De la survie à l’esclavagisme. 
Le parcours dialectique
de “l’éthique de la praxis” et du “corps-sujet”

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( en cours d’écriture –  extrait d’un autre article ) 

Hélas, dans la tragédie de l’histoire des rapports de production, le développement historique des rapports de production esclavagiste va subvertir l’éthique de la praxis.

 

L’éthique de la praxis est le “produire pour consommer” qui s’impose aux groupes : la subjectivité ratifie la nécessité de la praxis pour vivre. Mais, de la survie du mode chasseur cueilleur  à l’économie biblique pastorale et pré-agraire, l’éthique de la praxis n’est qu’un moment d’immanence  historique ( et déterminée, imparfaite ) du principe de réalité et de l’anthropologie concrète des peuples.

Schématiquement (!),  dès l’émergence des modes de productions esclavagistes, l’éthique de la praxis est subvertie : il y a le développement d’une praxis de guerre et d’exploitation des prisonniers, des mise sous tutelle de populations par d’autres, etc … L’économie politique agraire et l’exploitation de l’homme par l’homme sont schématiquement (!) coexistante. 

Cela va faire évoluer le parcours du corps-sujet dans l’économie politique du groupe. Et Clouscard peut approfondir sa généalogique de la culture mondaine, du “consommer sans produire” dans la “longue durée.

Ainsi, dans l’histoire, c’est l’économie politique de l’esclavagisme qui supplante l’organisation clanique et tribale originelle ( d’ailleurs elle même stratifiée ) pour  faire évoluer l’ontologie sociale vers une société de classes, où l’aliénation d’une classe laborieuse permet de disposer du travail d’autrui. Dès lors, le “corps-sujet” des classes dominantes peut dissocier le corporéité et la conscience, d’une façon déterminée qui va conduire notamment à faire une expérience réduite de l’immanence de la praxis et de la subjectivité. Ce découplage dans le mode de vie des classes dominantes produit un parcours ontogénétique où la subjectvité gestionnaire des rapports de production prime sur la praxis directe du corps comme outil du travail. D’où, un “dualisme de substance” chez Descartes notamment : res cogitans et res extensaye. Et cela parce que l’exploitation de l’homme par l’homme va produire une “anthropologie de l’exploitation de l’homme par l’homme”.

Or, c’est à partir de l’éloignement progressif du genre humain de l’éthique de la praxis au stade esclavagiste que Clouscard pense la généalogie de la séparation idéaliste du corps et de l’âme, notamment  dans les livres 8 et 9 de “L’Être, la Praxis, le Sujet” ( voir commentaires de ces livres). C’est ainsi qu’on peut comprendre le titre de “genèse de la psyché” ( et éviter les contre-sens trop “spiritualiste”, quoique Clouscard n’est pas hostile au contenu historique de tout spiritualisme )  

 

Le problème corps-esprit et l’économie politique chez Clouscard. 

Pour s’attaquer au problème classique de la philosophie de l’esprit, l’opposition corps-esprit,  Clouscard s’inscrit dans la longue durée et dans l’immanentisme radicale de l’ontologie et de la phénoménologie selon le modèle d’ensemble logico-historique ( et ce n’est pas du jargon ! ) C’est en pensant conjointement le passage à l’esclavagisme  par la dialectique de la logique du genre partir de l’homo erectus ( l’en soi du genre ) et de la logique de l’ontogenèse à partir du bébé ( le pour soi du genre ) que sa “solution” se confronte à de nombreuses difficultés dans les approches antérieurs de l’opposition du corps et de l’esprit. 

 

“L’homme commence par survivre : le prématuré pour ce qui est de l’ontogenèse et l’hominidé – plus précisément l’homo erectus – pour la phylogenèse.

Comme prématuré, il survit même deux fois…, à sa naissance ! La parturition ( accouchement ) se fait avant terme et elle le marque à jamais comme traumatisme originel de la singularité. Il est incapable de subvenir à l’élémentaire besoin, réduit à une passivité organique et à cette re-création continuée qu’est l’allaitement. Il reste longtemps un individu assisté, norme de l’espèce.

L’homo erectus est dans la même situation de survie : avant la domestication de certaines espèces végétales et animales, il ne peut même pas accéder à l’économie de subsistance, livré à l’aléa de la cueillette et de la chasse. L’état de manque est la norme de l’espèce. Le survivre est l’expérience originelle, le rituel initiatique immanent à la production et à la reproduction du genre. S’il fallait résumer en un mot la condition humaine, ce serait : survivre. On en fera même la maxime du genre, mais aussi et surtout le modèle de son développement.”  ( Livre 7 , I , A ) 

 L’homo erectus est un “prématuré” des moyens de production, qui doit produire d’abord ses conditions d’existence, notamment dans la prédation ( en termes de praxis objective). C’est le développement alors d’une logique de la chasse, de prédation ( de “fourrageage” dans l’écologie comportementale). Il n’y a pas de mise en valeur de l’espace productif, mais une praxis prélèvement de la chair animal, exploitation de l’Autre pour résoudre la production nécessaire à la survie du clan, au Même.  Mais c’est déjà l’émergence d’une phénoménologie du genre, d’une “subjectivité” capable de penser la “substance”. ( voir plus bas ). 

Le régime d’existence est précaire : c’est la “survie”. 

 

 Cette logique va se poursuivre lorsqu’au stade de la “domestication”, du développement agraire et pastoral, au cours duquel  les cycles de violence ( notamment à l’Âge de Bronze ) vont conduire à régler une chasse à l’homme, guerre et praxis esclavagiste qui va fournir une force de travail aliénée, captive, exploitée. Et si l’agriculture intègre l’Autre de la biologie végétale (la plante) dans le Même du procès de production, si l’élevage intègre l’autre de la biologie animale (l’animal) dans le Même de la praxis pastorale, l’esclavagisme intègre  “l’Autre” du genre humain ( l’esclave, le barbare, qui ne parle pas la même langue), le groupe ennemi vaincu, le prisonnier sans le tuer mais en l’aliénant, en l’exploitant.

Le corps de l’homo erectus, sans croc ni griffe et le devenir de la praxis a été le premier moment d’une évolution d’une socialisation des praxis de survie pour atteindre les conditions d’existence.

 

Le bébé, prématuré :  nouvelle source de l’économie politique du corps-sujet. 

 

Par ailleurs, du point de vue de l’ontogenèse, le bébé est un prématuré :  le passage du corps substance du bébé ( voir Livre 2 “Être et Code”), prématuré de la motricité qui s’arrache à la corporéité répétitive du corps du consommateur absolu pour aboutir (par diverses médiations) au corps-outil et au corps-sujet. Et cela, dans les termes de la  “transmission des caractères culturels acquis”, apportées par la phylogenèse. Ces termes sont le résultat de la dialectique de longue durée entre être, praxis et subjectivité, dialectique étudiée dans les livres 1 à 7 ( Être, Praxis, Sujet). Mais il se trouve l’esclavagisme propose une subversion de l’éthique de la praxis originelle puisque certains consomment sans produire par l’usage de leur corps comme corps-outil, travail pénible, pour développer la gestion des rapports de production par le développement déterminé du corps-sujet et d’une logique formelle. L’émergence de la division du travail conduit à un parcours ontogénétique qui va expliquer l’idéalisme, le dualisme “corps-esprit” de Platon à Kant. Dans le contexte des rapports de production esclavagistes, l’individu (néo-kantien) débute son parcours ontologique et phénoménologique par le “consommer sans produire” et dès lors, l’exploitation de l’homme par l’homme libère le corps du corps-outil mais détermine la saisie idéaliste, dualiste du “corps-sujet” en “corps” et “esprit” parce que la dialectique entre le “corps-outil” et le “corps-sujet” n’est pas comprise. C’est une dialectique de longue durée exposée dans les livres 1 à 7 notamment. 

La coexistence historique d’une part la prédation puis de l’esclavagisme comme moments successif de la phylogenèse et  d’autre part du régime de l’immaturité du corps du prématuré comme premier moment de l’ontogenèse et dialectique du corps et de la subjectivité non plus dans la dialectique être praxis sujet(collectif) mais dans la dialectique entre le genre, l’individu et le corps-sujet  explique les déterminations historiques du dualisme entre le corps et le sujet, exposition dualiste qui s’oppose à l’éthique de la praxis des moments antérieurs de la subjectivité. Et c’est tout l’objet de “l’Être, la Praxis, le Sujet” dans le passage de la “Genèse de la Praxis” ( livre 1 à 7 ) à la  “Genèse de la Psyché”. ( livre 8 et 9 ) ( voir article sur les passages manquants ) 

C’est pour mieux comprendre cette thèse et le développement des problématiques afférentes que cet article sur le “corps-sujet” sera la médiation nécessaire pour comprendre alors les problématiques et le sens de la recherche d’une “philosophie de la refondation” à partir d’une “philosophie de l’amour, de l’interdit” dans l’étude historique de l’exogamie monogamique féodale dans “Refondation Féodale”, philosophie de l’amour face à la sexualité du libéralisme libertaire. 

 Remarquons  enfin que  le corps est  une dimension classique et éminemment politique en philosophie. Aucune “doctrine” philosophique sérieuse ne fait l’économie d’un discours d’une réflexion et d’une problématisation du rapport du corps à l’être, à la praxis, à la subjectivité.  De Platon à Kant, de Freud à Merleau-Ponty, une vaste “philosophie du corps” s’est développée, à partir du moment historique de la séparation entre ‘corps outil’ et ‘corps sujet’ qui appartient plus à l’être de classe traditionnel des classes lettrées qu’à l’ontologie globale. 

Or, depuis Hegel, puis Marx, nous savons qu’il existe une dialectique matérialiste qui travaille le concept – théorie du concept dialectique. Ainsi,  ( on ne souligne pas assez le sérieux et la rigueur de dialecticien de Clouscard qui pense les déterminations précédentes du concept de corps-sujet pour les dépasser et leur faire intégrer les déterminations de l’histoire, de la phylogenèse et de l’ontogenèse.

 

En ce sens, les problématiques politiques et les réflexions épistémologiques critiques de Clouscard tendent à produire un concept de “corps-sujet” qui propose d’intégrer la relation d’immanence entre le  “corps” et l’ “esprit”, le corps-outil et le corps-subjectivité  dans les problématiques décisives de la gnoséologique ( théorie de la  connaissance ), de la phénoménologie et de l’ontologie ( l’expérience et la pensée de la sensation et de la perception jusqu’à la raison ), de l’éthique, de la morale et du droit ( l’éthique de la praxis et le Parlement du Travailleur Collectif ) et enfin dans la question encore plus générale de l’esthétique ( de l’esthétique du “Beau de la Praxis” paléolithique à l’esthétisme mondain du romanesque à l’art contemporain )

 

S.B.  2017