'état et de l'Etat au stade du libéralisme libertaire, les marxistes doivent actualiser un ensemble de représentations figées sur les termes de l'oppression de classe et la participation des nouvelles couches moyennes à l'ambiguïté constitutive des "métamorphoses de la lutte des classes". De telles clarifications permettent de dépasser les contradictions historiques de la philosophie politique de Marx et de Lénine, au nom du matérialisme dialectique et historique. Alors, le domaine politique et militant de la "refondation progressiste" peut devenir effectif : nécessité d'une morale provisoire et d'une éthique progressiste, décodage des populismes, émergence du concept de "Travailleur Collectif", élaboration commune d'une gestion du procès de production et du procès de consommation, ... 

      in]

    • Dialectique (engendrement réciproque des contraires)

      La dialectique, dit Hegel, est la méthode de la philosophie. Elle met à jour la dynamique des contraires qui travaillent la réalité et que le processus de la connaissance ne fait que formaliser. La méthode dialectique montre l’engendrement réciproque des contraires, par exemple comment le maître devient esclave des savoir-faire de son esclave ou, ici, comment le libéralisme produit un populisme néo-fasciste et porte en lui une répression inouïe sur le travail. Le lecteur attentif observera que la méthode dialectique est celle qui est à l’œuvre dans l’écriture de Michel Clouscard. [Rieu / Clouscard]

    • Dialectique ( de Socrate à Clouscard)

      Dans l'antiquité, la dialectique (également méthode ou art dialectique) est une méthode de discussion, de raisonnement, de questionnement et d'interprétation. son emploi systématique dans les dialogues de Platon a popularisé l'usage du terme. C'est essentiellement le moment socratique.

      Chez Friedrich Hegel, la dialectique devient, non plus une méthode de raisonnement, mais le mouvement même de l'esprit dans sa relation à l'être : la dialectique est alors conçue comme le moteur interne du devenir de la relation entre l'être et l'esprit, au travers d'un ensemble de médiations.

      Les grandes divisions de la "Science de la Logique" sont la doctrine de l'être, la doctrine de l'essence (manifestation de l'être) et la doctrine du concept.

      On pourra remarquer que de telles divisions entre l'être, l'essence et le concept sont à mettre en relation avec les termes de la dialectique de Clouscard qui sont l'être, la praxis et le sujet. L'être se conçoit selon une ontologie temporelle, la praxis permet au genre humain émergent d'accéder à l'essence, mais précise-t-il l'existence et l'essence sont confondues puisqu'il faut exister pour accéder à l'essence (!) , enfin le concept ( libre au sens hégélien ) ne peut advenir immédiatement tandis que la subjectivité demeure liée à l'impératif catégorique du genre : produire pour consommer.

      D'ailleurs, après le stade de la "survie", lorsque le procès de production et la phénoménologie du genre se sont constituées, une dialectique supplémentaire vient permettre de comprendre les médiations dans le concept au travers de la dialectique entre le genre (déterminée par le procès de production), l'individu (au sens logique) et le corps-sujet (en tant que parcours et corps-sujet signifieur). C'est la dialectique spécifique de l'ontogenèse, de devenir du genre humain, et dialectique qui débute après les premiers moments dialectiques constitutifs du commencement du genre.

      C'est cette dialectique qui est porteuse autant de la phénoménologie néo-kantienne que de la philosophie de la praxis, comme horizon conceptuel réaliste et dialectique pour le genre.

      §

      Quelle relation entre la dialectique de Marx et celle de Clouscard ? Vaste sujet, qui appelle des thèses universitaires. Restons élémentaires.

      Marx s'oppose à la dialectique hégélienne en ce qu'il « remet sur ses pieds » la dialectique "idéaliste" de Hegel. Par le matérialisme historique, Marx réinsère le déroulement du temps humain dans le processus dialectique du procès de production. C'est le temps humain qui détient le rôle proprement matérialiste de l'histoire. Marx considérait que les conditions matérielles d'existence des êtres humains (notamment leur place dans leurs rapports de production) sont la détermination de leur conscience et non pas l'inverse. " Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. "

      Le passage du matérialisme historique au matérialisme dialectique se fait à partir de la dialectique initiée par le procès de production.

      « Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté ; ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s'élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. À un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants. »

      Karl Marx, Préface de la Contribution à la critique de l'économie politique (1859), Gallimard, coll.« La pléiade », Tome I, p. 273.

      La dialectique de l'histoire résulte des contradictions entre les classes sociales, de la lutte entre leurs intérêts divergents, ainsi qu'entre le développement des forces productives et les rapports sociaux issus de leur état antérieur.

      On le sait, au début du XX ème siècle, une crise théorique traverse le marxisme : le problème des médiations manquantes entre la relation entre l'infrastructure et la superstructure, entre le matérialisme historique et le matérialisme dialectique.

      Pour Clouscard, la dialectique marxiste pourra être reprise en revenant également à la dialectique hégélienne puisqu'il s'agit d'intégrer l'idéalisme comme un terme même de la lutte des classes. En effet, l'idéologie dominante demeure un point central pour l'analyse marxiste.

      Il réalise donc une généalogie historique de l'idéologie dominante au travers de son anthropologie historique des classes sociales. Alors, la conscience bourgeoise et l'idéalisme sont des termes de l'histoire du matérialisme dialectique. sa théorie critique du néo-kantisme comme catégorie anthropologique (le savoir de classe) et catégorie philosophique (ses déterminations conceptuelles du néo-kantisme) permet alors d'intégrer de problématiser la relation entre le matérialisme dialectique et le matérialisme historique. Il existe des oppositions de classes entre une classe lettrée qui interprète le monde et une classe laborieuse qui produit les moyens d'existence.

      C'est selon la méthode matérialiste des "ensembles logico-historique" qu'une telle relation s'est modélisée théoriquement ( voir notamment Livre 1, chap. 1 de " L'être et le code" ) Le sens de l'histoire est donné par l'analyse de la logique de la production selon le matérialisme historique et la signification de l'histoire intégrée à l'analyse de la logique anthropologique et sociale dans le matérialisme dialectique. C'est une complémentarité logique entre une sémantique ( le sens ) et une syntaxe logique (la signification)

      §

      Un ensemble logico-historique est un moment de l'histoire, avec un commencement lorsqu'une relation spécifique et durable s'établit entre un mode de production et mode relationnel qui induit un système de parenté ( voir "structure féodale") , un devenir ou parcours de l'ensemble , une fin lorsque les contradictions internes conduisent à un changement révolutionnaire.

      Le modèle d'ensemble logico-historique permet alors de suivre des moments de l'histoire du genre humain : l'étymologie de la praxis ( commencement du genre ) , le devenir historique ( de l'accès au mode de production à la fin de l'ensemble pré-capitaliste ) , la modernité ( l'ensemble capitaliste jusqu'aux contradictions actuelles du libéralisme libertaire social-démocrate )

    E

    • Epistémologie du Code

      L'épistémologie du code consiste à théoriser la production des contenus de la culture dans l'histoire des classes sociales. Le néo-kantisme procède d'une épistémologie du sens binaire, Signifiant-signifié, qui occulte l'ontologie sociale et le contexte sociologique de l'activité intellectuelle. Historiquement, l'existence d'une classe lettrée a comme condition de possibilité et d'effectivité l'organisation sociale du travail, et donc l'exploitation de l'homme par l'homme.
      Clouscard propose donc une épistémologie du code qui part d'une critique de l'épistémologie du sens du néo-kantisme dont l'opérateur critique est le "corps-sujet signifieur", à savoir un corps-sujet qui est produit par la Référence objective du Procès de Production, mais dont la production déterminée de "signifiants" est un "code de classe" d'une situation réelle qui est le "signifié" de la production historique du sujet logique et de ses productions. Le "signifié" est constitué par les rapports de classe, et plus précisément par l'exploitation de l'homme par l'homme, par l'oppression économique et culturelle des classes laborieuses ( paysannerie, ouvriers, salariés non lettrées, etc ... )

    F

    • Frivolité

      " Nous proposons une somme de la frivolité enfin prise au sérieux. Nous avons déjà consacré trois livres à l'étude de la séduction. Car nous prétendons que son concept est devenu nécessaire à l'explication de la nouvelle lutte des classes. Et la récente utilisation idéologique du mot doit nous inciter à une fondamentale mise au point.
      C'est le frivole qui permet d'accéder à la totale compréhension du sérieux. La dialectique du frivole et du sérieux rendra compte des rapports du procès de production et du procès de consommation. Il faut proposer le lien dialectique, le pont entre deux univers qui s'ignorent. Lien que tout le savoir de la modernité a mission idéologique d'occulter. Nous devons dire l'inconscient de l'inconscient de la psychanalyse : ce que celle-ci doit oublier, cacher pour fabriquer ou justifier les idéologies tendanciellement dominantes. Cette compréhension de la modernité sera une contribution au développement du marxisme. Et une arme de combat.
      Nous devons établir comment l'innocence des premiers émois a pu en venir à l'actuelle social-démocratie libertaire. Autrement dit, comment le désir et l'imaginaire ont accédé au pouvoir culturel, pouvoir devenu ministériel." ( Le Capitalisme de la Séduction - prélude )

    • Féminisme Mondain

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    • Filiations Ontologiques, Filiations Oedipiennes

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    • Freudo-Marxisme, Critique Du

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    G

    • Généalogie De La Morale, Généalogie De L’Immoralité

      Clouscard propose de penser  conjointement  une généalogie de la morale et une généalogie de l'immoralisme. A partir de la problématique morale telle qu'est s'est posée dans l'histoire mais aussi comment la bourgeoisie de robe, classe intellectuelle et matérialiste s'en est emparée pour récuser une morale révélée, métaphysique.

      Clouscard explique que "la dialectique du frivole et du sérieux" permet de comprendre les conduites politiques des classes dominantes, notamment dans la régulation éducative qu'elles imposent à leurs membres pour organiser et codifier la cité. Le sérieux est la gestion du mode de production, des affaires de la cité, des affaires familiales, soit la mise en valeur des rapports de production et du capital productif. Cette capacité permet la jouissance à partir de l'intégration des conduites politiques et des pratiques nécessaires ( le métier du corporatisme, la charge de l'Etat-Moderne, la fonction sociale, le diplôme ) Alors, la frivolité comme domaine complémentaire peut et doit se comprendre à partir d'une organisation sociale de la production et des privilèges consécutifs en terme de consommation.

       

       Mais, la problématique morale est partielle. C'est à dire que le problème de l'exploitation de l'homme par l'homme n'est pas intégrée à la problématique morale, qui demeure intersubjective, déterminée par le relationnel spécifique des classes lettrées. Même la formalisation proposé par Kant dans "la critique de la raison pratique" demeure abstraite en méconnaissant la problématique de l'extorsion historique de la plus-value, l'exploitation de la force de travail comme contradiction interne à toute régulation volontariste, individuelle.

      De plus, la famille bourgeoise traditionnelle reprenait la logique du droit d'aînesse, ce qui laissait les jeunes filles et les cadets hors de la culture sérieuse de la gestion des affaires publiques ou familiales. Dès lors, une culture embryonnaire de la "jouissance sans avoir" s'est développée. Celle-ci a remis en question les valeurs sérieuses et la logique de la morale ....

      A partir d'une étude sociologique et anthropologique, Clouscard produit alors une compréhension de la généalogie de l'immoralisme bourgeois. Dans "Le Frivole et le Sérieux", Clouscard montre que la problématique morale fait l'objet d'une contestation qui va conduire à la remise en question de la morale religieuse ( dénoncée comme métaphysique ) mais parfois à une contestation très radicale de la "généalogie de la morale". Ainsi, l'œuvre du philosophe Friedrich Nietzsche publiée en 1887  se donne pour objectif de montrer d'où viennent les valeurs morales contemporaines et pourquoi nous devrions en changer pour des valeurs plus saines ... mais le dépassement nietzschéen opère à partir d'une réduction des problématiques politiques, selon une idéologie aristocratique et réactionnaire, en partie tragique et frivole car n'ayant pas assumé le sérieux des rapports de production. 

      L'analyse du parcours existentiel et de la condition sociale de la bourgeoisie, l'étude anthropologique et phénoménologie de ses problématiques morales conduit Clouscard à proposer une reprise critique de la morale bourgeoise ( qui codifie le rapport parents-enfants ; père fils ) par l'intégration de "la situation éthique du prolétariat" qui "produit pour consommer".

       Cette reprise de la problématique morale au sein de la philosophie politique et du contrat social aura même valeur militante, puisqu'il faut proposer le dépassement de la culture capitaliste qui organise une "jouissance sans avoir", accès au marché du désir en échange de la participation à la gestion du capital accumulé par la bourgeoisie.

      L'immoralisme de la bourgeoisie est à la fois un discours critique, récusant la morale métaphysique ( religieuse ) mais également une pratique devenue normative avec l'émergence du néo-capitalisme libéral libertaire social-démocrate.  

    • Généalogie, Épistémologie Génétique

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    H

    • Homme originel, homme naturel

      "Nous opposerons l’homme originel et l’homme naturel.
      L’homme originel naît de la contingence et l’homme naturel du besoin.
      L’un est le commencement de la logique du genre.
      L’autre le commencement de sa phénoménologie, correction faite du constructivisme corporatiste.
      La logique s’accomplit dans la nécessité.
      La phénoménologie dans la substance
      ."
      (L’Être, la Praxis, le Sujet, Livre III, D, 2)

      Ces définitions sont déterminantes pour la suite de l’œuvre et l’auteur les suppose comprises dans la suite de l’œuvre. – Par ailleurs, le constructivisme corporatiste désigne le constructivisme comme théorie psychologique forgée par la corporation des psychologues.

      La phénoménologie du genre ne peut être réduite à la seule instance psychologique du sujet, mais doit se penser comme la phénoménologie de l’ensemble anthropologique également, à savoir le «corps social» – S.B.

    • Homme Naturel, Homme synthétique

      SB

    I

    • L'Inconscient de L'Inconscient

      Dans l’approche freudienne de la personnalité humaine, l’Inconscient est un concept dynamique de construction de la personnalité à partir du refoulement et de sa structuration sur l’interdit de l’inceste. C’est donc un principe de base de la « psychologie des profondeurs » que Freud établit. Mais cet Inconscient psychologique masque un autre Inconscient : la praxis, la nécessité de produire pour consommer. L’inconscient de la praxis surdétermine toute l’approche contemporaine de la vie sociale et individuelle du libéralisme libertaire. C'est "l'inconscient de l'inconscient". Au travers d'une "maïeutique socratique" ( voir le Frivole et le Sérieux 1978 ), les contenus objectivement anti-sociaux de la culture mondaine et du vécu des rapports de classe doivent permettre de mettre à distance la "consommation transgressive, ludique, libinale" de l'émancipation transgressive, du marché du désir. Au contraire, un projet de refondation sociale doit mettre en évidence cet Inconscient de l’Inconscient pour établir une nouvelle synergie de la production et de la consommation et donner leur juste place aux membres du Travailleur Collectif. La réconciliation du principe de réalité - produire pour consommer - et du principe de plaisir - consommer après avoir consommé - doit faire l'objet de pratiques militantes puis d'une élaboration institutionnelle et sociale. Au travers du "Parlement du Travailleur Collectif", Michel Clouscard développe la philosophie politique d'un "socialisme démocratique et auto-gestionnaire".

    J

    • Jouissance sans Avoir

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    K

      L

        M

        • Mondain

          Mondain

          Le mondain est l’espace social de mise en relation du marché et du désir, espace où s’accomplit la synthèse des produits-marchandises et de la subjectivité. D’un point de vue de la dynamique libérale-libertaire, le mondain est une éducation, voire même un dressage à la consommation du marché du désir : tout désir peut trouver à s’objectiver dans une marchandise. Le mondain traditionnel - « petit monde de ceux qui comptent » - se constitue en sphère sociale élargie de métiers des nouvelles couches moyennes.

        • Marché du Désir

          C’est l’engendrement réciproque de l’économie de marché – orientée vers la satisfaction des besoins - et du désir, une création du libéralisme libertaire qui redynamise l’économie du profit :
          - le fantasme devient marchandise licite ;
          - le « produit » est élaboré par de nouveaux métiers ;
          - un apprentissage quotidien de masse « forme » la clientèle potentielle, en particulier avec le nouveau marché des jeunes et des femmes.

        • Modèle d'Ensemble Logico-Historique

          Dans "L'Être et le Code", la polémique contre l'épistémologie déterminée de la bourgeoisie débouche sur une critique du "néo-kantisme" comme "inconscient de classe". La problématique conduit donc à établir un concept d'histoire permettant d'inclure le néo-kantisme comme un terme de l'histoire anthropologique et épistémologique qui conduit aux "limites de l'entendement" de la bourgeoisie. Le modèle d'ensemble logico-historique réunit alors le matérialisme dialectique, déjà étudié par Hegel dans une épistémologie idéaliste mais historique et même sociologique, et la matérialisme historique proposé par Marx et Engels pour penser les déterminations des moments de l'histoire conceptuelle du genre humain par les moments historiques de la logique de production, des rapports entre les classes sociales et des groupes sociaux dans leur activité intellectuelle particulière. La troisième partie de "l'Être et le Code" propose une "logique du superstructural" (livre III ) qui succède à l'étude des moments historiques et sociologiques des rapports de production et des rapports de classes du Moyen-Âge à la Révolution Française ( livre I, la structure féodale ).

        N

        • Néo-kantisme

          Pour Clouscard, le matérialisme de la bourgeoisie n'est qu'un prétexte pour asseoir son discours naturalise propre à justifier un "besoin de jouissance" propre à l'homme. En réalité, l'organisation de l'idéologie épistémologique - conservatrice ou contestataire - n'est que le langage structuré de l'inconscient de classe. Il s'agit d'une théorisation savante mais incomplète de la réalité à partir du référentiel théorique de l'être de classe. Loin d'expliciter ses postulats implicites, le néo-kantisme est le concept qui permet à Clouscard de caractériser l'ensemble philosophique qui refuse la raison dialectique et historique constituée notamment par Socrate, Platon, Rousseau, Hegel et Marx. C'est donc le coeur épistémologique et la matrice théorique de l'idéologie de classe.

          Ce langage structuré de l'inconscient de classe ni recherchant ni n'explicitant ses postulats fondateurs, Clouscard les analyse notamment dans " L'Être et le Code", mais également dans " Rousseau ou Sartre : de la modernité ", il va synthétiser l’étude critique du néo-kantisme en 4 axiomes de choix. Il part d'une étude de l'anthropologie du libéralisme devenu libéralisme libertaire depuis la Révolution Française à la modernité pour ensuite extraire la compréhension critique des lacunes de l'appareil conceptuel du néo-kantisme ..." à l'insu de son plein gré"

          " Nous venons de proposer les trois axiomes de base, de choix, constitutifs de l'anthropologie libérale, pour procéder à leur critique par la désignation de leur usage politique, de leur fonction de classe . Nous les avons extraits du discours néo-kantien, d'un champ de connaissance théorique, discours qui n'est que l'interprétation de la pratique de classe, du néo¬kantisme pratique (le néo-kantisme théorique n'est que le « reflet », mais combien actif, du néo-kantisme pratique).

          Nous allons procéder à la même opération pour reconstituer et critiquer la philosophie néo-kantienne, libérale. Celle-ci se construit selon quatre axiomes de choix que nous avons définis progressivement, au niveau polémique, en fonction des auteurs qui les illustrent. Cette philosophie se développe selon un système constitué de quatre essentielles propositions :
          - dichotomie du Noumène et du Phénomène ;
          -dichotomie du formalisme (transcendantal) et de l'empirisme (transcendantal) ;
          - donation de sens selon l'antéprédicatif ;
          - donation de sens selon le signifiant.
          "
          ( Le Capitalisme de la Séduction, Troisième Partie " La logique du libéralisme et son dépassement par la philosophie de la praxis, chapitre 3 )

        • Narcisse et Vulcain

          Les deux grandes figures mythologiques que sont Narcisse et Vulcain permettent de figurer la dualité constitutive de l’humain et les fondamentaux de l’économie : Narcisse, figure de l’amour de la beauté de son image et de son plaisir, figure de la consommation. C'est le corps-sujet interprété par le principe de plaisir, consommer sans produire.

          Vulcain, dieu de la forge et du travail, figure de la production. C'est le corps-sujet interprété par le principe de réalité, produire pour consommer.

          La consommation et la production sont les deux pôles de l’économie politique du libéralisme : le frivole et le sérieux.

          Narcisse et Vulcain figurent le partage originel de l’homme. "A moi le plaire, à toi le faire". C’est le cogito de l’être social : je suis mon image et/ou je suis ce que je fais. Contradiction originelle qui sera le fondement de la lutte des classes : d’un côté le pouvoir narcissique, de l’autre l’éthique de la praxis.

          Une refondation progressiste doit établir le droit au bonheur sur la relation dialectique de Narcisse et de Vulcain qui sont les créateurs du corps, de sa dualité constitutive, deux démarches conquérantes.

          Vulcain fait du corps un outil, Narcisse en fait une image. Pour Narcisse, le corps est le moyen de séduire, pour Vulcain, le moyen du travail. De même pour Narcisse, la subjectivité renvoie aux contenus du corps pour consommer, c'est une phénoménologie du mondain et pour la bourgeoisie, une phénoménologie de classe. Tandis que pour Vulcain, la subjectivité renvoie aux contenus du corps pour produire ; c'est une phénoménologie de la praxis, du procès de production.

          La constitution d’une éthique de la praxis nécessite de mettre à jour les causes et les raisons anthropologiques et économiques de cette dualité.

          Le sport est le lieu de synthèse de ces deux principes anthropologiques.

        O

        • Œdipe de la praxis et Anti-Oedipe

          L’Œdipe de la praxis est le symétrique de l’Œdipe freudien, qui est un principe structurant l’Inconscient et générant la construction de la personnalité. Lors du développement de l'enfant, les premières étapes sont celles de l'immaturité fonctionnelle fondamentale : l'être humain né "prématuré", incapable de marcher comme de produire. Ontologiquement, il consomme sans produire. La fonction de l'éducation est de transformer ce corps-substance inerte, répétitif, défini par la faim et des cycles neuro-végétatifs pour accompagner le procès de production du corps-sujet, l'arrachement au devenir répétitif du corps. Le contenu antéprédicatif de cette répétition doit faire l'objet d'un dépassement dialectique et la famille doit accompagner cette négation du corps-substance originel pour aider l'individu à aboutir au corps-sujet de la praxis.

          L’Œdipe de la praxis est fondateur de l’existence humaine : la praxis articule le développement de l’individu (ontogenèse) sur le développement du genre humain (phylogenèse). Le bébé consomme sans produire et entre ainsi dans une économie politique du genre humain : l’accumulation sociale de biens, produits antérieurement par d’autres doit lui est médiatisée pour former son concept d'ontologie sociale historicisée.

          Dans ce cadre, l’Œdipe freudien est un moment dialectique du sujet, mais il est ainsi surdéterminé par les rapports de production et de consommation : la famille nucléaire se « structure » comme élémentaire économie politique, expression du statut de classe de ses membres, logique de reproduction par la transmission d'une phénoménologie et d'une logique déterminée socialement. Pourtant, c’est la famille qui, par son dispositif dual de combinaison du système de la parenté et du système des métiers résout la dualité fondamentale de l’économie politique entre consommation et production. Ainsi, pour Clouscard, dans la famille féodale, par exemple, le père et le fils aîné sont les propriétaires de l’exploitation pour assumer le procès de production dans une détermination historique de la gestion du capital productif. Alors, le cadet, la femme et les jeunes filles ne disposent que de l’usufruit au mieux, c'est à dire que leur être de classe est précaire. Le développement de la culture mondaine doit se penser à partir du parcours dialectique de la famille, du système des métiers, des statuts sociaux, des déterminations sociales de la sexualité historicisée. L’amour courtois sera l’alliance des subalternes de la famille et des subalternes de la praxis, ceux qui assurent le service féodal (le chevalier). Il codifie un relationnel déterminé et déterminant pour comprendre ultérieurement les contenus historiques de la "culture romanesque"

          Comme l’Œdipe freudien structure l’Inconscient et la construction de la personnalité, l’Œdipe de la praxis structure le champ social en générant un Inconscient dynamique de la praxis et de la dialectique de la production et de la consommation.

        P

        • Potlatch, clientélisme, marché

          Le potlatch est un principe archaïque des formes sociales dites primitives, la grande fête où les produits doivent être consommés. Le libéralisme libertaire opère la synthèse du potlatch et des deux autres principes issus d’époques différentes que sont le clientélisme et marché. Le clientélisme est une pratique des sociétés traditionnelles où certaines couches sociales se placent sous le patronage de patriciens ou parrains appartenant à des fractions de classe plus hautes dans la hiérarchie, comme cela était le cas à Rome et l’est encore dans les formes sociales maffieuses. Le marché est cette forme sociale dans laquelle les produits sont librement offerts à l’achat sans autre condition que de payer. Mais il s'agit d'un potlatch de l'extorsion de la plus-value car les marchandises produites et consommées proviennent de l'exploitation de l'homme par l'homme.

        • Péché originel

          Le péché originel est la notion religieuse fondatrice de la chrétienté que Michel Clouscard conceptualise comme consommation sans production propre correspond à une étape où le bébé ne peut encore produire les moyens de sa subsistance, mais doit consommer ce que d’autres ont produit.

          Cette situation, symbolisée dans la religion par le péché originel, chute du paradis terrestre où l’on consomme sans produire aux dépens de l’Autre homme, constitue la structure de l’Œdipe et de l’Inconscient de la praxis productrice. C'est dans la société de consommation transgressive, l'origine de la névrose objective des nouveaux réactionnaires ou "néo-fascistes" qui entérinent ( inconsciemment ) le modèle de société capitaliste en adhérant aux thèses de l'émancipation transgressive.

          L'analyse du livre II de "L'Être et le Code", comme les livres 8 et 9 de "L'Être, la Praxis, le Sujet" explorent la question d'une "épistémologie matérialiste du corps-sujet" au travers de l'ontogenèse et des moments dialectiques du corps-sujet.

        • Praxis

          Praxis

          Ensemble des œuvres des hommes : du travail, de l’art, des créations et institutions de la vie sociale. Ce concept recouvre en partie le concept de « culture » quand celui-ci est différencié de « nature ». Le concept de praxis permet de comprendre toute œuvre humaine comme synthèse ou engendrement réciproque entre théorie et pratique, concept et réalisation, idée et activité. L’activité de travail est la praxis fondamentale de toute vie sociale puisqu’elle permet aux hommes de produire leurs moyens de subsistance et d’existence et de développer les autres formes de la vie sociale.

          Michel Clouscard propose de « substituer la praxis au Sphinx », c’est-à-dire de comprendre les problèmes qui se posent aux hommes à partir de leur activité réelle de production de leurs moyens d’existence

        • Prométhée (Praxis ) et Psyché (Sujet )

          Prométhée est ce mi-dieu de la mythologie grecque qui vole aux dieux le feu et les techniques pour réparer l’étourderie de son demi-frère Epiméthée : lors du partage primordial des qualités nécessaires à la vie de chaque espèce d’animaux, les hommes se retrouvent « nus et sans défense ». Alors Prométhée, leur fait cadeau du feu et des techniques après les avoir volés à Héphaïstos, dieu des forges (Vulcain). Prométhée est ainsi le symbole de l’aventure humaine du travail et des techniques. Dans l’œuvre de Michel Clouscard, Prométhée porte la valeur humaine du travail et la promesse de donner toute sa place à la praxis, œuvre humaine par excellence, ouvrant la voie de la construction du politique et de la subjectivité.

          Psyché, autre grande figure mythologique désigne ainsi « l’âme », l’amour d’âme, qui est aussi l’âme-sœur de Prométhée : l’élaboration de la subjectivité, dont le mythe de Tristan et Yseult témoigne ( Cf. Michel Clouscard : Traité de l’Amour fou, Scandéditions, Paris, 1993. )

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