Le Sujet Logique
( Transcendantal ) et l’Histoire
– Coupure Epistémologique Radicale
“L’Être et le Code” (1971)

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Première proposition :

l’idéalisme subjectif hypostasie le sujet de la connaissance en un absolu.

Deuxième proposition :

le sujet transcendantal est donc historiquement produit. Cette production définit le sens ; elle trouve sa fin par le sujet transcendantal. Celui-ci, en tant que fin d’une production, consacre le sens de la production.

Le sujet de connaissance est objet de connaissance.

Dans la perspective néo-kantienne cette démarche se ramène au solipsisme et à la tautologie.

Dans la perspective historique, au contraire, le sujet de connaissance se connaît comme tel (selon les conditions logiques du savoir) et comme production historique. Ce sujet de connaissance est objet de connaissance lorsque son savoir théorique et formel lui est connu comme résultat d’un devenir historique de la connaissance, laquelle connaissance n’est qu’un effet d’un processus historique global.

Le sujet de connaissance et l’objet de connaissance sont donc tous deux d’ordre historique. Leur relation est celle d’un procès de production et de son accomplissement, du devenir et de la fin. Le sujet de connaissance est le résultat d’un processus historique et l’objet de connaissance est l’étude de ce processus historique.

Nous proposerons cette relation du sujet et de l’objet de connaissance (du savoir formel et de sa production historique) comme la « coupure épistémologique » radicale. Précisons les caractéristiques de celle-ci.

Cette coupure épistémologique ne peut être réduite à la coupure entre la pratique théorique et la formalisation systématique de cette pratique. Elle ne saurait se limiter au passage d’une science empirique, qui se cherche, à l’axiomatisation de cette science. Cette coupure mineure se fait à l’intérieur des sciences constituées.

La coupure épistémologique radicale est le passage de la praxis globale à un statut du savoir produit par cette praxis globale (sujet transcendantal). Ce statut du savoir consacre la prise du pouvoir politique par la bourgeoisie (kantisme). Et à partir de ce statut deux orientations contradictoires seront possibles : le néo-kantisme, comme idéologie de la bourgeoisie qui se fait conservatrice, et la raison dialectique (Hegel-Marx). Selon deux systèmes logiques que nous nous attachons à définir.

L’importance de cette coupure est donc capitale et actuelle, elle montre d’abord comment la praxis a produit le statut du savoir, puis, en retour, comment le savoir acquis se fait soit idéologie conservatrice soit science révolutionnaire dans la nouvelle praxis industrielle.

C’est toute la problématique de la connaissance qui se trouve confrontée à la praxis.

L’élaboration superstructurale la plus formalisée doit se proposer selon l’ordre matériel de sa production.

C’est le topique même : comme articulation du discours culturel de notre époque à la logique de la production.

 

Michel Clouscard, 1971