Georges Gurvitch
premier mentor de Clouscard ?

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 Je livre ici quelques notes de lecture et des pistes de recherche.  Je reprend essentiellement des articles de revue consacrés aux travaux de Gurvitch à l’aide de mes connaissances sur l’oeuvre de Clouscard. Mais ce premier repérage me semble intéressant à plus d’un titre, notamment pour “l’Être et le Code”.

S.B.

Georges Gurvitch me semble être le mentor de Clouscard jusqu’en 1965, date de sa mort. En effet, comprendre son travail est très intéressant, car c’est le premier directeur de thèse pour “L’Être et le Code”. Ce sont les problématiques de Gurvtich qui permettent de comprendre la “critique du néo-kantisme” chez Clouscard.  Gurvitch avait en effet travallé sur “les cadres sociaux de la connaissance” (ouvrage posthume )

 Interrogé par Riochet à son propos, Clouscard avait répondu qu’il avait retenu que “la pensée est une arborescence”  qui suit la structure sociale et la logique des rapports de production, et non une “structure”. En effet, Gurvitch fut un des plus virulents critiques du structuralisme de Lévi-Strauss au moment où l’historiens et les sociologues faisaient front contre les recherches structuralistes émergentes ( quitte à être relativement de mauvaise foi quant à la nature exacte des prétentions du structuralisme ) Lévi-Strauss répond très clairement à Gurvitch dans ses deux tomes de “Anthropologie Structurale”, notamment sur l’articulation entre l’anthropologie et l’histoire. 

Par ailleurs, dans “déterminismes sociaux et liberté individuelle”, Gurvitch avait été conduit à produire un “ chapitre sur la société féodale, qui critique justement les concepts trop unitaires de Marc Bloch et rejoint ainsi les recherches historiques récentes” ( sur la longue durée, Braudel, la démographie historique,etc.. ) 

 

 

BIOGRAPHIE CONCEPTUELLE DE GURVITCH : 

Il est intéressant de donner quelques repères sur ce sociologue français de premier plan à son époque. 

Georges Gurvitch, né le  le 11 novembre 1894 à Novorossiisk, alors dans l’Empire russe, est mort le 12 décembre 1965 à Paris, en France, suite à un attentat de l’OAS contre son domicile. En effet, il avait signé  “ le Manifeste des 121”  intellectuels contre la torture en Algérie et  en 1962, l’O.A.S. déposa une bombe devant sa porte, provoquant une explosion destinée à tuer. Il décède d’un infractus et s’avère trop faible pour achever son travail d’encadrement de recherche auprès de Clouscard pour “l’Être et le Code”.  

Il avait fondé le “ Groupe de Sociologie de la Connaissance“, auquel avait  collaboré Roger Bastide qui fut le professeur de Clouscard à Toulouse. C’est pourquoi, je suppose que c’est par Bastide ou des connaissances communes entre ces deux hommes que Clouscard put “monter à Paris” pour son sujet de thèse.

Dans le “ Groupe de Sociologie de la Connaissance”, on trouvait  J. Berque, Jean Cazeneuve, Jean Duvignaud, Lucien Goldman, l’auteur du “Dieu Caché”.

 

Spécialisé dans la sociologie de la connaissance, il est un héritier de Marcel Mauss, à qui il emprunte la notion de phénomène social total. Il a aussi été un des précurseurs de la sociologie juridique, qui étudie les phénomènes juridiques en prêtant attention aux pratiques effectives des acteurs du champ juridique, et non simplement aux textes réglementaires. La critique marxiste du droit induit en effet d’analyser la relation entre les classes sociales, leurs rapports hiérarchisés et les pratiques du droit comme cadre institutionnel pour le maintien des rapports de production. 

Puis il s’oriente vers la sociologie théorique avec son essai de “classification des formes de la sociabilité” (1937), théorie qui préfigure les développements ultérieurs d’une sociologie qui refuse des “classes sociales” génériques et abstraites, pour l’étude de “groupes sociaux” avec des déterminations spécifiques au sein d’une société globale qui peut être également société  de classe. 

” Pour des motifs essentiellement méthodologiques car tous les cadres sociaux sont eux aussi solidaires Gurvitch distingue trois genres de types sociaux les sociétés globales, les groupements et les formes de sociabilité”  ( Maisonneuve Jean. Gurvitch (Georges) – La Vocation actuelle de la sociologie.. In: Revue économique, volume 2, n°6, 1951. pp. 796-799; ) 

 Il publie ensuite  ses Essais de sociologie (1938). Pour lui, la sociologie ne pouvait être que dialectique et pluraliste, c’est à dire penser les contradictions et les différences, les oppositions et l’union des contraire pour parvenir à comprendre la dynamique sociale d’ensemble.

La vocation actuelle de la sociologie.  : 

 Il dirige entre 1958 et 1960, la publication de l’ouvrage collectif La vocation actuelle de la sociologie.  Il se confronte à cette occasion à la psychologie en plein essor dans la première moitié du XX ème siècle. Il refuse l’opposition entre la psychologie et la sociologie, mettant en place la dialectique entre l’individu et la société qu’on trouve chez Clouscard

” (… ) Gurvitch montre lumineusement qu’il n’a de solution que comprehensive et dialectique “ l’individu est immanent à la société et la société est immanente à l’individu” ainsi que Marx et plus récemment Marcel Mauss  l’avaient aperçu. C’est parce qu’on ne confronte pas la réalité individuelle et la réalité collective au même niveau de profondeur qu’on est tenté de les opposer entre ces trois pôles du monde humain : Moi, Autrui, Nous.”  ( Op cité ) 

Par ailleurs, pour Gurvitch : ”  La microsociologie et la psychologie sociale qui éclairent la zone la plus intime du lien social ne sauraient être indépendantes ni même prépondérantes  [l’une par rapport à l’autre ] :  elles doivent se référer sans cesse aux données macrosociologiques notamment morphologiques économiques et techniques qui sont en relation de causalité réciproque avec les formes de sociabilité. [ voir chez Clouscard “la structure féodale” dans “l’Être et le Code” ]

C’ est ainsi que certains types de société et de civilisation favorisent ou entravent certains types de liaisons sociales et que vice versa une altération de ces liens peut se répercuter sur l’ harmonie et le rendement du groupe. De même il existe une sorte de circuit dialectique entre le spontané et l’organisé, entre l’économique et l’idéologique, entre le nous global, les relations interpersonnelles et la conscience individuelle elle-même ” ( Op cité ) 

Dans le même ordre de préoccupations qui présentent des similitudes avec les conceptions de Clouscard, l’étude des “spatio-temporalités” dans la sociologie. 

” L’évocation de la multiplicité des “temps sociaux”, dans cet ouvrage, ayant ouvert des questions, suscité des controverses, l’auteur justifie sa conception, d’une part en la situant à côté de celle d’autres auteurs (Bergson, P. Fraisse, J. Piaget) dans une problématique générale du temps, d’autre part en analysant concrètement cette multiplicité [des temps sociaux] dans les cadres [sociaux] où elle s’exerce. (… ) D’une manière comme de l’autre, on voit que le fait capital est, aux yeux de l’auteur, les multiples décalages que recèle la réalité sociale : décalages entre les temps vécus par les diverses sociétés et les divers groupements, décalages entre des temps se déroulant aux divers paliers en profondeur, décalages enfin à l’intérieur de certaines formes du temps dont l’apparente lenteur cache des transformations rapides. (… ) Cette question est à rapprocher de celle que pose l’auteur lui-même sur le temps social qui se distingue des temps sociaux particuliers. Toutefois, l’auteur y voit non pas le temps abstrait du sociologue qui confronte les temps sociaux particuliers, mais le temps concret des phénomènes sociaux totaux, temps de « coordination et de décalage », synthèse en somme des temps partiels, mais adapté à une totalité qui ne se réduit pas à la somme de ses parties. On voit par là que G. Gurvitch a résolu de situer le temps dans le phénomène, ce à quoi l’autorise la nature du fait social qui est à la fois percevant et perçu et, plus proprement — si l’on se rappelle les Cadres sociaux de La mémoire — mesurant et mesuré. .(… ) La société instaure son temps au rythme même où elle vit, d’où évidemment, en cas de coexistence de rythmes, une pluralité simultanée de temps.  ” (Isambert François-André. Gurvitch Georges, La vocation actuelle de la sociologie. Tome II : Antécédents et perspectives.. In: Revue française de sociologie, 1963, . pp. 455-457 ) 

Gurvitch développe de telles précisions sur l’ontologie sociale à partir d’un ensemble de préoccupations philosophiques qui doivent se nourrir des connaissances que la sociologie cherche à conceptualiser, mais les “enjeux philosophiques” permettent de comprendre des problématiques auxquelles la sociologie  se trouve confrontée pour comprendre les enjeux mondains dans leur contexte :   ”  si le philosophe peut tirer de la sociologie un aliment particulièrement riche, elle peut, en revanche, au niveau critique, contribuer à épurer l’épistémologie sociologique, et au niveau problématique, « épauler la sociologie des œuvres de civilisation » ( Op cite ) 

Ainsi, Gurvitch tente déjà dévoiler une “histoire non dite et non sue”, car il  vise à produire une ” sociologie des profondeurs “. La société est multidimensionnelle et se présente comme disposée en différents ” paliers ” – individu, institutions, niveaux intermédiaires – qui sont liés dialectiquement entre eux. Les phénomènes sociaux doivent être expliqués par les interactions entre ces différentes ” profondeurs “. 

 

Dialectique et sociologie

” . La parution en 1962 de Dialectique et sociologie constitue le sommet de son œuvre.  

Loin d’être une collection de faits sociaux fragmentés, l’étude de la société vise à produire la compréhension de “ la totalité dialectique concrète.” Et ainsi, on peut suivre les ambiguités du parcours dialectique de la conscience dans une sociologie complexe.  L’analyse du devenir de la conscience, des conceptions, de la pensée déboucue sur ”  sur une des questions cruciales de la théorie sociologique. Le problème posé dès l’introduction est celui de la « méthode dialectique » comme « démolition de tous les concepts acquis et cristallisés, en vue d’empêcher leur momification qui vient de leur incapacité à saisir les totalités réelles en marche ainsi qu’à tenir compte simultanément des ensembles et de leurs parties » (p. 13). Il s’agit donc d’une triple relativisation, par rapport au caractère en quelque sorte fongible des concepts, par rapport aux mouvements sociaux, par rapport à la relation entre tout et parties.  ” (Maître Jacques. Gurvitch Georges, Dialectique et sociologie.. In: Revue française de sociologie, 1963, 4-1. pp. 73-74; ) 

   Pour l’auteur, la « société est le foyer primordial de la dialectique ».  L’ancêtre de cette conception serait J. G. Fichte, qui fait figure dès lors de l’un des précurseurs de la sociologie moderne. Ajoutons que ce sociologisme dialectique sous- tend implicitement l’ensemble de la sociologie durkheimienne dont il n’est guère question dans le livre, et tout à fait explicitement certains courants du marxisme ouvert ( dont Lukacs ). Cette conception éminemment anti-autoritaire de la dialectique conduit M. Gurvitch à une opposition aiguë avec Hegel, rendant ainsi possible la critiqué peut-être la plus sévère dont, de mémoire de dialecticien, Hegel ait jamais été l’objet. Reproche est fait à l’auteur de la Phénoménologie de l’ esprit de cultiver le « fétichisme de la négation », l’« inflation des antinomies », ce qui aboutirait en fin de compte à une « divinisation des synthèses ».  « En somme, sous la dialectique hégélienne, on retrouve toujours Plotin, c’est-à-dire une danse sur place soigneusement camouflée, mais qui montre sans cesse le bout de l’oreille » . Entrevue dans cette optique, la dialectique hégélienne serait bien proche de ce que, paraphrasant une expression de Jean Paulhan, nous appellerions une illusion de la dialectique : l’éternité vivante de Dieu « dissout en elle tout devenir réel » . Nous pensons que le « fétichisme de la négation » est symptomatique d’une structuration anti-dialectique de la pensée” : le Hegel critiqué par M. Gurvitch apparaît curieusement comme le précurseur de la logique du stalinisme. Mais s’agit-il là d’une manifestation typique de la démarche hégélienne ou au contraire d’un îlot anti-dialectique perdu dans un océan dialectique ? (… ) Le chapitre — par ailleurs si riche — que l’auteur consacre à la dialectique de Marx, fait état d’une ambiguïté du même ordre et comporte dès lors la même tentation d’interprétation divergente. Le paradoxe majeur de cette dialectique résiderait dans le fait qu’elle « combine le réalisme sociologique et l’utopisme politique » (p. 140) ; c’est le triomphe du «prophétisme… sur la dialectique réaliste des aliénations » (p. 141). Elle apparaît en fin de compte comme un prétexte commode pour confondre «la réalité historique… et une vue eschatologique et utopique de l’avenir de la société » (p. 149). Contaminée par les éléments messianiques, cette dialectique résiste mal à la séduction du dogmatisme (ibid.) ; nous saisissons là sur le vif un autre aspect essentiel de la trajectoire qui avait conduit le marxisme au stalinisme. Mais s’agit-il là, comme semble le suggérer M. Gurvitch, d’un vice structurel de la dialectique marxienne  ou au contraire — une fois de plus — de la coexistence au sein de la même pensée de secteurs dialectiques et antidialectiques ? ”

” ( Gabel Joseph. Dialectique et sociologie d’après Georges Gurvitch  In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 18ᵉ année, N. 4, 1963. pp. 794-797;)

Par ailleurs, l’ouvrage propose également ” la distinction entre trois aspects de la dialectique : le mouvement réel des totalités humaines, la méthode [dialectiqe], le rapport entre sphères du réel et cadres opératoires d’une science.

Il expose alors « les cinq procédés dialectiques opératoires » : complémentarité, implication mutuelle, ambiguïté, polarisation et réciprocité de perspectives ; nous y trouvons une sorte de combinatoire entre les modes de liaison ou d’opposition dans l’apparence et dans la révélation de la réalité par la dialectique; l’auteur est le premier à reconnaître le caractère provisoire de cette classification dans son détail, l’essentiel étant de reconnaître la variété des moyens par lesquels la dialectique dévoile la réalité par rapport au degré d’immanence réciproque ou d’antinomie. [ ! c’est passionnant ! S.B. ]

G. Gurvitch maintient d’ailleurs avec soin ces procédés au niveau descriptif, l’explication étant réservée à un autre niveau de la méthode : celui de la corrélation fonctionnelle, de la régularité tendancielle, du calcul des probabilités, de l’intégration dans des ensembles et surtout de la causalité singulière.

L’ouvrage se clôt sur la dialectique entre la sociologie et les autres sciences sociales, qui « en principe devrait conduire à un duumvirat de la sociologie et de l’histoire sur les autres sciences sociales » (p. 222) [ il s’agit du concept d’anthropologie historique chez Clouscard à mon sens. S.B ] . ” (Maître Jacques. Gurvitch Georges, Dialectique et sociologie.. In: Revue française de sociologie, 1963, 4-1. pp. 73-74; ) 

“Les Cadres Sociaux de la Connaissance” et l’hyper-empirisme radical  et la critique du néo-kantisme. 

Ce qui est intéressant est que Gurvitch avait visiblement mis en route une unité de recherches, le Laboratoire de Sociologie de la Connaissance. Et qu’il semble que c’est au sein de celui-ci que Clouscard avait vocation à développer “L’Être et le Code”. ( une recherche dans les archives administratives sur les laboratoires de la Sorbonne pourrait confirmer cela, mais en tant que directeur de thèses de Clouscard et vu la proximité du sujet de Clouscard dans ” L’Être et le Code” ) 

”  Pour lui, cet ouvrage devait être un « manifeste » : le manifeste du Laboratoire de Sociologie de la Connaissance pour lequel il nourrissait de grandes ambitions “  Roux Yvonne. Georges Gurvitch, Les Cadres sociaux de la connaissance, Paris, Presses Universitaires de France, ” Bibliothèque de sociologie contemporaine”, 1966. In: L’Homme et la société, N. 2, 1966. pp. 182-185.

” En ce qui concerne les principes qui la dirigent, cette recherche obéit aux exigences de l’hyper-empirisme dialectique. Elle constitue l’application d’un des procédés opératoires de dialectisation dénombrés par G. Gurvitch : il s’agit ici, en effet, de la « mise en perspective sociologique » du savoir par rapport aux cadres sociaux, considérés à toutes leurs échelles. De même, la distinction des genres et des formes de la connaissance et leur hiérarchisation en systèmes cognitifs, relève de sa conception relativiste et opératoire de l’appareil conceptuel, liée à l’hyper-empirisme dialectique. C’est également vrai de l’établissement des « corrélations fonctionnelles » entre savoir et cadres sociaux, seul type d’explication auquel on puisse recourir en ce domaine, comme l’a montré G. Gurvitch en définissant les règles de l’explication sociologique. En ce qui concerne la méthode, ces Cadres sociaux de la connaissance sont une illustration de plus de la méthode typologique propre à la sociologie. Les genres et les formes de la connaissance, qui sont les types de savoir, y sont confrontés avec les types des phénomènes sociaux totaux à chacune de leurs échelles (microsociologie, typologie des groupements et des classes sociales, typologie des sociétés globales).

Et comment ne pas voir précisément conceptualisé le cadre dans lequel la critique du néo-kantisme de Clouscard peut et doit être lue et compris : ” La définition de la sociologie de la connaissance que G. Gurvitch propose à la page 17, définition programmatique, recèle le plan de l’ouvrage tout entier : « L’étude des corrélations fonctionnelles qui peuvent être établies entre les différents genres, les différentes accentuations des formes à l’intérieur de ces genres, les différents systèmes (hiérarchies de ces genres) des connaissances d’une part, et les cadres sociaux d’autre part, c’est-à-dire les sociétés globales, les classes sociales, groupements particuliers et manifestations diverses de la sociabilité (éléments microsociaux). Parmi les cadres sociaux, les structures sociales partielles et surtout globales constituent le noyau central pour ces études, facilitées ici par le rôle que le savoir peut jouer à côté des autres euvres de civilisation et réglementations sociales dans l’armature d’une “structure”, cet équilibre précaire de hiérarchies multiples. »

( Hyper intéressant, non ?!  C’est “l’Être et le Code” ) 

”  (… ) . G. Gurvitch recense sept genres de connaissances :

 la connaissance perceptive du monde extérieur;

la connaissance d’Autrui, des Nous, des groupes;

la connaissance de bon sens;

la connaissance technique;

la connaissance politique;

la connaissance scientifique;

la connaissance philosophique.

 [Puis ] il  énumère cinq dichotomies des formes de la connaissance ou accentuations que peuvent prendre les différents genres, selon les divers cadres sociaux :

connaissance mystique et connaissance rationnelle;

connaissance empirique et connaissance conceptuelle:

connaissance positive et connaissance spéculative,

connaissance symbolique et naissance adéquate;

connaissance collective et connaissance individuelle.

Cette distinction, qui forge pour la sociologie de la connaissance un appareil conceptuel susceptible d’épouser toute la diversité du réel, est beaucoup plus qu’un inventaire des différentes sortes de savoir et de leurs accentuations apparues dans les sociétés jusqu’à présent connues. Elle débouche sur la totalité vivante, et sur la nécessité de l’examen des situations concrètes. Certains genres de savoir, certaines de leurs formes sont favorisées par certains types sociaux et défavorisés par d’autres. Les genres de savoir qui coexistent dans un cadre social donné s’y ordonnent en un système hiérarchique d’autant plus complexe que ce cadre est plus important. De plus, ce système de savoir n’est jamais fixe, mais participe au mouvement même, lent ou violent, qui constitue l’histoire des sociétés humaines. Dans quelle mesure et de quelle manière se réalise cette interaction, c’est ce qu’il appartient au sociologue d’élucider. Ici, de nouveau, nous rencontrons une des idées sur lesquelles Gurvitch a insisté dans toute son oeuvre; l’indispensable recours à l’histoire qui propose au sociologue le devenir des sociétés et des civilisations.”

¨Pour articuler cela avec la quatrième partie, illustrons ce concept d’évolution historique d’une “système hierarchique des différents types de savoir”  :  ” Si, dans les sociétés féodales, prédomine la connaissance philosophico-théologique liée à l’Eglise catholique et aux universités, la connaissance scientifique y occupe la toute dernière place. Mais avec là naissance du capitalisme et le profond mouvement de la Renaissance, la connaissance scientifique s’élève au premier rang, à côté de la connaissance philosophique. La connaissance technique, malgré ses progrès, est encore loin de connaître pareil essor. Quant à la connaissance politique, elle n’occupe que le quatrième rang : méprisée par l’absolutisme, même éclairé, elle se résout en « doctrines politiques dans les groupes les plus avancés ».(!! ) 

Je saute quelques autres éléments pour arriver à l’aspect purement sociologique et politique de la réfléxion du Gurvitch : ” La recherche des systèmes cognitifs correspondant aux diverses classes sociales (classe paysanne, classe bourgeoise, classe prolétarienne et classe des techno-bureaucrates) conduit G. Gurvitch à noter que même si « la corrélation entre les classes sociales et le savoir… n’est pas toujours directe », les classes sociales « peuvent agir sur les groupements organisés tels que les Etats et les Eglises et, par leur intermédiaire, sur leurs systèmes des connaissances » (p. 97). Par ailleurs, l’examen du système cognitif de la classe prolétarienne l’amène à réfuter une assertion commune à Proudhon, à Marx et à… Auguste Comte : le prolétariat « rénovateur décisif de la connaissance philosophique ». L’origine de cette « chimère » lui  déception causée résider à pour ces penseurs une part par dans la la connaissance philosophique de leur temps. ”

 

Travail – Sylvain Bourgois  2017 

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LIRE :  Article de Jean Cazeneuve. 

La sociologie de Gurvitch