Le Libéralisme Libertaire
Social-démocrate
Des Enjeux Conceptuels
de sa Théorisation.
à l’oeuvre de Clouscard
(en cours de travail )

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Introduction et

Présentation du concept didactique

 

Le concept de cet article est de partir à la recherche de la nécessité de la rédaction des oeuvres de Clouscard à partir des problématiques de la modernité.  Car l’oeuvre de Clouscard est tout sauf gratuite et l’organisation systématique de ses productions permet de comprendre pourquoi l’ouvrage ” Refondation Progressiste” était présenté comme “la somme et le manifeste” des connaissances produites, des problématiques et des contradictions analysées, des recherches en cours ( notamment les inédits en partie inachevés )

Or, pour réaliser une étude exhaustive de l’oeuvre, une des gageures pédagogiques est d’éviter les difficultés théoriques de “L’Être et le Code” tout en renvoyant à cette oeuvre centrale et déterminante.  Ainsi, “L’Être et le Code” ne sera pas le premier moment de cette étude, mais une des étapes obligées de l’étude à l’issue d’une pérégrination dans les problématiques et les thèses de Clouscard. L’analyse des enjeux conceptuels de la théorisation du “libéralisme libertaire social-démocrate”  permettra de suivre le développement de la théorisation des contradictions de la modernité par Clouscard.  Donc d’aborder les œuvres sous l’angle d’une production de concepts nécessaires à l’intelligence de l’ontologie sociale de la modernité. Puis parvenir à la compréhension des nouvelles problématiques et des nouveaux concepts produits. 

Alors, les différents niveaux et les différentes composantes de son oeuvre s’articulent ici dans une ambition intellectuelle d’intelligibilité qui conduit à une proposition pratique. Celle-ci, dès “Le Frivole et le Sérieux” ( 1978 ) articule une morale provisoire, des pratiques et une problématique morale avec le développement des problèmes nouveaux  pour la philosophie politique, pour le contrat social.

Cette étude progressive tentera de vous proposer la saisie des enjeux politiques et idéologiques de la “refondation progressiste”. Dans ce sens, si “L’Être et le Code” est pourtant  le fondement de la conscience théorique de Clouscard et si également son étude seule permet de comprendre la saisie critique du libéralisme libertaire social-démocrate à partir d’une problématisation inédite des enjeux anthropologiques, philosophiques et politiques de la lutte des classes, il faut prendre acte des difficultés des lecteurs et du caractère abscons d’une étude de l’histoire des classes sociales en France du Moyen-Âge à la Révolution Française ….. car pourquoi tout cela ? pour fonder l’analyse logique et historique des contradictions actuelles ? Qu’est-ce à dire ? Et comment ?

Il y a dans l’ampleur systémique et l’ambition conceptuelle de Clouscard une relation particulière entre l’histoire universelle et l’anthropologie historique comprise dans la longue durée qui déconcerte au premier abord.  Il faut prendre la mesure des  différentes périodes abordées, comprendre l’étendue de ses recherches de la préhistoire à l’antiquité, du Moyen-Âge à la Révolution Française, du début de l’ère industrielle à l’actuelle mondialisation “néo-capitaliste” (libérale libertaire). Ne sommes-nous pas d’abord interpellés par le fait même d’embrasser une telle universalité historique du point de vue de l’histoire de la production et de l’anthropologique politique et “mondaine” ? 

Le sens déterminant de cette recherche pourra être apporté dans sa nécessitée à partir d’une analyse de “l’ensemble capitaliste” ( de la Révolution Française à nos jours ) dont il faudra expliquer la nécessité à partir des contradictions de nos modernités, de notre société, de nos conditions sociales et existentielles quotidiennes. Alors “L’Être et le Code” pourra intervenir progressivement dans ce parcours des moments dialectiques de l’oeuvre à partir des thèses fondatrices.  C’est l’ambition de cet article. 

 

Je vous propose donc le “plan” suivant – et tant pis pour l’académisme ! – Tout d’abord, en parcourant les ouvrages consacrés à la modernité : de “Néo-Fascisme et Idéologie du Désir” ‘ 1974 aux ” Dégâts de la pratique libérale” (1987), une première étude des problématiques et des thèses de “l’Être et le Code” prendra un sens concret. Alors, la possibilité de présenter et de faire comprendre la nécessité d’une étude approfondie de “l’Être et le Code” proviendra du sens même des ouvrages sur la modernité et les apports souvent sous-estimés de Clouscard à une nouvelle problématisation de la philosophie politique ( c’est la lecture que je défends ).  Alors, L’analyse et une première appréhension des problématiques et des propositions théoriques de Clouscard dans “L’Être et le Code” prendra un sens concret qui permettra d’expliciter des concepts comme “le corps-sujet signifieur”, “le modèle d’ensemble logico-historique”, ” la logique du superstructural”, les “moments du sujet” et enfin “l’épistémologie du code”.  Autrement dit, à l’aide de votre connaissance de Clouscard et de ce que vous allez assimiler,  on aura oeuvré pour rendre intelligible l’organisation interne d’un corpus de textes, de problématiques et d’apports épistémologiques qui fait sens et éclaire l’horizon conceptuel d’une “refondation progressiste” : l’oeuvre de Michel Clouscard. 

 

Et même, enfin, à l’issue de cette première intégration conceptuelle des composantes et des enjeux intellectuelles de l’oeuvre, il sera enfin possible de déployer la nécessité d’une étude des dernières publications de Clouscard, c’est à dire comprendre comment le “Traité de l’Amour Fou” (1994) “L’Être, la Praxis, le Sujet” (2008- “Chemins de la praxis”, Delga 2015 ) et “Refondation Féodale” (inédit) apportent de nouvelles médiations historiques et anthropologiques pour répondre à la crise sociale, politique, anthropologique et conceptuelle résultant du développement anarchique et ambigu de la société de classe et du capitalisme du libéralisme libertaire.  

Les thèses et le “bilan défaitiste” de Clouscard sur les “Dégâts de la pratique libérale” ( 1987 ) sont sans doute pénibles à enregistrer, à “encaisser” ! …. mais elles débouchent sur l’essence même de la philosophie politique : la conscience de nos déterminations  et l’exposition des contradictions qui en découlent et des formes de pensée qui la refusent, la dénient, l’occultent … et l’aggravent. A savoir le déni de la lutte des classes, la si problématique et complexe “lutte des classes”, tragédie en acte et en pensée, finalement l’évolution historique collective dans l’histoire universelle. 

 

La “somme” et le “manifeste” de “Refondation Progressiste” ( 2003 ) pourra alors devenir, pour vous, ce qu’elle était dans l’esprit de Clouscard :  la synthèse par l’auteur lui-même d’une connaissance produite dont découle des urgences politiques et sociales, quelle que soit l’étendue de la crise du capitalisme actuelle ( 2017). L’intégration des ultimes thématiques et thèses sur “l’éthique de la praxis” – dans son concept intégral ! – et “le montage identitaire du corps-sujet” permettront de faire résonner les ultimes accords de la symphonie clouscardienne jusqu’à s’intégrer à votre analyse et votre compréhension rationnelle du monde.

Cette contribution propose alors une compréhension de l’émergence de sa philosophie politique de Clouscard pour pouvoir apprécier l’étendue du génie théorique et du recul dialectique qui a organisé ses premières recherches  dès le début des années 1960. Un jeune homme d’une vingtaine d’années se confronte alors à l’ implantation du “néo-capitalisme” fordiste, social-démocrate, “américain” dans la France de l’après-guerre, du Plan Marshall, de la mise sous tutelle du pays sous l’égide de l’OTAN  pour “échapper” au communisme soviétique. Le point de départ de la “colonisation intérieure” de la République Française … mais plus généralement de “l’âme” de tous les peuples soumis à la “stratégie de la société civile” permettant le sauvetage permanent d’une économie de marché toujours plus problématique et plus productrice de contradictions tragiques …  

 

Enfin, j’ajoute que cet article se propose comme le point de départ d’un travail collectif d’étude et qu’il alimentera un projet pédagogique d’enseignement systématique autour du sens historique du concept clouscardien. 

Sylvain BOURGOIS

30 Mars 2017 

 

Le libéralisme libertaire

comme moment historique

et les enjeux conceptuels 

de sa théorisation.

 

Les mutations sociologiques de la modernité  ont permis l’émergence de nouvelles strates sociales du tertiaire, à la fois nouvelle clientèle et classe prescriptrice  d’un nouvel état de l’économie marchande capitaliste : les “nouvelles couches moyennes”, c’est à dire un paquet de gens en Occident, nous y reviendrons.

Après les analyses de Clouscard, il apparaît que nombre d’intellectuels organiques de ce moment de l’histoire que nous avons vécu avec Mai 68 et la mondialisation libérale ont oeuvré pour une “contre-révolution libérale” “à l’insu de leur plein gré”. Les freudo-marxistes, comme vous le savez, on produit un ensemble idéologique qui fera la promotion des nouveaux usages de la récupération du progrès technique et scientifique pour la consommation parasitaire. Ou alors,  c’est l’impuissance épistémologique et dialectique des intellectuels dans leur capacité à saisir l’émergence d’un nouvel ordre de contradictions liées au libéralisme libertaire qui constitue le point de départ de sa réflexion sur le “néo-kantisme” comme “système idéologique” au sein de la rationalité.  De pensée unique à une conscience analytique déboussolée et vaine sans l’analyse des contradictions apportées par le marxisme, la penséec commune fonctionne mal et compris mal le moment historique que nous vivons. Donc Clouscard vous propose tout d’abord d’apprendre, de réfléchir pour mieux penser, mieux juger.

Il va produire un ” système ” de contributions théoriques qui va le conduire à théoriser l’anthropologie du libéralisme ( sur la longue durée de son émergence ) et à axiomatiser les dénominateurs communs d’une pensée qui refuse le caractère totalisant de la pensée dialectique (après Hegel, après Marx) …. mais ne peut pas revendiquer une méthode pour une saisie d’ensemble des contradictions actuelles. Misère de la censure du matérialisme historique et dialectique ! D’où la “chronique d’une crise sociale et mondiale généralisée” que nous connaissons actuellement dans un naufrage des promesses “libérales” comme de toutes les idéologies mal comprise d’une croissance capitaliste digne de la “pensée magique”, empirisme du refus de la raison dialectique. 

 Comme cette récupération idéologique des intellectuels organiques des “nouvelles couches moyennes” n’est pas nécessairement consciente ou objectivée à cause de l’obscurité des représentations sur les rapports de classe, Clouscard parlera alors de “sadisme objectif ” ( l’expression est dans le “Néo-fascisme et idéologie du désir” 1974 ) C’est à dire que l’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles couches sociologiques autour du secteur tertiaire ( les services ) va constituer de fait un nouveau “bloc historique” néo-fasciste qui disposera d’une “consommation sans produire”, soit l’accès un “niveau de vie” sans la pénibilité laissée à la classe ouvrière mondiale. Comment tout cela va-t-il se produire ? En études et en réflexions sérieuses ? ( comme dans “Peines d’Amour Perdue ” du grand Will ? )  Non, ces nouveaux privilèges héritées du keynésianisme libéral va se traduire en un “genre de vie” empruntant ses références à la “marginalité”, à la “bohême” dans une régression sans précédent de l’esprit civique et de la conscience sociale.

Ainsi, au moment de l’ascendance du système néo-capitaliste ( Les Trente Glorieuses ), les intellectuels des “nouvelles couches moyennes” vont même théoriser une “nouvelle philosophie”, post-moderne ou analytique, volontiers – et à juste titre parfois – critique de la raison dialectique et du matérialisme historique et dialectique, et plus particulièrement du marxisme-léninisme. Mais sans clarifier et sans dialectiser le sens historique, politique et anthropologique d’une nouvelle consommation ludique, libidinale, transgressive, émancipatrice ( sexuellement, mais aussi en termes de “jouissance”) formera une consommation mondaine élargie en modèle de société, à savoir  “le libéralisme libertaire social-démocrate “. Dès lors, un marasme idéologique et pratique, une gueule de bois même, a fait place à l’enthousiasme lyrique et illusoire des “avant-gardes” de la convivialité, des nouvelles moeurs, de la remise en question empirique des cadres sociaux traditionnels.

Je m’adresse ici à des personnes dont les thèses de Clouscard pourront les rebuter, mais la jeunesse actuelle est déterminée par la crise et cherche l’histoire de son généalogie sans complaisance et sans compromission. 

Quel que soit votre appréhension actuelle, Clouscard a eu le mérite de produire le concept même de la modernité ( et il l’a clairement revendiqué ), le concept  de “libéralisme libertaire social-démocrate” permettant d’accéder à “l’union des contraires” soit la “structure contradictoire des déterminations” du libéralisme libertaire social-démocrate. Un grand nombre de lecteurs de Clouscard sait depuis qu’il y a coexistence et complémentarité problématiques du  libéralisme  économique et politique (démocratie formelle pour l’économie de marché), d’une orientation  libertaire (sans critères normatifs du jugement ) pour les mœurs afin de lever toute entrave morale à la consommation des nouvelles marchandises du marché du désir,  d’une gestion social-démocrate à mesure que les crises économiques, sociales et politiques appellent à une gestion des contradictions et du marché par la politique des revenus ( Keynes ). 

Comprendre, c’est déjà commencer à distinguer beaucoup de choses, beaucoup de contradictions, etc … 

Mais la compréhension des composantes contradictoires de l’ontologie sociale actuelle n’apporte d’abord – à mon sens – qu’un concept encore trop général ( et trop bordélique ! ) dont l’organisation contradictoire de ses déterminations n’est pas suffisamment explicitée, dialectisée. 

 

Le problème

de l’appréhension rationnelle

et consciente des contradictions. 

 

Le “libéralisme libertaire social-démocrate” n’est pas un mouvement politique historique objectivé ou revendiqué, unifié, mais un “ensemble historique” concret.  Ses racines plongent jusqu’à Descartes, Hobbes, Locke, Berkley, mais aussi la cour de Versailles au temps du roi Louis XIV, les Précieuses et “l’Avare” de Molière, toutes ces étapes philosophiques et culturelles qui sont le fondement de notre tradition intellectuelle, de nos conceptions et de nos concepts les plus courants. Lorsque cet “ensemble historique” de la modernité se présente notamment au travers de la résultante idéologique floue d’un projet de classe unique ( néo-fascisme ) qui marginalise l’analyse de classe au profit d’une idéologie social-démocrate ( et oligarchique ) qui relègue la conscience des contradictions… tout cela semble après tout être une “table rase épistémologique” de plus ! Pourquoi pas, n’est-ce pas ?

Pour la nouvelle bourgeoisie et son idéologie, le contenu “émancipateur” des thèmes “libertaires” opère même comme une réthorique confusionniste, avec toute la bonne foi de la “mauvaise foi’, pour une négation de la lutte des classes à partir d’une évolution historique du mode de production, c’est à dire l’émergence d’une “classe moyenne” fer de lance et cible de la nouvelle idéologique. L’idéologie de la fête est une “pensée magique” qui s’avère condition d’un marché de plus, marché du “rire et de l’oubli” … 

Il faut revenir au sérieux ! 

 

Repartir du mode de production. 

Historiquement et sociologiquement, Clouscard analyse donc l’évolution du mode de production moderne, après Ford : le salaire supérieur versé à l’ouvrier lui permet d’accéder à un crédit pour acheter la voiture qu’il produit. L’endettement bancaire permettant de récupérer une grande part de la plus-value distribuée. C’est le fondement des réflexions régulatrices de “l’Etat providence keynésien qui prévaudra comme principe fondateur de la nouvelle “social-démocratie” intégrée à l’expansion du système capitaliste : maintenir un niveau de salaire dans les pays industrialisés ( du G7, G 20 ) et développer ou maintenir des marchés de consommation.

La social-démocratie de la “politique des revenus” permet de créer une solvabilité de longue durée pour résoudre la crise des débouchés. Nous croyons être libre ? Nous sommes endettés. Pourquoi ? Comment ? Avec un rôle accru du tertiaire dans la gestion de la production mais aussi dans l’élaboration des marchandises, le capitalisme gère et organise la subjectivité de l’obeissance. “L’inconscient est structuré comme un marché”. Alors, certes, selon Clouscard ( NFID, 1974 ), la mise en place de la “production de série” peut s’étendre et résoudre la “crise des débouchés” par une nouvelle dimension de la mercantilisation, du crédit, de la consommation ludique  … Mais sans résoudre durablement les problèmes économiques et surtout en semant la guerre civile au sein de la société. Car le “néo-capitalisme” suppose de détruire les modèles – répressifs, donc ringards – d’une société traditionnelle marquée par une faible pénétration de la société marchande. Une logique d’épargne prudente est remplacée par le crédit, l’inflation absorbant le pouvoir d’achat à mesure que l’injection de masse monétaire prêtée démonétise tout. A une réprobation solidement ancrée contre la futilité, contre la consommation inutile, contre le gaspillage, contre les consommations ostentatoires … succède le slogan ” Interdit d’interdire”. Le capitalisme – et Mai 68 – promeut et normalise l’éthique des “nouveaux riches” à la consommation décomplexée par leur “participation objective” à la société de classe.

Alors, le “désir” est présenté comme émancipateur, car il est la source fondamentale pour un développement quantitatif de l’économie de marché vers et pour de nouveaux secteurs d’activité : la mode, le tourisme, les loisirs, etc …

Pour quelles conséquences ? Une transformation colossale de la société civile et des désordres comportementaux nombreux, censurés par un conditionnement esthétique. La lutte des classes devient alors la “lettre cachée de Poe”, à savoir une évidence méthodiquement niée par une analyse confuse de la modernité.

Pourquoi critiquer les loisirs ? Est-ce un mal ? N’est-ce pas une conquête historique ? etc ….  Si  le sociologue et économiste américain Thorstein Veblen avait fait paraître en 1899 sa “Théorie de la classe de loisir”,  la réalité historique de l’analyse d’une ” consommation ostentatoire” est encore celle  une anthropologie particulière, à savoir celle d’une classe élitiste qui accède à une consommation destinée soit à montrer un statut social, un mode de vie ou une personnalité, soit à faire croire aux autres que l’on possède ce statut social, mode de vie ou personnalité. Veblen pense déjà l’opposition de la “consommation ostentatoire” à une consommation fonctionnelle, utilitaire, celle de la simple subsistance jusqu’à celle d’un usage modéré ou ritualisé des plaisirs lors de fêtes collectives, religieuses, etc…  ( problématique comme peut l’être ce genre d’événements pour un “anthropologue” du politique )  Au début du XXème siècle, avant le taylorisme et le forisme,  les “nouvelles couches moyennes” sont encore des “plumitifs”, employés de bureau, quantitativement et socialement encore marginaux, mais l’essor sociologique des “couches sociales” embryonnaires devenues hégémoniques, les “nouvelles couches moyennes” conduit Clouscard à transformer la problématisation d’une “consommation ostentatoire”.  

Car la production de série ne va pas se limiter à la consommation utilitaire, fonctionnelle, ( la Ford T pour se déplacer ) mais elle ouvre la “boîte de Pandore” d’une production de série d’objets et de services pour une intensive “consommation ludique, libidinale” qui suppose de renouveler l’approche de ce phénomène.

*

Dès son premier article, ” Les Fonctions Sociales du Sport” (1962), Clouscard comprend que l’activité ludique et récréative du sport fait l’objet d’une intégration républicaine à l’offre de l’Education Nationale, mais devient la vitrine promotionnelle pour le développement d’un marché de masse. Ainsi, le “Tour de France”, héroïque geste sportive, permet de vendre autant des bicyclettes qu’un journal ” L’Equipe”, journal qu’il lira régulièrement sa vie durant ( corps-sujet clouscardien oblige ! ) un “phénomène sportif” qui dispose ( et récupère ) du “temps libre” des conquêtes sociales ouvrières ( la semaine de 40 heures, les congés payés de 1936 ) pour le développement d’un ensemble économique embryonnaire : le marché des loisirs qui créera la structure d’accueil pour le développement ultérieur du “marché du désir”, lorsque la consommation ludique ( par exemple du sport, des jeux, du cinéma, de la fête foraine… ) va s’étendre à une consommation marginale, libidinale et transgressive. Dans ce cadre, les “avant-gardes” artistiques et les figures de proue du romantisme, “poètes maudits” et toxicomanes de bonne famille et parfois authentiques génies, fourniront des modèles culturels embryonnaires, non pour le génie mais pour les “déviances” comportementales, “névrotiques” qui accompagnaient l’expression déterminée et symbolique de conflits ou de contenus historiques déterminant pour l’esthétique. Mais la notion de “modèle culture” revoie à celle d’une “culture des modèles”, c’est à dire un mimétisme concurrentiel, une sociologie des attitudes, etc … qu’il s’agit d’expliciter. De confidentiels et subjectivement authentiques qu’étaient ces figures, Clouscard les soumet à une “sociologie” qui permet d’identifier les étapes et le contenu de chaque branche de “l’arbre phylogénique” des modèles culturels de la modernité, jusqu’à la figure de “l’existentialiste” sartrien ou encore celle du “hippie”. 

Arrivé de fraîche date à Paris, Clouscard est passé par une étape “existentialiste”, initié lui-même à l’intellectualité à partir des productions d’une culture culturo-mondaine qu’il entend concevoir et dépasser. Alors, dans la “grande ville”, capitaliste, colonialiste, atlantiste, il observe la conversion de la bourgeoisie des années 50 et 60 à une nouvelle forme marchande. “Le plan Marshall  nous a apporté l’utile et l’agréable, les machines outils et les capotes anglaises ” ( Chez Pivot, “Apostrophes” 1982). Ainsi, Clouscard observe comment une sociologie particulière – Saint Germain des Prés à Paris – va élaborer et échanger de nouvelles symboliques et de nouvelles valeurs d’avant-garde qui constituent en réalité le fondement historique d’une nouvelle valeur d’échange pour les nouvelles marchandises du “marché du désir”.  

 

Aparté épistémologique et bref aperçu

sur le concept de “néo-kantisme”

chez Clouscard. 

Mais, cela n’est pas totalement conscient, mais historiquement et socialement déterminé comme parcours idéologique et théorique des “nouvelles couches moyennes”. Les problématiques de sa sociologie historique vont l’amener à rechercher à établir la généalogie d’une culture transgressive dont les icônes les plus diverses – de Cyrano de Bergerac au Marquis de Sade, en passant par Baudelaire lui-même ou André Breton – appellent une théorisation, un “décodage” historique et sociologique. 

 La critique du néo-kantisme comme critique existentielle et sensible des classes lettrées, savantes et mondaines qu’on trouve dans ” l’Être et le Code” (1972)  émerge de ce moment historique et de son appréhension par Clouscard. La critique du néo-kantisme sera le soubassement théorique de ces analyses et on en restera aux déterminations générales d’une critique de la “phénoménologie de classe” à partir de l’implantation d’un “néo-capitalisme” dont le concept manque à l’analyse marxiste de son temps. Cette “phénoménologie de classe” doit être pensée dans son histoire, dans sa sociologie, dans l’évolution dialectique de ses déterminations. Comme promis dans l’introduction, nous allons tenter de contourner l’épistémologie et la technicité spécifique de “l’Être et le Code” qui font obstacle à une compréhension immédiate et plus déterminée de la “critique du néo-kantisme”,  quoiqu’il convient déjà de voir émerger  le “corps-sujet signifieur” comme le concept permettant de rendre compte de la “phénoménologie de classe”  ou encore le “modèle d’ensemble logico-historique” comme le cadre théorique générale dans lequel produire la “généalogie historique” de la critique des classes lettrées,  compromises dans l’adoration du Veau D’Or. 

C’est pourquoi pour l’illustrer et se familiariser à certaines thématiques, reprenons les composantes de la critique de la “nouvelle civilisation capitaliste” de la modernité.

L’idée étant d’étudier l’organisation de la critique de la modernité ( la mieux connue du public ) pour ensuite organiser une meilleure compréhension des enjeux épistémologiques, théoriques, philosophiques à partir desquels l’étude de “l’Être et le Code” devient indispensable pour apprécier et comprendre la philosophie politique de Michel Clouscard. 

En premier lieu, il s’agit d’étudier ” Néo-fascisme et Idéologie du Désir” ( 1974 ) et ” Le Frivole et le Sérieux” (1978), tous deux écrits après et à partir de “L’Être et le Code”

 

Premiers Moments

de la Critique de la Modernité

“Néo-fascisme et Idéologie du Désir

 – les Tartufes de la Révolution ” ( 1974)

” Le Frivole et le Sérieux

– Manifeste pour un nouveau progressisme “

 

Après avoir publié deux ouvrages consacrés à la modernité, à savoir “Néo-fascisme et Idéologie du Désir – les Tartufes de la Révolution ” ( 1974) et ” Le Frivole et le Sérieux – Manifeste pour un nouveau progressisme “(1978), Clouscard semble avoir dit l’essentiel :  le discours freudo-marxiste après Reich et Marcuse comme  la vision “fantasmagorique” de l’anthropologie  développée par Deleuze et Guattari dans “L’Anti-Oedipe” suscite le besoin d’une analyse de l’anthropologie de la modernité pour expliciter les termes du débats. Ce sera le projet du “Capitalisme de la Séduction” ( 1981 ) En effet, si l’ouvrage  ” Néo-fascisme et idéologie du désir” polémique et décode le sens historique et sociologique latent des nouveaux idéologues, nouveaux philosophes, nouvelles théories émergentes,  il faut exposer plus méthodiquement les déterminations sociales et sociétales du nouvelle société capitaliste.

Celle-ci est portée par un développement objectif du procès de production ( les gains de productivité du taylorisme, productivisme qui pèse sur la classe ouvrière en premier lieu ) et sur un développement subjectif “gauchiste” sans précédent de son idéologie de classe. L’idéologie répressive de la morale victorienne est dénoncée par les idéologues de Mai 68 et ceux-ci renouent en réalité avec la dialectique interne du  “matérialisme positiviste” hérité des Lumières ( Voir ” Rousseau ou Sartre : de la Modernité” 1985 )  Dans “Néo-fascisme et Idéologie du Désir” (1974), Clouscard dénonce les “tartufes de la Révolution” dont la rhétorique sur la “jouissance” et “l’émancipation transgressive” contre le cadre névrotique de la morale judéo-chrétienne correspond à l’explosion consumériste et libertaire des Trente Glorieuses. Son projet inconscient ( ou conscient ), ses déterminations historiques, etc … sont celles d’une nouvelle idéologie des “strates sociales” qui accèdent à la “consommation libérée” par l’oppression économique de la classe ouvrière ( et des pays du tiers-monde à mon sens). 

Si le “corps libéré” des idéologues de Mai 68 est problématique, c’est qu’il s’agit d’une libération partielle, de classe, à partir de et au sein des rapports de classe et non d’une libération collective, démocratique. Clouscard ne s’oppose pas au projet d’une désaliénation de la subjectivité des déterminations névrotiques, non objectivées, présente dans les valeurs de la morale traditionnelle ( religieuse ou philosophique ), mais il faut dépasser les déterminations idéologiques du concept de “névrose” dans l’épistémologie et l’idéologie scientifique du “freudisme” ( un travail de longue haleine jusqu’à l’ultime “Refondation Féodale”) : si Freud comprend que l’histoire biographique de l’individu est marquée par la transmission déterminée et l’intégration parfois problématique d’une “répression” contre les impulsions instinctuelles de l’individu, l’opposition familiale au “principe de plaisir” originel d’un bébé prématuré, consommant sans produire, opère à partir des données historique de l’économie politique, des enjeux sociaux qui travaillent la famille ( voir livre 2 ” L’Être et le Code” – Isomorphisme de la famille et de la société civile ).

C’est pourquoi le concept de “principe de réalité” chez Freud opère selon une problématisation familialiste de l’intégration des “conduites de la maturité” codifiées dans la cité, et non selon une réflexion générale du sens anthropologique et politique des “comportements normatifs” au regard de l’organisation de la société par une logique historique des classes sociales. Sans avoir objectivé de telles déterminations, la pensée anthropologique et psychologique de Wilhem Reich, proche du communisme allemand, ou sa reprise par Herbert Marcuse,  l’Ecole de Francfort, agit dans un montage épistémologique problématique. Ainsi, Clouscard analysera de même les contradictions et les limites essentielles d’Althusser lorsque celui-ci proposera l’individu comme une synthèse de l’agent de la production et du sujet de la psychanalyse ; Clouscard proposant – modèle théorique du “livre II” de l’Être et le Code à l’appui – une épistémologie matérialiste et historique du corps-sujet. ( voir notamment “Lettre ouverte aux Communistes” sur ce sujet ) 

Comme Clouscard s’appuie sur une démarche théorique d’un marxisme théorique hétérodoxe, les thèses critiques et l’application de l’épistémologie de “l’Être et le Code” devaient permettre dans “Néo-Fascisme et Idéologie du Désir” de révéler historiquement, sociologiquement et par l’économie politique l’émergence de l’idéologie “libérale libertaire”. D’ailleurs, originellement, le terme est encore imprécis, à l’époque le vocable de “freudo-marxiste” semble lui être équivalent. Alors, à partir de ce premier moment polémique dont les contenus sont essentiellement analytiques et critiques, les apories en partie tragiques car encore marginales dans la cité, dans” Le Frivole et le Sérieux – Manifeste pour un nouveau progressisme”, Clouscard manifeste et affirme immédiatement la dimension synthétique et positive de ses démarches. Ses propositions assurent le passage de la connaissance à l’action, de la théorie critique des contradictions actuelles de la société de classe à l’organisation collective d’une opposition idéologique pour décoder la mystification “freudo-marxiste”, “libérale libertaire” et pour proposer des élements positifs, militants pratiques d’un nouveau progressisme face à la contre-révolution liberale. On retrouvera une telle articulation entre “l’êtat des lieux” et “l’urgence politique” dans l’organisation même de “Refondation Progressiste – face à la Contre- révolution libérale” (2003), son ultime “somme et manifeste”, adresse synthétique et positive.

C’est dire si le passage entre les résultats d’une démarche théorique analytique et critique vers une proposition, un “manifeste”, une “sollication” de la “raison comme bien commun” est déterminante pour Clouscard. C’est en produisant un développement de la conscience des déterminations des contradictions présentes qu’il sera possible d’agir dialectique pour surmonter ces contradictions, et dévoiler les paradoxes, contenus contre-intuitifs, transfigurations propre à l’évolution dialectique de la société de classe vers la “permissivité pour la consommation ” (des marchandises, services, … )  et la “répression pour la production” (matérielle et intellectuelle).

Si “le Frivole et le Sérieux” s’emploie à produire une étude historique et sociologique des “nouvelles couches moyennes”, c’est en effet car il s’agit d’une détermination historique inédite par rapport aux conditions historiques de la critique de l’économie poltique de Marx et Engels. Sans reprendre l’ensemble des thèses de cette oeuvre, Clouscard montre le sens sociologique et politique déterminée des valeurs de la morale bourgeoise et comment celle-ci peut se nier lorsque l’économie politique du capitalisme est mise en place, avec un développement quantitatif de l’extorsion de la plus-value productive de la classe ouvrière ( et du travailleur collectif ) et une évolution qualitatif des enjeux relationnels et éthiques  au sein des “nouvelles couches moyennes”. Celles-ci vont “révolutionnier la morale de classe” en produisant un “immoralisme” au moment d’implantation historique de la traduction idéologique, “freudo-marxiste” de la liquidation des “interdits” de la morale traditionnel et même, dans un second moment d’ascendance, de régime permanent, un “amoralisme” décomplexé que Clouscard décrira ultérieurement selon une “généalogie (idéologique) de la fausse innocence ” ( Le capitalisme de la séduction, 1981 ). La répression morale doit être abordée historique par la “dialectique du frivole et du sérieux”, méthodologie et proposition théorique issue de “l’Être et le Code”. Clouscard reprend, résume et problématise les résultats de l’étude de l’anthropologie des classes sociales dominantes, de la féodalité à la bourgeoisie de robe, de la bourgeoisie des Lumières à celle du XIXème siècle pour parvenir à produire le décodage des thématiques et des déterminations des “avant-gardes esthétiques, littéraires, intellectuelles” ( surréalisme, existentialisme, humanisme libéral … ) qui ont produit les contenus et les modèles d’une culture mondaine, élitaires. ( liste des auteurs à rajouter )  Il faut comprendre que Clouscard, né en 1928, part de références fondamentales pour la vie intellectuelle comme une certaine culture populaire ( et médiatique ) de l’époque ( Saint Exupéry, Giraudoux), mais en partie désuètes ou tombées dans une culture savante actuellement. Cependant, le sens de ses analyses est de montrer les déterminations mondaines qui travaillent la sensibilité et la subjectivité de ses contemporains. Ecrit à l’âge de 50 ans, Clouscard s’adresse à une classe intellectuelle, savante, proche du communisme universitaire, sans doute déjà elle-même dépassée par les références culturelles et la culture populaire médiatique ( “culturo-mondaine” ) des années 1970, mais il s’agit d’établir une critique par une “généalogie de la culture mondaine”. 

L’aboutissement de cela est de proposer une alliance progressiste et synthétique, un rassemblement entre les valeurs traditionnelles de la bourgeoisie ( mérite, travail, éthique protestante ) et les valeurs du travail, portées par la critique marxiste de la morale bourgeoise, de ses manques. Si dans le réel, la nouvelle société du libéralisme libertaire, si dans l’ordre du discours et de l’imaginaire, le discours freudo-marxiste, gauchiste dominant a liquidé les contenus déterminés mais partiellement progressistes des valeurs de la morale bourgeoise, alors le sens d’un “manifeste pour un nouveau progressiste” est clair. Il s’agit de porter une “stratégie”  politique et militante pour aboutir à la constitution d’une “’alliance de la situation éthique du prolétaire  [ produire pour consommer ] et de la morale bourgeoise [ répression des conduites naturelles et élaboration de conduites responsables déterminées ].”  Il s’agit d’opérer un rapprochement qui permet d’organiser un front sociologique et politique  contre les “nouvelles couches moyennes” et leurs valeurs, à partir “d’une morale devenue progressiste, qui consent enfin à recon­naître le prolétaire. ” ( FS 1978 – Conclusion ) 

En termes de “philosophie politique”, Clouscard analyse les “forces en présence” de la contradiction historique et dialectique du moment historique actuel : ” Aussi doit-on, d’une part, redéfinir les alliances poli­tiques, mais aussi, par ailleurs, situer ces catégories  politiques en référence à l’ensemble des rapports de production. Selon l’affrontement du principe de réalité, du principe de pouvoir, du principe de plaisir. Selon l’affrontement de la situation éthique du prolétaire, du système de la marginalité [ freudo-marxiste], de la morale transitoire.
Selon la dialectique du procès de production et du procès de consommation. »

Clouscard n’opère pas le développement de ce programme de façon abstraite, sans faire de propositions concrètes pour produire des médiations objectives, des pratiques concrètes. Il a bien conscience que la consommation ludique, libidinale, marginale, transgressive, que le parasitisme social petit-bourgeois, nouvelles couches moyennes du “système de la marginalité” a déjà conditionné le parcours existentiel, la sensibilité et les références intellectuelles des individus des sociétés post-industrielles. Aussi, il préconise – et incite le Parti Communiste –  à être attentif à cette “extension du domaine de la lutte” comme dit Houellebecque. La “maïeutique socratique” qu’il propose n’est pas une “maïeutique” dont l’objectif serait une connaissance dialectisée et abstraite du vrai, du bien et du beau, mais l’arrachement progressif au mensonge, au “mal” et à la “laideur” éthique d’une participation inconsciente et naïve à un nouveau codage des rapports de production, de l’exploitation de l’homme par l’homme en régime “libéral-libertaire”.  

Ayant déjà produit une théorisation du parcours existentiel de l’individu dans le “livre deux” de “l’Être et le Code” ( la génétique du sujet ), la pensée réaliste de Clouscard procède d’une théorisation du parcours de l’individu. Si la “maïuetique socratique” est conçue comme une pratique d’échange critique, de militantisme dialectique et politique qui consistera  à opérer dans le “fond de la caverne” de la culture mondaine pour faire aboutir à la conscience, à la conscience de soi,  à la raison absolue d’une “raison dialectique” confrontée aux modalités historiques nouvelles de la société de classe. Il s’agit de rompre avec la “répétition machinale” d’une participation concrète et symbolique à “l’ordre du signifiant mondain” de “l’idéologie du désir”. L’épistémologie matérialiste du corps-sujet est politique déterminante à l’intérieur de ces problématiques pour construire les conditions de possibilité d’une pratique réelle, effective, permettant de développer une philosophie politique d’un “socialisme démocratique et auto-gestionnaire” encore imprécis.

Les jalons de cette nouvelle réflexion sur la “vertu” républicaine, après Rousseau, après ( bien après ) Freud sont clairs : il faut partir d’une compréhension nouvelle de la “fixation” de l’idéologie “freudo-marxiste” dans l’expérience phénoménologie et logique du monde. Le parcours de l’individu, l’ontogenèse, est une succession dialectique des “moments du sujet” à partir d’un devenir déterminée du “corps organique et répétitif” originel du bébé, consommateur absolu, “corps-substance” à l’arrachement progressif à l’organico-affectif pour aboutir à l’entendement, à la logique des propositions … et plus particulièrement à la raison dialectique nécessaire à la compréhension des contradictions historiques, sociales, politiques et existentielles de la société. A ce titre là, on accède aux “enjeux philosophiques de la lutte des classes”.  

Cette connaissance est nécessaire pour renouveler les approches militantes à l’heure de la “civilisation capitaliste”. Cette connaissance du corps-sujet ( le livre 2 de “l’Être et le Code”) n’appartient pas au corpus épistémologique traditionnelle de la tradition socialiste, progressiste. C’est pourquoi Clouscard utilise l’adjectif de “nouveau” pour définir un “progressisme”  qui articule la critique de l’économie politique de Marx, le matérialisme historique, et l’analyse des contenus de la subjectivité, de l’émotion originelle  à la pensée dans un matérialisme dialectique plus étendu, dont la compréhension supposera des efforts idéologiques et théoriques progressifs. 

 

 

La nouvelle “civilisation capitaliste”  :

Les moeurs, les classes sociales, la pensée.

 

Cette mise en place du premier moment de l’affirmation d’un nouveau progressisme permet d’accéder au concept et à la nécessité des trois prochaines oeuvres, publiées de 1981 à 1985, dont la synthèse sera proposée en 1987 dans l’indispensable ” Les Dégats de la Pratique Libérale”.

En proposant le concept des trois ouvrages suivants, on montrera alors que celles-ci viennent compléter, préciser et étayer l’importance du premier moment dialectique de l’analyse de “l’ensemble capitaliste” et de son dépassement par un “nouveau progressisme” par Clouscard. Et l’ouvrage synthétique ” les Dégats de la Pratique Libérale” proposera ensuite une exposition synthétique et explicite de l’analyse théorique et de la philosophique politique pour une “Refondation Progressiste” dont les contenus et les références seront plus explicites et plus nécessaires à l’intelligence de l’ultime “somme” et “manifeste” de Clouscard. 

 

( FIN DE LA RELECTURE : A SUIVRE, …. )

 

Les moeurs 

Phénoménologie et Logique du Mondain

Les Thèses sur la Civilisation Capitaliste 

 

Le  Capitalisme de la Séduction ( 1981 )  propose une phénoménologie et une logique du mondain. La phénoménologie du mondain consiste à analyser les contenus du vécu social des nouvelles couches moyennes après les Trente Glorieuses. La négation du procès de production par le procès de production est abordée en étudiant les niveaux d’une initiation mondaine à la civilisation capitaliste. La méthode consiste à proposer une anthropologie de la modernité en analysant les “âges de la vie” des individus soumis et conditionnés par la “nouvelle société” conjuguant éducation permissive et intégration à une “société de consommation” qui est ratification de la société de classe, de l’oppression économique de la classe ouvrière ( et des pays du tiers monde également à mon sens ). Comment ? Par un parcours phénoménologique et logique au travers des moments dialectiques de l’enfance à l’adolescence, d’un âge adulte “adulescent” (théorisé par Clouscard ) à la parfaite intégration sociale au modèle de société du néo-capitalisme ( voir “la maison de campagne – nouveau contrat père – fils ” au stade libéral libertaire ) 

 

à développer …  

Bête Sauvage ( négation de la lutte des classes par le projet de classe unique )

les fonctions productives nouvelles, la production de série, l’évolution historique de la sociologie du travail, le néo-capitalisme. 

le libéralisme économique et politique et l’Etat. l’appareil d’Etat, l’Etat et la société civile instrumentalisé par le néo-capitalisme. 

La stratégie de société civile, la classe unique et la stratégie révolution : révolution du mode de production par le mode de production

Les thèses sur le rejet de la dictature du marché et de la dictature du prolétariat (! si ! si ! ) 

le “socialisme aux couleurs de la France” 

Rousseau ou Sartre ( passage de la philosophie de la conscience totale de Rousseau à la philosophie de la connaissance mutilée du néo-kantisme, trahison de Kant, projet de minimisation-négation de la lutte des classes, système d’interdit philosophique )

La méthode analytique et dialectique de Clouscard : Rousseau et Kant, résultat d’un “ensemble pré-capitaliste”

Rousseau et Kant.

Après Kant. L’anthropologie libérale. Moments historiques et dialectiques de l’anthropologie libérale et de la phénoménologie de la bourgeoisie.

Le néo-kantisme dans ses figures modernes.  

Exposition des   4 axiomes du néo-kantisme. 

L’annonce d’une “philosophie de la praxis”, précisions autour du concept ( sujet à tant de contre-sens !! ) 

——

L’idée forte c’est l’impératif catégorique “produire pour consommer ” qui était la substance de la société traditionnelle ( celle du mérite ) … portait en elle-même la reconnaissance du travail, donc d’une possibilité politique de reconnaissance de la classe ouvrière.  Cet impératif catégorique du “produire pour consommer” a été nié progressivement dans l’histoire universelle, dès l’émergence du mode de production esclavagiste ( les Romains étaient déjà des “libéraux libertaires” à partir d’une base sociale différente, mais avec des problématiques similaires aux notres … )

Or, dans l’idéologie tout est nié mais c’est grâce à l’extorsion objective de la classe ouvrière ( extorsion la plus-value) qu’un surplus démographique inédit ( les nouvelles couches moyennes ) a été ” mis en vacances ” de la production, pour des responsabilités objectives parfois discutables (animation débilitante, gestion des superprofits des multinationales, etc … )  

 L’impératif catégorique a donc pu être nié non dans le réel, car la classe ouvrière, la main d’oeuvre des pays du tiers-monde assument cette réalité   mais dans l’idéologie c’est à dire comme pratique de la consommation de l’extorsion de la plus value. Cette consommation ludique et libidinale s’opposait aux vertus de l’éthique traditionnelle d’une société de la rareté.  Or, de bourgeoise qu’elle était, cette pratique marginale et constestaire est devenu un modèle culturel, une promotion de vente des marchandises du désir, etc…   La mercantilisation de la jouissance a converti les avant-gardes esthétiques, romantiques, surréalistes ( parfois sincères politiquement, parfois déjà réactionnaires )   pour  élargir à une frange plus grande de la société  l’usage relatif, déterminé par le niveau de vie, la politique des revenus pour créer de nouveaux marché  : le marché du désir complète l’économie traditionnelle Mais l’engendrement idéologique du libéralisme libertaire est possible grâce à l’extorsion de la plus-value et à rien d’autre, donc l’oppression économique de la classe ouvrière demeure, malgré un accès “de subsistance” à une consommation ludique, libidinale de masse, type Palavas les Flots.

Le système capitaliste doit continuer de tourner pour le passage au mode de production du libéralisme libertaire

La stratégie capitaliste consiste donc à  trouver des débouchés à la nouvelle production marchande de l’objet non utilitaire…. Avec comme conséquence désastreuse en terme de civilisation :  la déformation de la perception du principe de réalité ( produire pour consommer ), la le  principe de plaisir  des classes dominantes ( consommer sans produire, consommer le travail de l’autre, l’accès au gaspillage, à l’échange symbolique ) devient modèle existentiel, mimétisme concurrentiel selon une phénoménologie et une logique du “mondain” …

Pour les couches supérieures de la société “décomplexée” et pour la classe ouvrière qui consomme des “signes”, les restes.

Stratégie d’intégration de la classe ouvrière sur fond de consommation très relative de la plus value qu’elle produit. Si bien que Clouscard dénonce les arguments de Marcuse sur un “embourgeoisement de la classe ouvrière” en révélant la stratégie d’intégration de la classe ouvrière à la société capitalisme par le  fordisme, modèle repris par Hitler en Allemagne.

Avec le développement des forces productives, de la production de série, c’est l’émergence du potlatch des surplus formidables autorisé par la récupération de la révolution technique et scientifique. C’est bien une nouvelle répartition sociale de l’accumulation et l’extorsion de la plus value : le budget du pouvoir d’achat  et de la politique des revenus est géré par la technobureaucratie (européenne, atlantiste ) d’une social-démocratie libertaire : c’est le Ministère du Temps Libre, conquête de marché ( industrie du loisir, mode, audiovisuel, animation sonore ) et conquête idéologique du déni du principe de réalité, de la lutte des classes ( projet de classe unique ).

Conquête d’usagers, de clients et conquête de dé-responsabilisation des masses.

Négation du fondement ( A>P et C > P : consommer et accumuler sans produire ) qui devient négation du principe de réalité même ( produire pour consommer )  :  

Dans la critique de l’idéologie ( Rousseau ou Sartre), ce sont les intellectuels organiques qui sont visés. L’hégémonie culturelle de Gramsci, le bloc historique, actualisée par Clouscard. Qui tourne autour de la négation du Noumène ( à savoir le procès de production, la praxis, dixit Clouscard ! ) et de la reprise du Phénomène en coupant Noumène et Phénomène selon la pratique de classe ( le vécu de la classe lettrée, idéologie des rapports sociaux )  Il y a dichotomie entre Noumène et Phénomène pour empêcher le sens de l’histoire, censurer la Raison Pratique absolue du marxisme par le moralisme aliénant post-kantien. L’impératif catégorique de Kant ( l’homme comme fin et non comme moyen )

Bref, ” C > P ” ( bourgeoisie )  et ” P>C”  absorbée par les nouvelles couches moyennes   ” C>P ” et participation au travail gestionnaire … 

C’est une stratégie de conquête de marché qui vire en destruction de la Psyché occidentale…

Le post-modernisme, le relativisme moral, toutes les formes idéologiques produites ( le capitalisme cognitif inclus à mon avis ) ne peuvent être que des idéologies néo-kantiennes dérivée de la pratique sociale qu’est le libéralisme libertaire. La révolution conceptuelle de Clouscard sur le concept d’idéologie est de radicaliser l’Idéologie Allemande en production de la psyché par la praxis, selon les rapports de production.

Petite remarque : on pourrait également parler de “libéralisme libidinal et libertaire ”  – la nouvelle consommation et le modèle d’usage.

Il me semble que ce serait plus complet.

 

S.B.  2011