Adam et Eve Condamnés au Travail
“produire pour consommer” dans la Genèse
Clouscard.

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  Genèse III, 16-19 – Monreale (Sicile), Cathédrale

 

 

Adam et Eve  Condamnés au Travail

” Produire et consommer” 

 

Lectures croisées de “la Genèse”

et de ” L’être, la praxis, le sujet” de Clouscard. 

 

 

Dans le livre 7, Clouscard a réunit les conditions épistémologiques pour une exposition d’une logique de l’émergence de l’humanité, de l’hominisation  aux premières sociétés du néo-lithique. C’est dans ce cadre qu’il fait référence à l’économie politique qui sous tend les fondements “théologico-politiques” de l’Ancien Testament. 

En suivant le discours sur l’éthique de la praxis, on peut comprendre comment le genre humain avait codé historiquement – et métaphysiquement – le principe de réalité : ” produire pour consommer”. Et cela,  au fondement même des trois monothéïsmes. 

S.B.  

 

 

 

A | L’économie biblique :

La religion s’est fondée sur cette problématique : l’homme est condamné à survivre à cause du péché. Adam et Eve ayant fauté, sont « exclus » du Paradis Terrestre et condamnés à « gagner leur vie à la sueur de leur front ». Le travail se fera moyen de la « rédemption », du rachat ( camp de travail ). Quelles que soient les interprétations, la signification du travail apparaît en son universalité : c’est la raison de vivre, soit comme niaiserie moraliste, soit comme explication de l’existence.

Livre 7 ,  III, A ” L’Être, la Praxis, le Sujet”

 

Extrait de la bible  :  Genèse 1  26

 Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.

27 Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.

28 Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

29 Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture.

30 Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi.

31 Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.

18 L’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui.

19 L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme.

 

Genèse  2 

(… ) 

L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant.

Puis l’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé.

L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

 

(… )

15 L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder.

16 L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin;

17 mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

18 L’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui.

19 L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme.

20 Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui.

21 Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.

22 L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme.

23 Et l’homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme.

24 C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.

25 L’homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte.

Genèse 3

1  Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin?

La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.

Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.

Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point;

mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.

 

La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea.

Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures.

Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.

Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit: Où es-tu?

10 Il répondit: J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché.

11 Et l’Éternel Dieu dit: Qui t’a appris que tu es nu ?   Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger? 

12 L’homme répondit: La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé.

13 Et l’Éternel Dieu dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela?

La femme répondit: Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé.

14 L’Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.

Le serpent et le paysan

 

15 Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

16 Il dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.

17 Il dit à l’homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre: Tu n’en mangeras point! le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie,

18 il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs.

 

19 C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.

20 Adam donna à sa femme le nom d’Eve: car elle a été la mère de tous les vivants.

[ en Hébreux, Chavah/Havah – chavah, to breathe, and chayah, to live, or to give life ]

21 L’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit.

22 L’Éternel Dieu dit: Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d’avancer sa main, de prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre éternellement.

23 Et l’Éternel Dieu le chassa du jardin d’Éden, pour qu’il cultivât la terre, d’où il avait été pris.

24 C’est ainsi qu’il chassa Adam; et il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie. “

 

Pour revenir alors au discours de Clouscard, on trouve alors cet ensemble  :  

 

1 ) Le paradoxe de l’économie biblique :

Il est temps, dans notre restauration de la statue de Condillac , de l’interroger sur son économie politique, de « lui faire cracher le morceau », qu’elle nous révèle comment elle s’y est prise pour exister sans moyen d’existence ( reconnu par les économistes ).

Cette économie politique est donc déjà en cours, assez avancée même. Elle se constitue selon un énorme paradoxe : le processus identitaire devient le procès de production… du consommateur, production de la nature du consommateur. Que l’objet ( à consommer ) soit produit, cela peut être reconnu par l’économie politique classique. Mais le consommateur ? C’est bien son besoin qui est produit par toute la généalogie que nous avons proposée. [par la phylogenèse, l’hominisation] [Son besoin] est anthropologique. Il achève un très long parcours. C’est pourquoi, en toute légitimité gnoséologique, nous l’amenons maintenant comme auto-engendrement.

Ce qui nous renvoie au message divin.« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » : salut, anthropologie, économie politique et éthique confondus.

En écho, « Ventre affamé n’a point d’oreilles », proverbe qui pourrait illustrer la conception aristotélicienne de la vertu.

2 ) Consommer et produire

  • Il existe une économie politique originelle qui exprime l’économie politique du « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » et qui est le référentiel implicite du développement de cette science et de toute éthique :  Le consommateur ne doit consommer que ce qu’il a produit.

Consommation = production.

La vie doit être l’expression de cet ordre, de cette équité. C’est le biblique, la vie patriarcale soumise à l’Ancien Testament.

Arche de Noé : construction du mode de production agro-pastoral
  •  La remise en question de cet ordre conditionne le péché… et le désir, car les deux relèvent du même engendrement.

Il y aura, d’une part, C > P – consommer plus que sa production – et d’autre part, P > C – produire plus que sa consommation.

C’est l’assemblage des deux qui crée le péché, le désir, l’exploitation, la lutte des classes, etc…

Cela donnera la formule de la jouissance

C >P et P > C

Consommer sans produire parce que l’Autre produit sans consommer.

La jouissance n’est pas que la simple consommation organique, valeur d’usage. Elle est déjà valeur d’échange, celle de la relation du besoin et de sa satisfaction, celle du producteur – exploité – et du consommateur – exploitant.

Nous avons défini le capitalisme moderne comme création de cette monstruosité anthropologique : la jouissance sans avoir et sans produire alors qu’avant [la jouissance ] n’était possible que par l’avoir – la richesse – et par le travail – le salaire, pouvoir d’achat.

3 ) La laïcisation du Péché Originel

Nous avons laïcisé le péché originel.

Pour proposer les enjeux spirituels de l’économie politique.

Pour établir comment cette économie politique se constitue en anthropologie.

Cette démarche est celle de notre combat contre le néo-kantisme, celui de la scission radicale du Noumène et du Phénomène, de la matière et de l’esprit, de l’empirisme et du formalisme.

Nous proposons la continuité phénoménologique de cette dualité relativiste : le passage du procès de production à l’économie politique. Ce sont les mêmes enjeux, mais d’abord énoncés en leur formalisme spirituel pour devenir l’échange production-consommation, le concret.

Mais nous n’avons fait que proposer la mise en scène de ces deux fondamentaux ( communs à la problématique spirituelle et à celle de l’organicité sociale ).

Il faut maintenant établir comment s’accomplit, en termes dialectiques et historiques, cette relation de la consommation et de la production ! Comment le passage du besoin à sa satisfaction se fait-il ? Comment s’accomplit le passage du besoin au désir ?

Comment l’économie politique peut-elle révéler les enjeux spirituels  ? ” 

C’est l’objet de la “genèse de la psyché“, livre 8 et 9 de “L’Être, la Praxis, le Sujet“, mais également de “Refondation Féodale” ( S.B.)  L’ensemble est discuté dans la somme et le manifeste que constitue “Refondation Progressiste”.