“Cherchez l’intrus !”
( La volonté de ne pas savoir )

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” Dans l’heure qui suit, je ne vais faire que dire la vérité” 

Orson Welles, “F for Fakes“, au sujet d’un faussaire de génie. 

 

 

“Cherchez l’intrus !” 

( La volonté de ne pas savoir )

 

Courte récréation sur le thème de la compréhension. 

 

Depuis 2011, je produis du contenu pédagogique et des schémas sur Clouscard.  J’ai l’impression d’y être à peu près. 

Mais, le principe est que j’introduis systématiquement une erreur dans mes productions. 

C’est un petit jeu qui permet de voir si quelqu’un comprend suffisamment bien pour m’indiquer l’erreur commise.

Je dis une chose qui est problématique, je commets une petite erreur, parfois une “grosse”. 

Par exemple dans ce schéma, il y a une expression que je n’aurais pas du utiliser, même si ce n’est pas trop gênant, il y a un contre-sens :

 

 

Dans l’article sur le commentaire du livre II, je fais une remarque qui est relativement “fausse” et qui donne une fausse piste. 

Certaines erreurs sont relativement simples à trouver, d’autres sont très complexes.

C’est un jeu d’observation qui développe les capacités analytiques propre à la recherche théorique. 

C’est aussi un contrat qui introduit une dose de défiance envers le commentaire ce qui est produit.  La philosophie est aussi un résultat de la “fabrication”, de la “poesis”. 

 

Hitchcock, maître de l’illusion magique dans l’art de la narration, apparaissait presque toujours dans ses films. C’était incongru  et assez confidentiel  car personne ne l’avait remarqué jusqu’à ce qu’il le révèle dans un entretien.  Le terme de “caméo” désigne cette pratique  dans le monde du théâtre, dans lequel le faux permet de dire le vrai, la fiction d’exposer un réel parfois invraisemblable. L’apparition fugace dans un récit d’un acteur, d’une actrice, du réalisateur ou d’une personnalité, déjà célèbre introduit une référence  à l’artificialité de la convention théâtral. Ce qui est intéressant est que cette irruption du rappel de l’invraisemblance de la convention mimétique n’empêche par l’échange symbolique entre le spectateur et l’univers artistique. 

Mais lorsque c’est l’auteur qui apparaît, il se cache pour ne pas perturber les conventions de l’illusion mimétique, du faux valant comme vrai. 

Parfois, le vrai est uu contraire invraisemblable, alors une séquence bien montée d’évènements improbables qui suivent une gradation dramatique  et émotionnelle cohérente n’empêchera pas une certaine “crédulité”.   Ce que disent Marx ou Darwin est incroyable, cela semble “vrai”, même si on ne comprend pas encore très bien pourquoi c’est “faux” ( relativement )  

Ainsi, autre reformulation de la notion “d’argument dramatique”, la notion de MacGuffin chez Hitchcok est souvent un élément de l’histoire qui sert à l’initialiser voire à la justifier mais qui s’avère en fait sans grande importance au cours du déroulement du film.

 

Ce qui est intéressant, c’est que les personnes relèvent rarement l’erreur dans un premier temps. C’est logique. Mais révéler qu’il existe systématiquement une erreur est comme introduire un motif supplémentaire de vigilance.

Mais également une raison supplémentaire d’interroger la validité des énoncés d’un grand “maître” comme Clouscard.

Après tout, il est possible qu’il y ait des “erreurs” que ni Clouscard, ni vous, ni moi n’avons même à l’esprit. 

 

Par ailleurs, parfois certaines choses ne sont pas vues, alors qu’elles sont évidentes. Mais il faut tout observer, tout mettre en relation. 

 

Lorsque Clouscard parle de “lettre volée de Poe”, il vous dit que c’est “devant vous”, mais que vous ne regardez pas, car on vous a conditionné.

Le néo-kantisme, l’accumulation primitive, le meurtre, la lutte des classes  …  

La volonté de ne pas savoir.

Pourquoi ?

Parce qu’on est complices  de l’illusion comme désir du faux ?