“Après le marxisme-léninisme,
la lutte des classes généralisée”
Michel Clouscard

Download PDF

En poursuivant le travail de recherche pour trouver des “traces” de Clouscard, je suis tombé sur un article intéressant. Le Vendredi 6 Avril 1990, dans un quotidien régional suisse, “L’impartial”, fondé en 1880, on trouve un article exposant une conférence donnée par Michel Clouscard. ( N°34 413 )

 L’événement eut lieu à La Chaux-de-Fonds, Café de la Petite Poste, à 20 heures.   Et le titre de la conférence est intéressant :   “Après le marxisme-léninisme, la lutte des classes”. 

Le lieu et la date sont intéressants.

Le lieu d’abord :  Entièrement détruite par un incendie en 1795, la ville de La Chaux-de-Fonds a été reconstruite selon un plan en damier qui est aujourd’hui encore une originalité au sein des villes suisses. L’urbanisme particulier et l’activité principalement industrielle a fait dire à Karl Marx que la cité était une « ville-manufacture ».  Ville frontalière et industrielle, la ville a subi les nombreuses crises économiques de manière particulièrement marquée, notamment la crise de l’horlogerie dans les années 1980. 

La date n’est pas anodine car nous sommes en pleine décomposition du bloc soviétique.  La réunification allemande entre l’ex-RFA et l’ex-RDA est en cours depuis qu’en octobre 1989, le régime marxiste-léniniste de Honecker a été contraint à quitter le pouvoir. L’URSS va être démantelée de 1990 à 1991.  Et la critique du marxisme-léninisme est alors très forte. En Bulgarie, le Parti communiste bulgare s’auto-dissout, devenant le Parti socialiste bulgare et abandonnant toute référence au marxisme-léninisme.

Mais, si le marxisme-léninisme s’effondre, est-ce pour autant  la fin de la lutte des classes ? la fin du communisme ? ou la fin d’une première doctrine, d’un paradigme marxiste-léniniste qu’il faut repenser ?

Qu’en pense Michel Clouscard, professeur de sociologie à l’université de Poitiers ? 

Michel Clouscard expose ses conceptions et on peut analyser très clairement comment il se démarque du marxisme-léninisme à partir de son concept d’évolution du dispositif de classes, avec l’émergence des nouvelles couches moyennes et la “nouvelle lutte des classes” qu’il a contribué à théoriser : “loin d’être abolie, cette lutte des classes : s’est généralisée, s’est métamorphosée, ce qui peut empêcher de la reconnaître. [le dispositif de classe du libéralisme libertaire ] met en scène, pour la première fois dans l’histoire, les enjeux philosophiques les plus décisifs ” ( Les métamorphoses de la lutte des classes, 1995 )

Au lieu de penser l’affrontement entre la seule classe ouvrière et la bourgeoisie, la généralisation du salariat et les nouvelles formes d’exploitations objectives et de conditionnements culturels doivent conduire à faire émerger une nouvelle conscience de classe : celle du Travailleur Collectif.