La théorie d’un ensemble pré-capitaliste
“consommer et produire “

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La théorie d’un ensemble pré-capitaliste

comme détermination

du capitalisme dans la logique de la production

et dans l’histoire des rapports de classe

 

Le néo-kantisme est le code du néo-libéralisme.

Son décryptage doit révéler ce que l’épistémologie bourgeoise a fonction de nier : la lutte des classes, le sens de l’histoire.

Nous avons proposé l’interprétation à rebours : ce qui n’est pas dit par l’idéologie bourgeoise doit être révélé.

Les contradictions du néo-kantisme sont résolues par la raison dialectique. Le réalisme radical doit se substituer à l’idéalisme.

Les épistémologies bourgeoise et révolutionnaire sont contradictoires : le code de l’une est l’inverse de celui de l’autre. Et de même la réalité révélée par ces deux codes. Pour la classe libérale au pouvoir l’histoire n’est pas constitutive du réel. Donc l’inconscient révèle la structure : [c’est  à dire]  l’universalité constitutive de l’anté-prédicatif, du non-historique, de la nature humaine.
Par conséquent, au contraire, le négatif révèle la variable que l‘histoire apporte au prétendu invariant structural. Dans un champ de production on peut définir la systématique de cette variable. La logique de la production définit la systématique des rapports de classe.
Par la dialectique épistémologie bourgeoise-épistémologie révolutionnaire (confrontation des codes), nous sommes passés à la confrontation des réalités, de la « structure » de la nature humaine à la logique de la production.

Et ces réalités sont aussi constituées par la dialectique de l’être et du code, de l’épistémologie et de la vie, du savoir et du négatif. Le réalisme radical inclut, comme expressions limites, l’être et le code. Ainsi l’étude du champ de production inclut l’épistémologie, le savoir, le code, comme double réalité, double trame. D’abord les catégories du savoir organisent les rapports de classe, la réalité politique, selon le devenir [ dans le diachronique], l’évolution interne du champ productif, selon la réduction progressive de l’être par le superstructural. Le statut des classes sociales se définit d’après cette élaboration du savoir. Ensuite, dans le synchronique, l’idéologie précise les rôles sociaux, les conduites, les signes, selon l’institutionnel mais aussi selon « l’inconscient ». Le code peut être référentiel implicite ou explicite.
C’est dire la connexion et l’immanence au politique, de l’être et du code. C’est la logique de la production, c’est tel mode de rapports de classe, qui répartissent, définissent, délimitent l’être et le code. Aussi ce n’est que par l’étude historique, dialectique, que l’on peut préciser la relation être-code. Et c’est justement cette mutation interne de l’ensemble étudié, qui est notre problématique. Par quelles catégories, par quelle transformation, s’opère le passage de l’être au code, et comment le code peut tantôt exprimer l’existence, (symbole ou représentation) et tantôt la constituer ?
L’immanence de l’être au devenir, de l’épistémologie au négatif, de l’idéologie à la production, permet de préciser encore la problématique de l’être[18]   L’Être n’est pas le constituant, mais le constitué : ce sont les rapports de classe qui le définissent. Il est dans et selon le politique : manifestation, expression. Et il peut être intégralement connu, dévoilé, lorsque sont dits la causalité économique et les rapports de production. L’être n’est donc pas la source mystérieuse, le noumène, la substance intangible, que le politique ne peut que corrompre, et qui serait irréductible au savoir. L’hypostase : être (et ses dérivés : nature, instinct, chose en soi, etc.) témoigne de la constante aliénation politique. « L’inconscient » révèle le noumène car cette aliénation politique n’est pas connue. L’inconscient n’est que le hiatus, entre deux systèmes de conduites qui s’ignorent ; c’est la scission radicale de la classe qui produit et de la classe qui consomme, de la classe non cultivée et de l’épistémologie du pouvoir. L’inconscient est le lieu de rencontre de la dualité production-consommation, de leur incompréhension historique.

L’être, de l’épistémologie bourgeoise, n’est que le déchirement historique, la distance d’un producteur frustré de sa production et d’un consommateur non productif. Il est le non-­savoir réciproque de la systématique productive (non-savoir de la consommation, culturelle, et des signes et valeurs qu’elle sécrète) et de la systématique du consommateur (non-savoir du procès de production). Et la liberté, de définition bourgeoise, n’est autre que le refus de connaître le vrai lien du producteur au consommateur, la nécessité de ce cycle. Cette liberté est la négation de la nécessité. Le bourgeois est libre, mais de par l’aliénation de l’ouvrier. (Et si une certaine bourgeoisie de gauche peut le reconnaître sur le plan du discours, dans sa pratique, son existence, elle le nie systématiquement. C’est que cette situation de classe est effectivement devenue une nature, un être…)
Telle est la problématique de l’être : la systématique des rapports de classe, la systématique des rapports de la production à la consommation, la dévoile. Tel est l’objet de notre théorie d’un ensemble pré-capitaliste, de l’ensemble qui produit son système de connaissance, selon la dualité néo-­kantisme et raison dialectique.

( … ) 
La relation production-consommation (problématique de l’être) est produite par les rapports de classe, selon la logique de la production. La solution du problème de l’être, le lien « structural », enfin, à définir entre la production et la consommation, est la solution du problème révolutionnaire. Le rapport production-consommation est un rapport de classes, qui est le rapport force productive-ontologie bourgeoise. A la créativité de la force productive, à son fabuleux pouvoir de mutation, s’oppose la permanence de la consommation parasitaire selon les alibis idéologiques de la classe dominante. L’être défini par la classe dominante est le conservatisme qui s’oppose au devenir de la création, de la production. Aussi doit-on poser le problème révolutionnaire selon l’identification du couple production-consommation aux couples force productive-classe dominante, prolétariat-bourgeoisie. La problématique révolutionnaire est celle des rapports de l’être et du code, selon la logique de la production.

 
La théorie d’un ensemble pré-capitaliste aura donc une double nécessité. D’abord définir le problème : identité des rapports de classe et des relations épistémologie-ontologie et montrer leur systématique de l’étymologie au capitalisme. Alors la problématique particulière de la société industrielle peut être résolue selon le devenir global des forces productives, dans la continuité de l’histoire. La problématique décisive des rapports capital-prolétariat se définit dans une continuité, selon un acquis, un savoir de la logique de la production. On évitera ainsi bien des réductions (par exemple de la nécessité organique, l’économique, en économisme) et bien des hypostases (par exemple du moment du capitalisme qu’est le capitalisme concurrentiel, d’implantation, en capitalisme en soi, ce qui rend incompréhensible le néocapitalisme).
La théorie de l’ensemble pré-capitaliste doit donc faire apparaître le cycle production-consommation et la réconciliation des deux termes. Elle doit définir la relation du corps, du sujet, et du corps social, selon la progressive définition du corps par le politique, le système de circulation qui sera le passage du principe le plus passif, digestif, au principe producteur, à la force productive élémentaire, au bien élémentaire de subsistance.
La dialectique du désir à l’objet doit être redéfinie selon l’acquisition des conduites du corps. Le rôle des médiations, qui sont moyens et fins, est primordial, car elles sont moyens politiques (acquis par le relationnel) de fins organiques. Leur systématique permet d’établir le lien de la concupiscence, de la libido, principe du plaisir, du corps, à l’économique, à la force productive.
Ce qui est, en première instance, déterminant, rencontre ce qui est, en dernière instance, déterminant. Si l’espèce, en tant que principe (germen), doit se perpétuer, de même que le corps social se garantit par tel mode de production, c’est dans le système politique défini par les rapports de production, que le corps acquiert ses conduites de consommation. Aussi doit-on élargir la problématique du corps, du désir, de la libido, du plaisir. Leur définition traditionnelle définit la seule fixation étymologique de l’être. C’est selon le devenir du corps, le passage aux conduites de maturité, que ces définitions doivent être reprises. L’organicité du sujet doit se dire selon la sociabilité des conduites de consommation, sexuelle, et de toutes les conduites de participation sensible.
Et inversement, le macro-social, dont la cause est l’économique, doit se définir selon la problématique de sa production. La lutte des classes, à partir de l’économique, doit se définir selon le pluralisme et la hiérarchie des catégories de la culture, selon le micro-relationnel et selon l’existence. De l’institutionnel au non-dit existentiel, c’est le même référentiel. Alors l’organicité du macro-social dans le synchronique et le diachronique se dispose selon des niveaux qui autorisent l’intégration et la participation de la subjectivité. Les fonctions sociales objectivent en des conduites de classe la mutation de l’organique. De l’être à sa connaissance, de l’implantation des forces productives à la raison dialectique, le devenir s’objective, de la participation immédiate à la représentation. De l’organique à la sensibilité, de celle-ci à l’esthétique, puis par l’accession à l’entendement, les catégories macro-sociales peuvent s’identifier aux conduites personnelles.
Ainsi peut apparaître le cycle consommation-production.
La distance du désir à son objet, de la consommation à la production, autorise la transmutation du besoin, selon les rapports de classe. Et la bourgeoisie au niveau de « la société de consommation [21] » reconnaît bien qu’elle consent au devenir puisque ses désirs sont produits par le prolétariat, puisque toutes les conduites de consommation sont médiatisées selon la société industrielle. C’est bien la classe productive, qui, par un long détour, propose comme finalité du désir une production historique.
Et c’est la classe productive qui peut définitivement désaliéner la relation production-consommation en proposant comme finalité du désir la finalité de l’histoire. C’est la production qui produit la finalité, le passage du besoin au besoin, la hiérarchisation des besoins du corps selon le devenir. Et ce passage de la libido aux besoins créés, le modelage du besoin sur la production, n’est pas rupture du destin organique, mais son accomplissement. Le corps crée et son désir et l’objet de son désir, selon les rapports de classe.
Tel est le dernier énoncé de la problématique de l’être et du code. La société sans classe, par la raison dialectique, peut rendre la production au consommateur, et la consommation au producteur. Le code, alors, crée l’être : les fins de l’histoire sont celles du corps. Le matérialisme est assumé. Le pourrissement de l’histoire, au contraire, ferait prévaloir le néo-libéralisme. Les racines de l’ontologie (l’anté-prédicatif) peuvent rester les fins des conduites. Les nostalgies, par l’esthétique, et la consommation, par le capital, peuvent triompher de la raison dialectique.
Dans le premier cas, l’universel concret est atteint. La subjectivité peut s’assumer dans la communauté. Le résidu ontologique peut être éliminé. Dans l’autre cas, la perte de l’être est telle, dans le néo-libéralisme, qu’elle ne peut être que désespoir esthétique, restauration politique, néo-kantisme de la connaissance, retour à Dieu.
La logique de la production pose et résout la problématique production-consommation. L’ensemble pré-capitaliste, que nous allons étudier, n’inclut pas la définitive solution des rapports de l’être et du code. Mais si Le Capital de Marx est effectivement l’acte révolutionnaire décisif, car théorisation de la pratique, réduction de l’être par le code, savoir de la causalité, le capitalisme, et son idéologie, le néo-kantisme, ne sont que l’accomplissement du champ de production que nous étudions.
Et la bonne lecture du Capital [22] consiste aussi à bien définir le capita­lisme dans la praxis globale, comme moment particulier et décisif de la lutte des classes. Et en ce sens l’étude d’un ensemble pré-capitaliste peut être consi­dérée comme une introduction à la lecture du Capital.
La théorie d’un ensemble pré-capitaliste permet de définir le capitalisme dans la logique de la production, dans l’histoire des rapports de classe. Le capitalisme n’est pas une chose en soi, une entité qui pourrait être considé­rée indépendamment d’un devenir dont il est le résultat (car alors il est réduit à une empirie).
Bien au contraire, de même que le capitalisme apparaît à un moment de la logique de la production, il doit être constitué aussi selon la relation de l’être et du code que le procès de production de l’ensemble pré-capitaliste a définie.
 
5. L’étude de la praxis selon la problématique que la critique du néo­kantisme a définie
 
La critique du néo-kantisme a permis de définir notre problématique histori­que : la théorie d’un ensemble pré-capitaliste, selon la production de ses catégories cognitives et de ses modes d’existence. Elle permet aussi de lever les interdits. La raison dialectique ne se laissera pas intimider par le terro­risme culturel du néo-kantisme et de la démagogie libérale, qui, hélas, sont les références implicites d’une intelligentsia qui se dit (et se croit) révolution­naire.
Et maintenant nous pouvons dire le positif de toute cette démarche criti­que. Nous pouvons dire la praxis [23], la logique de la production, la lutte des classes. Et comme totalité, selon la logique interne au devenir de la réalité sociale.
La théorie d’un ensemble pré-capitaliste, par la praxis, dit positivement le négatif du néo-kantisme. Elle reprend et intègre le néo-kantisme comme terme constitué de l’ensemble pré-capitaliste. La critique spéculative, du néo-­kantisme, est reprise, dans la praxis, comme un mode d’expression de la réa­lité. L’idéalisme se fait l’un des termes du réalisme radical.