Réflexions sur les Trois Parties
de l’Être et le Code”
in ” La logique du concret” Riochet (1974)

Download PDF

Ce passage est un extrait de l’ouvrage deChristian Riochet  » La Logique du Concret  Introduction à la lecture de « L’Être et le Code » « . ( page 29 )

Dans ces réflexions relativement denses, on trouve les problématiques les plus décisives pour l’étude et la compréhension de “L’Être et le Code”. En effet, en première analyse, l’irruption du livre II semble interrompre l’articulation entre livre I ( la structure féodale ) et le livre III ( du mythe au sujet de la connaissance). 

Les réflexions de Riochet presentent les enjeux de la composition de “L’Être et le Code”. Ces réflexions sont le fruit d’échanges nombreux avec Clouscard lors de la rédaction de “La Logique du Concret”.  ” Putain, con, on a oublié le bébé ! ” comme s’était exclamé Clouscard au moment d’intégrer l’ontogenèse comme génétique du sujet et comme médiation essentielle et moment de l’épistémologie du code.  

Or, il se trouve que la problématique de la subjectivité est essentielle dans le discours et la recherche de Clouscard : l’être, la praxis, le sujet. 

Mais c’est aussi l’exposition que l’histoire produit la logique, donc l’étude des médiations concrètes, anthropologiques qui exposent et ré-exposent, après Kant, après Hegel, après Marx, après Lénine une “doctrine subjective du concept”.  

Toute la question de l’idéologie est repensée et “L’Être et le Code” est le lieu de la réconciliation entre Marx et Hegel, entre Hegel et Marx. 

S.B. 

 

 

Réflexions sur l’organisation de “l’Être et le Code”

 livre I, II et III 

” La Logique du Concret” Introduction à la lecture de “L’Être et le Code”

Christian Riochet

1974. 

 

 

……. Aussi revenons rapidement sur le plan du livre lui-même.

Il est formé de trois parties :

LIVRE I : la structure féodale, c’est-à-dire le
commencement économique de l’ensemble historique étudié, en est la première partie.

LIVRE II  : Puis c ‘est l’étude du corps, des moments du sujet, de la genèse de la subjectivité.

LIVRE III : Enfin c’est l’exposé de la logique du superstructural, la réconciliation des contradictions, l’avènement de la culture bourgeoise.

 

 * On peut dire que le Livre I a comme suite le Livre III; Livre III qui ne donne que les effets dans la structure pré-capitaliste du dynamisme embryonnaire du capitalisme.
* Le livre II – étude du corps et du sujet – pourrait donc trouver sa place après le Livre III, car il est en  fait le compte-rendu exhaustif du passage de la substance à l’individualité.

 *  Mais ce livre II expose aussi la continuité des conduites subjectives et des conduites macro-sociales. Or le livre I peut être interprété comme l’étude globale de l’avènement de l’individualité étymologique [féodale] – correspondant à la production des cellules originelles et à la culture qu’elle autorisait, le chevaleresque dans le macro-social, c’est-à-dire dans une économie structurée, dans laquelle les comportements de groupes et de strates vont être déterminants.

Le Livre II sera contemporain du Livre I et non sa suite.

Le Livre III de même, [contemporain du livre I ] car alors le Livre  II sera le trait d’union entre le Livre I et le livre III.
Le plan devrait être vertical. Dans ce dernier cas, si la lecture était possible, on aurait la vue d’ensemble la plus déterminante. En poursuivant notre reconstruction logique du plan, on pourrait exagérer la logique en admettant que le Livre II soit avant le Livre I.
On aurait :
– Livre I, II, III
– Livre I, III,  et Livre  II
– Livre II, et Livre  I, III

…. et   même Livre (III II I)
Quelque soit l’un des quatre plans possibles, on retrouvera une implication logique qui renverra dialectiquement à chacune des parties. De plus, chacun de ces quatre plans peut renvoyer à un autre plan, dont il en sera soit la complémentarité, soit l’exclusion, soit la synthèse. Enfin, chacun des chapitres de chacun des livres peut renvoyer à son correspondant dans les deux autres livres. On remarquera que le Livre II ne peut se trouver après le Livre III, et que le livre III ne peut non plus se trouver avant le Livre I. C’est que l’économique est déterminant en dernière instance.
Donc le Livre I doit toujours, de toute façon, se trouver avant ou « pendant » les Livres II et III.
Aussi pourrait-on admettre une correspondance logique interne à “L’Être et le Code” qui trouverait sûrement un enrichissement dans un exposé systématique sur la base de la théorie des ensembles.
Comme avènement d’un langage logique du concret logique, le réalisme radical voudrait dépasser l’empirisime de l’épistémologie bourgeoise, restituer au marxisme-léninisme une technique qui appartient au producteur : la logique. Alors le réalisme radical serait la tentative ambitieuse de fournir au niveau du concept, au niveau philosophique, la réponse à la question : comment la logique de la production dépasse l’empirisme de la production ? Ainsi l’histoire aurait-elle été réécrite selon ce problème.
Comme transgression des interdits épistémologiques bourgeois, “L’Être et le Code” est aussi l’étude de la liberté comme production historique. Le réalisme radical s’efforce d’être la totale expression des rapports de classe.

Pour ce faire, il reprend pas à pas l’origine infrastructurale de ces rapports. Il indique que seule la force productive, la praxis peut arracher l’homme de son étymologie. La praxis est une culture de la nature, est une nature culturée. La liberté est d’abord le dépassement dans et par la praxis des déterminations substantielles, du concret immédiat.

Mais cette première liberté, embryonnaire, ne déclenche pas mécaniquement une liberté de la personne.

La personne n’est pas encore. La conquête de la personne est une conquête historique, contre, partant de la nature, puis contre, partant de la société de classes.

Le réalisme logique permet alors de montrer la production du statut de la liberté selon la lutte des classes. La liberté est une détermination, non l’absence de toute détermination. La liberté doit se déterminer, doit être restituée dans ses conditions matérielles de possibilités. Or, il n’y a de déterminable que de l’accompli, que du révolu. Le savoir de la liberté ne porte que sur le passé. C’est la fatalité de la science qu’est l’histoire. Le marxisme-léninisme rappelle donc que la stratégie du néo-libéralisme est de conduire à la confusion de la liberté comme détermination d’une société sans classe et à la pseudo liberté comme détermination socioculturelle de l’idéologie, pseudo liberté individualiste, conditionnel de la société de classes. Une société sans classe autorise une liberté déterminée. Une société de classe autorise une liberté conditionnelle.
Telle sera la problématique de “L’Être et le Code”: la genèse des déterminations de classes, l’étude de la liberté conditionnelle du savoir escamoté au producteur, de l’immanence du principe de plaisir à la classe dominante, de la localisation historique du corps. La systématique des rapports consommation-production sera l’objet de la théorie d’un ensemble pré-capitaliste.

Cette théorie pose comme postulat la mutation interne des forces productives, le rapport être-code comme variable. « Et c’est justement cette mutation interne de l’ensemble étudié qui est notre problème ».
“L’Être et le Code” ne sont que le double aspect de la réalité. Les rapports de l’être et du code doivent être vus selon la logique de la production. C’est la problématique révolutionnaire, marxiste-léniniste.

La dialectique de la mutation interne, la codification des passages de l’être au code, de l’infrastructural au superstructural, l’énoncé conceptuel du processus de l’histoire n’est que le problème épistémologique de l’intégration de la dynamique à la structure. La dynamique n’est accueillie par la structure qu’à condition d’intervenir dans le sens de l’histoire. La structure – comme structure de classe – a pour fonction de médiatiser, de codifier, de structurer.

La problématique de “L’Être et le Code” définit les manifestations de l’intrusion de la dynamique dans la structure, du devenir dans l’acquis, du déterminé dans le conditionnel.

Enfin, la dernière problématique est celle d’une société sans classe, l’espoir réaliste d’un ordre rationnel, qui rendra la production au consommateur et la consommation au producteur.
L’histoire est le fondement épistémologique de la  logique.  ( … ) 

 

 

 

Christian Riochet, 1974.