Le Corps Sujet
de Platon à Clouscard. (incomplet)

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  ( EN COURS  d’ ECRITURE – article de fond avec pas mal d’informations à organiser pour saisir le discours sur  le “corps-sujet” chez Clouscard ) 

”  Les yeux d’Adam et d’Eve s’ouvrirent.  Ils comprirent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures.”  

Genèse 3 – 7.

 

 

Le Corps Sujet

 de  Platon

 à Clouscard.

 

PLAN DE L’ARTICLE : 

Introduction. 

I ) le corps et le sujet de Platon à Merleau-Ponty

1 )  L’opposition dualiste de l’âme du corps chez Platon :  cheval blanc, cheval noir. 

2  ) le  sujet empirique chez Descartes et la dualisme de substance : res extensae et res cogitans.

3 )  le sujet transcendantal  chez Kant :  supprimer l’empirisme. 

4 ) le corps et la phénoménologie néo-kantienne chez Husserl. 

4 ) le corps, les émotions et les pulsions : la crise du sujet chez Freud 

5  ) le corps-sujet chez Merleau Ponty. 

II ) le corps-sujet chez Clouscard.   

1 ) le corps-sujet comme synthèse de la “res cogitans” et de la “res desiderans”

2 ) le corps-sujet comme parcours de l’entendement. 

 

 

 

 

Introduction. 

Un des thèmes politiques  les plus fondamentaux et les moins commentés chez Clouscard est la notion de “corps-sujet”.  Et pourtant, tout est là. 

1 ) Tout d’abord,  rappelons que la conclusion du “Néo-fascisme et idéologie du désir” n’est rien d’autre qu’un appel à “libérer le corps”. <note> voir notre article : http://clouscard-alerte.org/index.php/2016/12/08/reconcilier-principe-de-realite-et-principe-de-plaisir-neo-fascisme-et-ideologie-du-desir-1974/ </note>

Il s’agit d’une libération non  pas comme libération radicale des interdits et des inhibitions comme le réclamaient les “freudo-marxistes”  ou “anthropologie fascisante” de Deleuze et Guattari dans ” L’anti-Oedipe”. Au contraire, il s’agit de libérer la “jouissance” humaine de ses conditions de possibilités : l’exploitation de l’homme par l’homme. 

La réflexion sur la “jouissance” et le refus de voir le “corps-sujet” comme “l’atome désirant” permet de s’opposer au “marché du désir” et à l’économie politique duale – marché traditionnel, marché du désir – que le stade du capitalisme libéral libertaire a développé. Le conditionnement du “dressage permissif” de la nouvelle société capitaliste comme odyssée du corps-sujet dans l’initiation mondaine à la civilisation capitaliste aboutissant alors à la répétition, au régime des pulsions et de la consommation ludique, libidinale et transgressive dans laquelle le genre humain est englué. 

De plus, ” Le Frivole et le Sérieux”, l’ouvrage qui suit immédiatement “Néo-fascisme et Idéologie du Désir” est un manifeste pour une alternative progressive et développe l’idée d’une synthèse entre la “morale traditionnelle bourgeoise” ( du mérite, de l’effort, du travail) et de “l’éthique du prolétariat” (la production précède la consommation), première expression de “l’éthique de la praxis“.

 

 Les lectures de Clouscard qui ne traitent pas cette articulation de ces deux œuvres ne peuvent aller que de Charybde en Scylla, les monstres marins du naufrage dans l’Odyssée. ” Qui tient la subjectivité, tient le concept”. 

 

 Au travers de cet article, j’expose donc un sujet fondamental et des réflexions profondes chez Clouscard :  l’articulation entre le principe de réalité – produire pour consommer – porté par la collectivité, par le genre ( phylogenèse ) et le principe de plaisir – consommer sans produire – résultant notammet de la dialectique ( et du devenir ) du “montage identitaire du corps-sujet” dans  “l’ontogenèse”. 

Rappelons que Clouscard défend une thèse d’un  immanentisme radical de l’ontologie et de la phénoménologie. Mais cet immanentisme radical nous permet de penser son discours et ses problématiques autour du corps-sujet. Car il existera deux dialectiques de l’immanence de l’ontologie et de la phénoménologie : la première dans la phylogenèse, dans la dialectique de l’ontologie sociale, de la praxis et de la subjectivité collective, comme passage de la logique de l’être à la phénoménologie du genre ;  la seconde dans la dialectique de l’ontologie sociale, du genre, de l’individu et du montage synthétique du corps-sujet. 

Dans un premier article, j’essaierai de faire oeuvre d’exposition dialectique et historique du concept de “corps-sujet” dans l’histoire de la philosophie avant Clouscard et je travaillerai à fournir aux lecteurs quelques repères essentiels pour mieux ancrer le “dépassement dialectique” dans l’ancrage historique de ses déterminations.  Sinon, faute d’avoir intégrer la méthode dialectique, les “projections” naïves remplaceront les “déductions” dialectique et le discours de Clouscard sur le “corps-sujet” sera livré à l’interprétation idéologique et sur-déterminée du néo-kantisme dualiste et d’un matérialisme dialectique et historique qui s’avère étrangement “puritain” à propos du problème classique de la “jouissance” et de la “justice”. Que faire face à la synthèse abusive de Marx et de Freud dans le “freudo-marxisme”  ?

Sylvain Bourgois 

 

 

 

I ) le corps en philosophie avant la notion de corps-sujet. 

.1)  Le corps et l’âme chez Platon. 

La doctrine est dualiste et fonde toute la philosophie de la conscience et la philosophie de la connaissance, mais également la réflexion sur la sagesse, la justice et la Cité.

Le corps et l’âme sont en opposition. La sagesse consiste à ce que l’âme gouverne le corps. Dans le Phèdre, dans le Phèdre, Platon propose une présentation imagée de l’âme sous la forme d’un attelage. Ainsi, on y distingue l’image d’un cheval noir représentant la partie désirante, un cheval blanc représentant la partie irascible, et le cocher qui représente l’esprit.  Rappelons qu’on qualifie d’irasicible ( du latin “ira” colère ) ce cui est impulsif, qui s’emporte facilement, qui a tendance à vite se mettre en colère, qui a le sang chaud.

 

Clouscard fait référence à cette présentation duale du problème de l’âme et du corps, du désir et de la raison  dans un manuscrit encore inédit ( Refondation Féodale ). En effet, Clouscard analyse le régime de la “libre sexualité” et du “sensualisme” débridés dont le libéralisme libertaire nous rend les héritiers et problématise les enjeux philosophique de la lutte des classe pour la “refondation progressiste”.  Etude historique jusqu’à l’exogamie monogamique féodale,  la “Refondation Féodale” étudie l’émergence de l’interdit et propose une théorie ontologique et phénoménologique des “trois amours” en pensant le couple, la conjugalité, et la psyché. Et le “spiritualisme platonicien” est un des termes du concept dialectique qu’il travail. 

Pour revenir, à Platon, l’âme est un être apparenté aux Idées, au divin, qui a un mouvement propre. Elle est immortelle et se compose de trois puissances

*l’épithumia (en grec ancien ἐπιθυμία) l’« appétit », élément concupiscible, désirant, le siège du désir (faim, sexualité), des passions

 * il y a ensuite le thumos (en grec ancien θυμός) la « colère », élément irascible, agressif ; ce pourrait être traduit par « cœur », ; il est cette partie de l’âme susceptible d’emportement, de colère, de courage ;

* finalement on a le logistikon (en grec ancien λογιστικόν le « raisonnable ») ou esprit, élément rationnel, immortel, divin ; c’est un « démon » (daimon).

 Cette constitution « tripartite » de l’âme dans le Phèdre et dans La République.

Le noûs, ou la raison, en tant qu’il a seul rapport à l’intelligible, est le plus noble des trois. Le second, caractéristique de la volonté d’enrichissement personnel, de bonne réputation, et des tentatives de prouesses qui en découlent, n’est utile que s’il se met au service de l’élément raisonnable, afin de maîtriser le troisième, qui mène irrémédiablement au vice.

En d’autres termes, la bonne vie suppose que s’établisse, entre ces trois parties de l’âme, une hiérarchie :

le noûs gouverne le thumos, qui gouverne l’épithumia.

Chacune de ces parties possède ainsi une vertu, qui lui est propre : la sagesse pour l’esprit, le courage pour l’élément agressif, et la tempérance, pour l’élément désirant ; l’harmonie de ces trois parties est la vertu de justice. 

La doctrine de Platon est déjà pertinente ( et “vraie” au sens de Hegel ) parce qu’elle identifie le problème existentiel et politique du contrôle du désir, des pulsions, de la violence pour l’existence sociale. Mais, l’état historique de l’ontologie sociale font que les problématiques de “La République” intègrent imparfaitement la conscience de l’histoire. La pensée du monde par des “essences” doit être remplacée par une pensée du développement progressifs des “déterminations” que le genre humain apporte à l’ontologie sociale, en permettant la transformation de longue durée du “corps social” (différencié )  

Remarque 1 ( pour aller plus loin à Je fais enfin remarquer – sans trop m’étendre – que la constitution “tripartite” de l’âme permet à Platon de penser la diversité de la population grecque, à partir d’une réflexion selon le régime de l’essence. La constitution “tripartite” renvoie aux structures “trifonctionelles” de l’idéologie antique, décrites par Dumézil et qui sont le socle du mode de production esclavagiste, de la société antique dont Platon cherche à penser l’organisation harmonieuse.  Ainsi, l’idéologie politique et spirituelle de la société antique peut être décrite par l’équilibrage hiérarchisé de ces trois fonctions d’Ancien Régime : 

  • la fonction du sacré et de la souveraineté  :   la raison 
  • la fonction guerrière  : le thumos, 
  • la fonction de production et de reproduction.

Dès  1965, Jean Pierre Vernant avait d’ailleurs montré cette relation entre l’idéologie trifonctionnelle et la pensée ontologique et politique de Platon. Voir le passionnant travail de transition de l’idéologie métaphysique polythéiste à la formalisation rationnelle de l’ontologie sociale chez les penseurs antiques dans  ” Mythe et pensée chez les Grecs. Etudes de psychologie historique”, Paris, Éditions Maspero, 1965.

 

2  ) Le dualisme de substance chez Descartes res extensae et res cogitans.

Selon Descartes, le corps et l’âme sont deux substances « réellement distinctes »: en effet, nous pouvons avoir une connaissance claire et distincte de l’une sans avoir besoin de concevoir l’autre (Principes de la philosophie, I, 60). Cette distinction s’expliquerait d’une part par la science médicale de l’époque qui interprète le corps à partir d’une conception matérialiste et d’autre part par la tradition spiritualiste, métaphysique et théologique qui prédomine dans l’étude de la conscience à partir du concept d’âme.   Dans cette conception dualiste de la substance, l’âme est une substance pensante :  res cogitans , tandis que le corps est une substance étendue (qui s’étend dans l’espace) : res extensae. 

 Toutefois, cette distinction réelle du corps et de l’âme ne s’oppose pas à leur union: le « dualisme » cartésien ne signifie pas qu’âme et corps soient complètement séparés: il y a ainsi « certaines choses que nous expérimentons en nous-mêmes, qui ne doivent pas être attribuées à l’âme seule, ni aussi au corps seul, mais à l’étroite union qui est entre eux (…): tels sont les appétits de boire, de manger, et les émotions ou passions de l’âme, qui ne dépendent pas de la pensée seule, comme l’émotion à la colère, à la joie, à la tristesse, à l’amour, etc. tels sont tous les sentiments, comme la lumière, les couleurs, les sons, les odeurs, le goût, la chaleur, la dureté, et toutes les autres qualités qui ne tombent que sous le sens de l’attouchement. » (Principes de la philosophie, I, 48).

En réalité, le dualisme de Descartes oppose le régime gnoséologique du corps et de l’esprit, même s’il pense leur relation.  Pourtant, l’union de l’âme et du corps est un mystère: nous ne pouvons la connaître de façon claire et distincte, c’est-à-dire que nous ne la comprenons pas; mais nous l’expérimentons avec évidence. Il nous est donc impossible de penser l’union du corps et de l’esprit. Nous ne pouvons que la vivre pour Descartes. 
Le dualisme cartésien désigne la conception philosophique de Descartes concernant le rapport entre le corps et l’esprit. Descartes reconnaît l’existence de deux types de substance : l’esprit (ou l’âme) et le corps. Il considère également que chacune de ces deux substances interagit avec l’autre. Cette conception s’est révélée décisive dans la mesure où elle a placé au centre de la réflexion philosophique la question des relations entre les états mentaux et les états physiques.

“Le Traité des Passions de l’Âme” chez Descartes. 

  • rappel sur l’oeuvre. 
  • analyse de la problématique du rationnalisme de Descartes  ! la codification du normatif par la bourgeoisie de robe ( L’Être et le Code”
  • la problématique  :  procès consumériste, frivole et sérieux. quid de la praxis  

 

 

 

 

 

 

3 ) le refus du moi empirique chez Kant : le sujet transcendatal comme objet de la philosophie de la connaissance. 

Essayer d’expliquer Kant sans l’expliquer. Situer les registres et les postulats de son étude. Son cadre théorique. 

La doctrine des facultés. 

Comment cela ouvre à la porte à une dichotomie :  Noumène/ Phénomène, empirisme / formalisme ; donation de sens par le signifiant, par l’antéprédicatif. 

 

3 ) le corps et la phénoménologie chez Husserl. 

4 ) le corps et le sujet chez Freud :  la critique de l’idéologie de la psychanalyse

le corps outils nié par le corps de Freud. 

La théorie de la névrose contre le parcours du corps outil. 

Narcisse contre Vulcain. 

5  ) le corps-sujet chez Merleau Ponty. 

Arrive Merleau Ponty. Lui, il est très fin pour comprendre les différentes impasses.

On sait que Merleau-Ponty s’est intéressé à la phénoménologie, mais celui-ci entretenait un rapport critique à la phénoménologie de Husserl. Ce rapport critique intéresse les études des oeuvres de Clouscard, car celui-ci a compris le sens du travail de Merleau-Ponty, quoique le concept de “corps-sujet”, l’enjeu épistémologique et le sens philosophique soit substantiellement différents chez le penseur de la “philosophie de la praxis”. 

Je cite ici un article de Lucia Angelino : 

” Le corps est un des thèmes majeurs de la pensée de Maurice Merleau-Ponty. Il déconcerte car, pour la première fois et d’une façon décisive, il est pensé dans la Phénoménologie de la perception comme une structure qui elle-même structure le monde vécu (ou monde de la vie, Lebenswelt), comme une structure, structurée et structurante, qui charge le réel « de prédicats anthropologiques » <note>Maurice MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945, p. 369, dorénavant cité en forme abrégée comme PP.</note>  

En tant qu’ensemble des organes systématiquement cohérent dans l’unité ou totalité des sens, le corps est — selon une expression qu’emploie Merleau-Ponty dans la Prose du monde — « un système de systèmes voué à l’inspection d’un monde » <footnote>Maurice MERLEAU-PONTY, La prose du monde, Paris, Gallimard, 1969, p. 110-111, dorénavant cité en forme abrégée comme PM.</footnote>

 Les conséquences ontologiques d’une telle conception du corps sont multiples et c’est dans la prospection révélatrice d’un monde dont les articulations et la configuration reproduisent les traces du corps, que le génie inventif de Merleau-Ponty s’est fait, peut-être, le moins bien comprendre.

L’a priori du corps chez Merleau-Ponty  [1] par Lucia Angelino ; Revue internationale de philosophie 2008/2 (n° 244) Pages : 110

 

Le concept de corps-sujet chez Clouscard est au plus proche de celui de Merleau Ponty. J’en veux pour preuve les déterminations du concept de “corps-sujet” dans l’oeuvre de Clouscard, mais également cette phrase de conclusion dans “L’Être, la Praxis, le Sujet” : 

 6 ) Le cogito pré-réflexif de Sartre