L’ Émancipation Transgressive Contestataire Bourgeoise
comme Résultat Historique et Dialectique
du Frivole et du Sérieux
“L’Être et le Code” (1971)

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Cet extrait de “l’Être et le Code” permet de mieux comprendre le projet d’une oeuvre comme ” Le Frivole et le Sérieux – Manifeste pour un nouveau Progressisme”.  

L’émancipation transgressive du grand seigneur et du fils de famille nie la codification d’une “maîtrise des passions”. Elle se prétend subversive – elle l’est ! – mais cherche à subvertir le sérieux politique de la codification morale sans prendre en charge le sérieux politique d’une transformation sociale de la société. 

La classe dominante est la noblesse de la théocratie absolutiste de la monarchie, la classe dominée la bourgeoisie incluse dans le Tiers Etat.

La contenu culturel et historique du matérialisme positiviste de la bourgeoisie est déterminé par l’histoire non sue et non dite des classes sociales et par l’étymologie dialectique de la culture de classe. 

S.B.

Extrait de   livre II    ” L’Être et le Code” , chapitre 1.

” Le corps-sujet est un acte de sociabilité.” 

 

 L’idéologie de la classe dominante répond à un souci épistémologique ; elle se veut théorique et normative. Et de même que sa position dirigeante, ses privilèges de classe ne sont pas contestés par ses idéologues, de même qu’est niée l’histoire, comme finalité et comme lutte des classes, la transformation de l’homme (de la personne humaine) est niée.

  • La société est l’image de l’homme, de ses passions.

  • La nature humaine n’a pas à être transformée, mais à être con­nue, alors elle pourra être maîtrisée.

  • Le naturel n’est pas un lieu d’évolution, mais devient le lieu de l’abolition et même du sacrifice.

  • L’action est l’acte moral, comme soumission d’une nature éternelle qui n’est jamais vraiment domptée…

C’est donc en tant que justification épistémologique que l’idéologue de la classe dominante proclame la « nature humaine ».

Et si effectivement, en période ascendante, le « naturel » peut être chassé, en période de déca­dence, il revient au galop.

 

Et l‘acquis normatif se fait la méthode, mais à rebours [!], des émancipations, du grand seigneur et du fils à papa.

Au contraire, la classe dominée utilise « la nature humaine » comme oppo­sition au fixisme normatif, et comme principe de la dynamique de contesta­tion.

* La nature humaine a des droits, naturels, qui sont réprimés par un institutionnel artificiel et d’usurpation.

* La subversion politique n’est que la proclamation de cet éternitarisme de l’individualité.

* Le naturalisme, pour revendiquer la personne politique, invoque l’instinct, le principe le plus uni­versel et le plus anonyme, pourtant !

* L’individualisation passerait par la vie « naturelle » !

Et, de même que l’idéologie dominante débouche sur un pessimisme lorsque la morale est impuissante à juguler l’excès de consomma­tion qu’est la décadence, de par la sur-puissance du pouvoir économique, de même la subversion de l’ordre par « l’instinct » est un optimisme, car accès, provisoire ou définitif, au pouvoir.

Ces deux attitudes, justification par la morale, et revendication par l’immoral, fondent toutes les deux la personnalisation.

Le statut  [historique] de la personne relève de cette polarité. ” 

 

Michel Clouscard, 1971