“la Révolution n’abolit pas la loi
mais l’accomplit” (1987)

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Clouscard a longuement critiqué l’idéologie contestataire présente dans le gauchisme freudo-marxiste, mais également dans certains aspects de la philosophie politique de certaines approches du marxisme.

L’erreur idéologique est de croire que la “Révolution” contre le capitalisme cherche à nier systématiquement la logique des interdits et des règles historiques. L’approche de Clouscard consiste à saisir conceptuellement les déterminations historiques de la “Loi” pour dépasser celles-ci dans un philosophie politique d’un socialisme démocratique et auto-gestionnaire à conceptualiser.

Positionnement assez subtile qui défie l’imaginaire binaire et demande une relecture rétrospective et critique de l’histoire des modes de production  et des rapports de production.  La contre-révolution libérale libertaire du libéralisme voulait transgresser, détruire l’ordre bourgeois, etc … finalement abolir la loi selon l’idée qu’il faut ‘ interdire d’interdire”.

Au contraire pour Clouscard,  ” la Révolution n’abolit pas la loi mais l’accomplit. ” 

S.B. 

 ( illustration : Heinrich Fueger 1817  Prométhée apportant le feu ) 

 

Extrait de l’ouvrage “ Les Dégâts de la Pratique Libérale ” 1987. 

 

Thèse 83

LE MARXISME

N’EST PAS VENU POUR ABOLIR

MAIS POUR ACCOMPLIR.

 

LA SYNTHESE

DES PHILOSOPHIES REVOLUTIONNAIRES :

 

PROPOSER LE DISCOURS COMMUN A

SOCRATE, PLATON, ROUSSEAU, HEGEL, MARX.

 

 

Toutes nos critiques du marxisme ne sont que celles de sa dogmatisation et de sa double déviation droitiste et gauchiste. La philosophie politique que nous proposons peut alors considérer le marxisme comme un achèvement et non comme un commencement.

Il n’a pas fait table rase des philosophies révolutionnaires antérieures. Au contraire, il les continue. S’il les dépasse, c’est en les accomplissant.

S’il a pu découvrir la méthode (le matérialisme dialectique et historique) et le lieu (la lutte des classes) de la pratique révolutionnaire c’est grâce aux théories révolutionnaires péniblement élaborées au cours de l’histoire, grâce à un savoir venu essentiellement de Socrate, de Platon, de Rousseau, de Hegel.

Tout le travail, de ces philosophes révolutionnaires, a consisté, tout d’abord, à proposer une progressive dé-substantialisation, sécularisation, laïcisation.

Changer le monde, c’est rendre immanent ce que la transcendance aliénait. C’est rendre à l’homme ce que l’homme a prêté à Dieu ou aux dieux.

 

Mais cette laïcisation de l’Esprit n’est pas  une libéralisation libertaire, le matérialisme bourgeois.

Au contraire : elle est la prise en charge, par la cité, de toutes les nécessités et de tous les problèmes dont la solution était dévolue à Dieu ou aux dieux. Elle est l’accession au principe de réalité, caché par les puissances trompeuses des idéologies. Elle est l’accession au concept. La liberté est la connaissance de la nécessité.

Le matérialisme dialectique et historique accomplit effectivement ce double cheminement: il est une laïcisation radicale et la prise en charge, par le mouvement ouvrier, d’une cité devenue monde.

Cela n’a rien à voir avec les dérisoires et sinistres «révolutions culturelles ».

C’est le contraire : la Révolution n’abolit pas la loi mais l’accomplit.

 

MICHEL CLOUSCARD, 1987