L’épistémologie du code 2
“la négation de l’être
par le procès de production” (1974)

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Ce passage est un extrait de l’ouvrage de  Christian Riochet  » La Logique du Concret  Introduction à la lecture de « L’Être et le Code » « . ( page 29 )

L’intérêt de ce passage est d’articuler “l’épistémologie du code” et le modèle d ” ensemble logico-historique”. 

S.B. 

 

 

 

 

 

III / L’ÉPISTÉMOLOGIE DU CODE :
LA NÉGATION DE L’ÊTRE
PAR

LE PROCÈS DE PRODUCTION

 
1 – La méthode historique
La méthode se définit à trois niveaux et selon trois  propositions.

Première proposition :
Le sujet de la connaissance est un résultat historique, résultat de la démarche historique, conditionné par elle.
Deuxième proposition :
Le sujet transcendantal 1 est historiquement produit.  

 

Ceci ajoute à la première proposition que le sens du sujet est celui de la production, du procès de production.
Troisième proposition :
Le sujet de la connaissance est objet de la connaissance, comme résultat de deux moments historiques.

 
2 – Le modèle d’ensemble historique
La radicalisation réaliste proposée par la méthode historique conduit au modèle d’ensemble historique.
Le modèle d’ensemble historique est consécutif aux  acquis épistémologiques obtenus par la polémique. 2

Il sera la garantie scientifique de la démarche entreprise.

Il vient donc avant cette démarche et la conditionne.
Mais on verra que ce constructivisme, cet a  priori est lui-même consécutif de la réalité, du réel.
2.1 – L’armature logico-formelle

Chacun des termes de la proposition : « modèle d’ensemble historique » doit être défini conceptuellement.
C’est une armature logico-formelle qui permettra  un premier accès conceptuel.
Le concept de modèle se définit à deux niveaux.

Au niveau de la relation syntaxe-sémantique.

La  syntaxe est le système formel des règles de formation.
La sémantique est le système des règles de correspondance  avec le domaine historique.
A un deuxième niveau, le domaine syntaxique ne  donne pas le domaine d’objets sémantiques.

L’empirie atteinte par la correspondance n’est pas recensable.
2.2 – L’identification syntaxe-sémantique au matérialisme dialectique – matérialisme historique
Ce système formel sera constitutif du modèle historique
car :
la relation syntaxe-sémantique est identifiée à la relation matérialisme dialectique – matérialisme historique.

 Le matérialisme dialectique est une science suffisamment  élaborée pour concéder un stock de signes  non recensables.

Le matérialisme historique autorise l’étude d’un champ historique, la correspondance.

La structure [ du modèle ]  et la théorie des ensembles sont identiques. Ce dernier point est la conséquence du premier.
2.3 – Le transfert dans l’histoire

Une règle fondamentale de formation sera dégagée du modèle formel.

On admettra qu’à toute circonstance individuelle formelle correspondra un objet de la structure, d’une part, et qu’à toute constante prédicative correspondra un sous-ensemble de la structure, d’autre part.

Cette règle fondamentale de formation sera transférée au modèle historique.

Ce transfert est habilité par le caractère scientifique des deux disciplines, logique et histoire.
Ainsi, la syntaxe du matérialisme dialectique se construit selon la syntaxe du concept de ce modèle.
On admettra trois niveaux :
Niveau A : niveau fixe des constances référentielles.

Niveau B : niveau des propriétés des constantes.

Niveau C : niveau des variables individuelles.
Le niveau A développe le niveau B qui développe le  niveau C.
2.4 – Le transfert dans l’économico-historique
Par analogie on pourra dire : l’économique est principe générateur du juridico-politique, lequel développe les formes de la conscience sociale.

Cette syntaxe s’applique ainsi au mode de production.

2.5 – Le système des médiations

La mise en relation dans l’ensemble historique de trois niveaux A, B et C suppose un système de médiations.

Le système de médiations est l’Etat et est assimilable à la causalité structurale (voir « analytique »).

Le modèle d’ensemble historique a donc été formé à trois niveaux : logico-formel, historico-économique et au niveau du médiateur-Etat.

La construction de ce modèle montre que le “procès de production d’un modèle historique est assimilable à la fonction de construction du concept de modèle”.
3 – L’épistémologie du code

La formation scientifique du modèle d’ensemble  historique – dont nous venons de restituer le processus
le plus simplifié, squelettique – donne accès à l’épistémologie du code.
Comme transgression des interdits épistémologiques bourgeois, “L’Être et le Code” est d’abord une nouvelle anthropologie.
Cette anthropologie reprend donc les problèmes du néokantisme, que le néokantisme ne veut pas résoudre, les problèmes du concret de classes. Le sujet
 de la connaissance est abordé radicalement, selon la vraie anthropologie qui fournit la révélation des raisons historiques. Sont reprises alors les conditions historiques du savoir, que le néokantisme, l’idéologie bourgeoise actuelle a pour fonction d’occulter. La coupure épistémologique autorise la recherche, la détermination des conditions qui ont amené et permis à la praxis de produire le statut du savoir. La praxis est un savoir, est la production d’un savoir. Le savoir de la praxis a été progressivement arraché de son étymologie, de sa matrice. Toute une infrastructure du superstructural a été instituée pour couper le producteur des bénéfices épistémologiques, scientifiques, qu’il autorisait. Les conditions matérielles de possibilité de la science, de la bourgeoisie sont fournies, élaborées, puis maintenues par l’ouvrier. Le discours culturel est articulé à la logique de la production. Il doit l’être. La polémique, puis la construction du modèle d’ensemble, ainsi que son transfert dans l’histoire, forment le tout d’une démarche scientifique justificatrice. Ainsi peut-on ensuite dire comment, historiquement, le sujet logique est produit. C’est là la première conséquence du blanc-seing scientifique que l’on a pu délivrer. Le réalisme logique devient alors le fondement de la scientificité de l’histoire concrète, donne accès à la problématique décisive de l’histoire : le surgissement du sujet de la connaissance. La vraie anthropologie dira cette compénétration de l’histoire, du savoir, et du sujet. Le sens de l’histoire donnera un avant et un après, un avant le savoir et le sujet, et un après ce moment décisif que la production originelle fera advenir, qui sera l’avènement du savoir de cette production, du savoir des forces productives et des rapports de production.

 

Ainsi le discours idéologique, en dévoilant – contraint et forcé – les lois de l’oubli qu’il a patiemment promulguées, montre la réalité qu’il cache. Le  réalisme logique se substitue à l’idéalisme. L’épistémologie s’est produite comme champ de production. L’épistémologie du code dit comment la réalité est connue par l’intellect, comment la pensée peut connaître l’organique.

 * 
L’avènement scientifique – nous dirons dès maintenant : marxiste-léniniste – de cette anthropologie a trois effets, parmi d’autres, que nous voudrions privilégier.

Comme premier effet, c’est une approche nouvelle  du problème du corps.
Le corps n’est qu’idéologie, le point d’appui sur lequel l’idéologie en général fonde son idéalisme subjectif le plus acharné. Le réalisme radical reconnaît explicitement la projection idéologique et en donne la lecture inverse, en révèle le non-dit. C’est le contre-modèle du corps qui est fourni. Son premier effet est à privilégier, car il réduit considérablement la plate-forme stratégique de la réaction subjectiviste.

Le corps a traditionnellement été ce sur quoi le subjectivisme s’est réalisé. Il autorisait en effet les plus grandes affabulations. Comme substance, il était relégué dans le monde incontrôlable du nouménal. Comme acte, praxis, il était soumis absolument à l’idéologie du signe. Dans ce cas, ou bien il était identifié au sexe ou bien il disparaissait comme ineffable, insaisissable, ce qu’il fallait réduire, et briser tant la spontanéité originelle troublait le sens du pratique – catholicisme ou psychanalyse. Le réalisme radical rappelle l’étymologie du procès de production, la substance originelle, l’être premier. Le corps produit le premier moyen de production, et il est produit du moyen de production. Il est l’ambivalence de fait que l’histoire devait aborder. Le corps est partie intégrante du procès, du devenir. Son avènement est historique et le parcours de sa disparition, de son occultation, est intimement lié au parcours et à l’occultation de la lutte des classes. Sa réhabilitation, son surgissement objectif sera le symptôme effectif du surgissement de la société sans classe.
Comme deuxième effet, c’est l’exploitation systématique de toutes les informations scientifiques susceptibles d’aider l’anthropologie. C’est la tentative d’actualisation de la pluridisciplinarité. Elle est la réponse marxiste-léniniste à la tactique du parcellaire dont l’idéologie bourgeoise s’est faite l’utilisatrice. Elle permet un regroupement des disciplines éparpillées, ce qui en réduisait la portée et l’efficacité. Elle redonne une vigueur nouvelle en élargissant le champ du connaître, en brisant les bornes installées par la rationalité néo-kantienne. La pluridisciplinarité marxiste-léniniste ne craindra pas d’interroger toutes sciences élaborées qui sauraient lui fournir les résultats authentiques de ses opérations.

 

Le troisième effet est interne au développement conceptuel de “L’Être et le Code”. Le devenir du concret, le procès de production, le sens de l’histoire demandait un langage logique. Toute expression de ce langage du concret s’insère de lui-même dans une armature logico-formelle, effet second de la réalité. Le langage du concret se produit selon un plan logique parce que le concret développe lui aussi le plan logique de ses déterminations.

 

Christian Riochet, 1974.