Le modèle d’ensemble logico-historique 1
1972 ; 2003 ; 1974.

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Suite à de nombreuses interrogations quant au modèle de “l’ensemble logico-historique” chez Clouscard, comme synthèse dialectique de Kant, Hegel et Marx contre le néo-kantisme, trois passages me semblent intéressant pour débuter le repérage des enjeux, puis d’analyser les problématiques et enfin de comprendre l’épistémologie mise en place dans “L’Être et le Code” 

Bonne lecture. 

S.B.

 

Présentation de l’Être et le Code

Par Michel Clouscard 

4ème couverture –

Editions Moutons 

– 1972

 

– Contre les idéologues structuralistes, l’auteur propose un ensemble logico-historique

– Contre le structuralisme universitaire et mondain qui revendique même le marxisme, il dévoile le procès dialectique de cet ensemble logico-historique

– Contre la dérive anthropologique de l’ethnographie à la manière de Lévi-Strauss, il montre l’arrachement aux fixations étymologiques des modes de production archaïques par le passage à la société industrielle

– Contre l’occultation apportée par le néo-freudisme 1, il rétablit que le lieu génétique du désir et de l’imaginaire enleur enracinement économico-culturel

– Contre la raison analytique et formelle 2, il montre la production historique du sujet de la connaissance. 

– Contre une certaine linguistique, il rappelle le référent qu’est la praxis

– Contre la sémiologie 3, il définit le corps comme véritable sujet de l’énonciation

– Contre l’éleusisme telqueliste-lacanien, il opère la saisie de la quotidienneté en son immédiate et naïve expression psycho-sociologique dédaignée de ceux pour qui « cela » est inassumable.

 

Ce retour au langage du concret est le lieu commun doublement nécessaire : comme ultime expression et accomplissement de la démarche théorique et comme propédeutique à la pratique sociale.4

Aussi, pour s’opposer au néo-kantisme qui habilite épistémologiquement  tous ces modes de transfert de l’idéologie de la nouvelle bourgeoisie libérale – idéologie moderniste du capitalisme – l’auteur reprend le projet hégélien : dire le réel selon sa logique, sans résidu transcendantal.

Le réel est rationnel comme le rationnel est réel.

 

L’ensemble pré-capitaliste étudié se révèle alors selon l’engendrement [ par les forces productives et les rapports de production.] des couples  : production-consommation, paganisme-christianisme, sérieux-frivole, sensibilité-raison, etc … 

Les relations concrètes de ces couples (comme rapports de classes) s’ordonnent selon le sens de l’histoire : la négation de l’Être par le procès de production.

L’ambition de l’auteur est de contribuer à la production des médiations d’intelligibilité qui permettent d’écarter dogmatisme 5 et subjectivisme 6

En dehors des sentiers battus du néo-kantisme, cette anthropologie historique, fondée sur la logique de la production, selon des ensembles historiques et selon l’enchaînement dialectique des ensembles ( pré-capitalisme – capitalisme libéral – capitalisme monopoliste d’Etat) doit permettre d’établir cette rationalité pour notre temps.

Michel Clouscard, 1972 “


 

Préface

à la seconde édition  

( 2003 )

 

 

              En première lecture, littérale et concrète, « L’Etre et le Code » raconte une histoire de France encore inédite.

C’est une histoire secrète qui est révélée : la relation dialectique du procès de production et du procès de consommation – l’armature du réel – qui se traduit par la mise en scène du sérieux et du frivole.

Cette dualité se dispose selon de multiples dérives et combinaisons.

Elle est délimitée par la dualité de complémentarité et par la contradiction absolue.

C’est la trame même de notre existence.

Encore une vision du monde ?

Tout au contraire.

             En seconde lecture, cette histoire fait apparaître les refondations politiques méconnues et leurs enjeux spirituels ignorés.

C’est que [cette histoire] établit ce qui doit être un ensemble logico-historique, référentiel théorique de la dizaine de livres consacrés à la société française, qui ont suivi.

Il ne s’agit rien moins que de révéler le sens de l’histoire.

C’est le passage de l’univers du Vieux Monde à celui de la praxis.

La répétition entropique – et ses tentatives de restauration – doit se soumettre aux deux fondamentales créations de cette praxis : le système de la parenté et le mode de production.

 

 

L’exogamie monogamique et le mode de production se font constitutifs des catégories existentielles et de la connaissance.

Les livres qui seront consacrés à l’actuelle société française montrent l’aboutissement de cette histoire de France :

Mai 68, la parfaite contre révolution libérale, celle de la modernité qui cache le « nouveau réactionnaire”

 

Michel Clouscard, 2003


 

Réponse à la quatrième critique du jury de thèse

émise par Henri Lefebvre, spécialiste de Hegel et Marx.

 

  • Si l’on peut admettre – provisoirement – un néo-hégélianisme, son débordement par le marxisme doit être tenté.

L’épistémologie du code essaie de réconcilier [ Marx et Hegel], d’être le lieu de réconciliation de Marx et de Hegel.

Aussi pourra-t-on dire en premier lieu que la phénoménologie est logiquement antérieure à la logique.

L’histoire est première et la logique est tirée de cette histoire, du procès historique de production. De plus cette logique, pris en tant que telle, n’est pas présupposée, mais définie le plus largement possible au niveau du modèle d’ensemble historique au début du Livre I. 7

  • Sur le deuxième point de critique, qui voudrait voir une analogie entre la logique formelle et la logique du concret, plutôt qu’une véritable opération scientifique, il faut rappeler les moments de la construction du modèle. La progression va du formalisme au réel. C’est la définition logico-formelle de la notion de modèle qui conduit à son transfert dans l’économico-historique et qui conduit au système des médiations qu’a l’Etat.

S’il y a ambiguïté, un soupçon possible d’analogie, c’est comme une fatalité immanente à l’épistémologie du code.

La logique est analogique par polémique.

L’identification de la relation sémantique-syntaxe à la relation matérialisme historique – matérialisme dialectique est simplement la restitution d’un appareil logico-formel – bien conceptualisé par Badiou – à son générateur : l’histoire.

C’est la tentative épistémologique d’établir un hiatus entre la logique formelle et la logique du concret qui est un formalisme, un néokantisme.

  • Sur le troisième point de critique : le moment logico-formel dans la construction du modèle d’ensemble historique est la tentative d’accepter – pour ce qu’il vaut – le formalisme.  
  •  Ce moment aurait voulu ainsi proposer un dépassement dans l’acceptation.

Michel Clouscard, 1972