Le passage manquant
de “L’Être, la Praxis, le Sujet”

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Le passage manquant  :  

 avant-propos-genese-psyche-2008

Tables des matières 

conforme à l’original du manuscrit.  

 

(photo: Renaud Darridan)

 


 

 

“La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient

est devenue la pierre principale de l’angle”

Psaume. 118 

 

 

 

La publication de “l’Être, la Praxis, le Sujet” par les Editions Delga : 

 

En septembre 2015, Les Editions Delga publiaient courageusement “l’Être, la Praxis, le Sujet” de Michel Clouscard. C’est une publication très utile et je porte cela indiscutablement au crédit de M. Edmond Janssen et M. Aymeric Monville. Dès les années 2005, les Editions Delga ont réuni les conditions de possibilité d’une étude sérieuse des œuvres de Clouscard qui étaient autrefois introuvables pour la plupart d’entre elles. Ce serait témoigner de la plus coupable des ingratitudes si on ne reconnaissait pas leurs efforts pour diffuser et faire connaître les travaux de Clouscard.

Cependant, dans l’intérêt des lecteurs, une approche critique m’anime, notamment pour commenter et faire réfléchir à certains choix éditoriaux. Il se trouve que j’ai été la dernière personne à travailler sur l’ouvrage et la table des matières avec Michel Clouscard jusqu’en octobre 2008. Et qu’un passage a été supprimé, ainsi que des mentions dans la table des matières. 
Tandis que j’avais transmis l’ouvrage aux Editions Delga dès le mois de novembre 2008, je n’ai jamais été ni prévenu, ni consulté lors des travaux préparatoires surl’édition de septembre 2015. Si j’avais pu être consulté, j’aurais fait part des commentaires et des mises au point qui suivront. Car certains titres et certains mots manquent à l’appel, notamment ceux de “subjectivité ” et de “psyché”.  Et ce n’est pas anecdotique. 
Je ne livre pas ces remarques critiques pour des questions personnelles, mais pour l’intérêt supérieur de la raison collective, considérant que certains problèmes d’édition sont parfois extrêmement préjudiciables pour l’œuvre.

Je n’instruis aucun procès d’intention contre M. Edmond Janssen ou M. Aymeric Monville dont la bonne foi et la meilleure volonté ne sont évidemment pas mises en doute ici. Selon mon analyse, ce serait par un manque de discernement conceptuel et la minoration de ma compréhension des matières de l’ouvrage que des choix regrettables et dommageables ont été faits lors de l’édition. 

 

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Changement du titre de l’ouvrage et des deux parties de l’œuvre:

“Genèse de la Praxis” et “Genèse de la Psyché”

On peut regretter tout d’abord le changement de titre survenu qui a transformé “L’Être, la Praxis, le Sujet” en “Chemins de la Praxis – fondements ontologiques du marxisme”. Il est vrai que Clouscard lui-même s’interrogeait sur le titre à donner à l’œuvre et n’avait pas clairement fixé ses souhaits en octobre 2008, lorsque ses ennuis de santé nous ont contraint à suspendre le travail de relecture entrepris.
Par ailleurs, lors des travaux de relecture, Clouscard n’a pu opérer que sur la première partie de l’ouvrage, à savoir jusqu’au livre 7. Mais, à quelques détails près, on peut considérer qu’il avait achevé un travail de relecture très minutieux, voire obsessionnel sur cette première partie. J’ai réalisé de nombreux enregistrements audio avec l’accord de Michel Clouscard, notamment pour suivre les modifications sur la table des matières et la gestion des passages coupés que Clouscard souhaitait “réserver” pour une “cuisine” ultérieure. Par ailleurs, j’ai réalisé des sauvegardes très fréquentes des modifications qui permettront aux chercheurs de suivre ces changements dans le texte.

Le titre des deux parties de l’ouvrage sur les manuscrits est d’une part “Genèse de la Praxis” pour les livres 1 à 7 et d’autre part “Genèse de la Psyché” pour les livres 8 et 9. Ces titres n’ont pas été mentionnés dans la table des matières de l’Edition Delga. Or, on le comprendra, ce sont clairement des titres de partie tout à fait opératoires pour désigner les matières des deux grandes parties de l’œuvre et il est dommageable conceptuellement que cette division conceptuelle fondamentale n’apparaisse plus dans la table des matières publiée par les Editions Delga. Nous y reviendrons.

Deux commentaires simples me permettront d’expliquer pourquoi, selon mon analyse. Le premier est que l’expression de “Chemins de la Praxis” masque plus ou moins poétiquement la réalité d’un parcours dialectique d’un ensemble logico-historique. C’est à dire que l’émergence de la praxis de l’hominisation à l’antiquité a été pensée par Clouscard dans cette œuvre selon deux dialectiques complémentaires. La première qui occupe les livres 2 à 7 est la dialectique entre “L’Être, la Praxis, le Sujet” selon un axe diachronique, tandis que la seconde est l’étude de la dialectique entre “le genre, l’individu, le corps-sujet” dans les livres 8 et 9 selon un axe synchronique.

La première dialectique de l’être, de la praxis et du sujet occupait la “Genèse de la Praxis” tandis que la dialectique du genre, de l’individu et du corps-sujet occupait la “Genèse de la Psyché”. Différents passages de “Refondation progressiste” dans lesquels Clouscard expose ses travaux en 2003 reprennent exactement ces termes. Cette division est tout simplement la clé explicative pour comprendre l’expression d’alliance entre Prométhée et Psyché, c’est-à-dire l’alliance entre la praxis et la subjectivité. La troncature pure et simple d’un des termes de cette alliance est une erreur conceptuelle majeure et très préjudiciable pour la contribution de Clouscard à l’étude d’une philosophie politique pour dépasser le libéralisme libertaire ou réaliser une refondation nécessaire sans empirisme réactionnaire ou sans illusion métaphysique.

Le développement de l’étude de la dialectique “L’Être, la Praxis, le Sujet” et de la dialectique du “genre, de l’individu et du corps-sujet” dans le premier moment de la “philosophie de la praxis” peut alors déboucher sur  une “philosophie de la refondation” présente dans un nouvel inédit “Refondation Féodale”.  L’axe scientifique s’articule autour de l’étude de la “refondation féodale” est d’ailleurs le deuxième moment d’un tel projet de refondation progressiste. Je serais à ce propos très honoré de pouvoir être consulté en cas de publication de “Refondation Féodale” par les Editions Delga.

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L’avant-propos de l’ouvrage:

En août 2008, la première partie sur laquelle Clouscard travaillait, “Genèse de la praxis”, ne comportait aucune introduction selon moi. Je me risquais à une remarque pour proposer à Clouscard d’en rédiger une, car les lecteurs n’allaient pas pouvoir situer facilement le propos de l’ouvrage. Clouscard me répondit  tout à fait logiquement que le livre 1  sur la critique de la modernité réactionnaire était déjà une introduction suffisante pour comprendre son travail. Certes, dans sa perspective, j’approuvais. Mais, malgré tout, me risquais-je fort diplomatiquement, l’ajout d’un rapide avant-propos pourrait aider les lecteurs à comprendre comment raccorder “L’Être, la Praxis, le Sujet” au reste de l’œuvre.

L’idée ne plaisait guère à Clouscard qui peaufinait toujours sa rédaction du livre III (l’antéprédicatif) et n’aimait pas mes remarques fréquentes sur la prise en compte des lecteurs. Sa conception d’une rédaction dense pour l’histoire de la philosophie l’éloignait de toute “démagogie littéraire”. D’autant plus qu’il savait que je n’avais guère achevé d’étudier et de comprendre “L’Être et le Code”, donc il doutait que mes interventions soient vraiment représentatives d’une approche sérieuse de sa contribution. N’étais-je pas juge et partie alors?

Toutefois, après réflexion, il finit par accepter de me dicter un texte laconique et dense comme à son habitude. Voici ce premier texte qui est présent dans l’édition Delga:

La praxis permet de constituer le procès de production du genre humain.
La philosophie de la praxis consiste à établir le commencement, le développement, l’achèvement de cette praxis. Ce sont les trois moments organiques du procès de production. Il faut établir l’étymologie archaïque, le devenir historique, la modernité qui nous environne.
Cet ouvrage est consacré au commencement de la praxis. Il écarte tous les historicismes. Il doit dire un auto-engendrement, une genèse du procès de production.

‘L’Être et le Code’ retrace le devenir historique. La praxis atteint son autonomie: le mode de production féodal. La modernité est à la fois la fin de l’Être et la négation de la praxis. La philosophie de Heidegger l’illustre au mieux.Le procès de production  qui pourtant s’est fait constitutif de l’ontologie sociale est paradoxalement ignoré. L’inconscient collectif devient l’expression de la restauration de l’Être.”

Cet avant-propos permet de comprendre la place qu’occupe “l’Être, la Praxis, le Sujet” dans le reste de son œuvre et selon ma lecture permet d’étayer la thèse selon laquelle l’axe scientifique de “L’Être, la Praxis, le Sujet” était conçu comme l’étude de “l’ensemble logico-historique” allant de l’hominisation à l’antiquité et précédant l’étude de “l’ensemble (logico-historique) pré-capitaliste” telle que développée dans “l’Être et le Code”.
Cette thèse me semble fondamentale pour toute lecture de “L’Être, la Praxis, le Sujet”.

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La table des matières et le passage manquant de l’édition Delga. 

Une autre thèse est fondamentale, c’est l’importance de la division entre les deux parties: “Genèse de la Praxis” et “Genèse de la Psyché”.
En Septembre 2015, j’ai identifié des passages manquants dans l’édition publiée et j’ai demandé à Edmond Janssen, avec lequel j’entretiens une relation d’amitié et d’estime, d’afficher sur le site internet des Editions Delga le passage  manquants et de faire état d’un problème sur la table des matières.
Ce ne fut pas le cas.
Je le déplore et c’est pourquoi j’utilise ce site internet pour publier ce passage manquant. Cela se fait sans grande prise en compte des questions juridiques afférentes à cette démarche, mais je suis prêt à me conformer aux volontés des ayant-droit de Clouscard (à ma connaissance : la veuve de M. René Caumer).

 

Par ailleurs, lors des conférences sur Clouscard que j’ai données au Centre Suzanne Masson de la CGT, j’ai distribué une copie imprimée de ce passage, ainsi qu’une table des matières plus exhaustive que celle de l’Edition Delga. Sans grande réaction à ce jour. Quel dommage!

 
Pourtant, ce premier passage manquant appartient à la “Genèse de la Psyché “. Et il est CLAIREMENT fondamental car c’est à mon sens l’introduction de la dernière partie, la plus déterminante pour la critique de l’idéologie du libéralisme libertaire. Introduction qui permet tout simplement de comprendre les livres 8 et livres 9.  Ce sont toutes les problématiques des livres 8 et des livres 9, notamment la référence au Jugement Synthétique A Priori (JASP) chez Kant qui prennent sens. Et cela permet également de comprendre les annonces de Clouscard dans le livre 1 dans lequel il revendique d’avoir réussi à articuler l’approche hégélienne (la raison dans l’histoire) et l’approche kantienne (la critique des facultés).

Ces éléments proviennent du dossier numérique transmis par M. Edmond Janssen lui-même en Avril – Mai 2008. L’accès au manuscrit chez l’éditeur pourra confirmer cela.

 

Avant-propos

«Genèse de la Psyché»

On trouve déjà dans “L’Être et le Code” une logique du corps-sujet (La Génétique du Sujet) qui pourrait entrer en concurrence avec cette  “Genèse de la Psyché”. C’est pourquoi nous prenons la peine de rédiger un avertissement pour distinguer le texte que nous allons livrer de celui qu’on trouve dans un ouvrage publié.

[On peut] les distinguer sommairement selon les données suivantes:
La Génétique du Sujet s’intègre dans l’étude du procès de production d’un ensemble pré-capitaliste. Le pouvoir d’intégration de la structure féodale est mis en crise non par les données économiques, mais par les contradictions internes au développement de la praxis sous les rapports juridiques de la féodalité.
Au travers du passage des cellules productives originelles de la féodalité à l’Etat Nation de l’Ancien Régime, «le code qui ratifie la praxis, qui structure la cité est remis en question et par lui-même» (p. 369 EC). L’ étude de la génétique du sujet met en rapport le corps-sujet et corps social constitué, mais dans une praxis ayant déjà intégré le pouvoir de création de la subjectivité.
Ainsi, la praxis historique permet de dater et distinguer quels éléments objectifs différencieront cette étude du passage du cri à l’accession à l’entendement dans “l’Être et le Code” de celle qui va suivre.

Si les difficultés de l’étude présente – cette Genèse de la Psyché – peuvent partager des ressemblances logiques par rapport aux relations établies entre le corps et le sujet dans la perspective de la philosophie de la praxis que je propose, il faut pourtant impérativement suivre la genèse de la psyché comme l’étude de la constitution de ce qui pourrait apparaître comme une donnée «naturelle» de toute culture: les rapports dialectiques noués entre praxis et psyché au sein du procès de production.
Tout l’objet de la première partie du livre, le combat polémique contre l’épistémologie de l’ontique ou de l’invariant structuraliste ne doit pas être perdu de vue. Le négationnisme réducteur de l’ontique ou le réductionnisme structuraliste pêchent dans leur commune imprécision et impréparation épistémologique pour établir les médiations concrètes qui restent à trouver comme fondement historique des relations entre la corporéité et la spiritualité, entre le matériel et le spirituel. Et pour laïciser la tradition de l’opposition dualiste, issue du Péché Originel.

Poursuivre cette genèse de la praxis sans montrer qu’elle débouche sur une genèse de la psyché laissera ouverte l’erreur épistémologique consistant à supposer qu’on ne gagne rien de déterminant à interroger l’universalité de la psyché dans la praxis du point de vue de l’immanence du réel et du rationnel. Ce serait récuser le procès de production et abandonner le développement décisif de la praxis au flou déserté de l’ontique de l’ontologie de Heidegger ou la donation illégitime de sens selon l’antéprédicatif de Levi-Strauss.

Alors la signification gnoséologique et éthique du développement de la psyché pourrait échapper à Prométhée. On pourrait nous objecter éternellement un positivisme matérialiste de la donation de sens par le procès de production. Il est donc nécessaire de montrer que la praxis est rejointe par la psyché dans le procès de production. L’étude de la phylogenèse selon le procès de production doit être complétée par l’étude de l’ontogenèse.
L’homme synthétique sera la catégorie qui permettra d’achever la conceptualisation de la distinction entre l’homme originel et l’homme naturel.
On pourra se reporter au Livre III,  la subjectivité elle-même va participer à ce procès de production. Elle n’est pas antérieure et négatrice: elle est constitutive
Le procès de production est un paradoxe du temps: il date le commencement du genre mais assure aussi sa pérennité; il est le “toujours là” du genre. Autrement dit, à tout moment on recommence le commencement. L’acte étymologique est aussi celui du devenir.
Le procès de production est création et création continuée, principe du commencement et principe du devenir. Il se fait non seulement à l’image de l’être mais aussi selon la création continuée de Descartes. Constamment, le procès de production intervient pour que le genre persévère en son essence. Il est l’éternel recommencement de la création continuée. Il répète, mais il répète l’acte de créer.

Le procès de production est ce paradoxe de l’immanence de l’essence et de l’existence. Il inaugure et il continue. L’humain est toujours à son commencement. L’humain est toujours dans le devenir. La preuve, il répète le commencement mais comme valeur ajoutée! Le procès de production engendre le procès de production! Du coup apparaît une intemporalité!

Celle de la permanence de l’être du genre, l’immuable, ce qui est commun au commencement [du genre]  et au devenir du genre.

Tout est procès de production et n’est que procès de production.

L’immuable est l’ultime révélation de l’antéprédicatif.

Celui-ci apporte ce que les “ontiques” et les néo-kantiens cherchent comme pierre philosophale. Mais il s’avère que c’est tout le contraire de ce qu’ils souhaitaient! Ce n’est pas la suprême structure ou l’ultime invariant qui renverraient Prométhée au supplice pour imposer un univers de pierre et de la désertion de l’homme, mais l’atome insécable du temps actif, créateur, le temps du devenir, qui porte l’avenir en son existence, causalité et finalité garanties: le procès de production

Sans développer un trop long commentaire, Clouscard appuie clairement sur la nécessité de développer sa “Genèse de la Praxis” (livre 1 à 7) par une “Genèse de la Psyché”.  Et par ailleurs, on trouve dans ce passage manquant, l’ensemble des expressions singulières qui émaillent les livres 8 et 9, notamment la notion de “pierre philosophale” qui dans la relation entre le genre, l’individu et le corps-sujet, est la prise en compte du réalisme logique, à savoir le procès de production dans un moment synchronique de la relation de la phylogenèse et de l’ontogenèse.

Ensuite, Clouscard va entamer l’étude du livre 8 dont je donne le début pour information et compréhension de l’articulation manquante:

 

LE MONTAGE SYNTHÉTIQUE DU CORPS-SUJET :

L’ONTOGENÈSE

 [Pour poursuivre nos travaux, nous serons amenés à étudier] le montage synthétique du corps-sujet  sera la découverte du troisième continent de l’Atlantide [du concept], des continents perdus de la pensée humaine, des non-dits de la philosophie occidentale.

De la création du corps-sujet au pouvoir de création de la subjectivité. L’en-soi, donation d’existence.

D’abord, l’antéprédicatif. C’est l’entre-deux, de l’être et du genre, le commencement du commencement. Ensuite, la survie, comme autonomisation du genre à l’égard de l’être: la constitution de la phylogenèse. On peut [poursuivre ] et en venir, alors, à l’ontogenèse, comme plus grande différence possible entre le genre et le corps-sujet dans la nécessaire continuité établie par l’antéprédicatif et la survie. 
Il s’agit là des trois âges de l’hominisation, de l’évolutionnisme et du transformisme, de la création de l’existence humaine: l’antéprédicatif, la survie, le montage synthétique.

La connaissance «occidentale» en général et, en sa particularité anthropologique et en sa particularité de la particularité, la psychanalyse, est le non-savoir de ces trois états du genre humain. Tout croit commencer quand tout est déjà accompli. De là l’insupportable naïveté du discours freudien et l’imposture de l’Œdipe.

L’homme synthétique : l’ontogenèse 

L’homme de l’ontogenèse est celui d’un corps réel, concret, vivant. Parce que synthèse de l’originel et du naturel! Parce que fin et commencement! Déjà, un paradoxe et sa résolution.

Kant se demandait comment le jugement synthétique a priori était possible. L’ontogenèse répond par cela même qui fait son principe, sa nature: la synthèse de l’homme originel et de l’homme naturel n’est autre que l’homme synthétique. La réalité immédiate, donnée, notre-corps, le corps actuel, est déjà l’acte du corps qui a synthétisé a priori.

L’expérience qui manque au jugement synthétique a priori de Kant n’est autre que ce processus synthétique qui ne peut être qu’en donnant l’existence à l’originel et au naturel.”

D’ailleurs, certaines mentions demeurent non déchiffrés par les éditeurs en 2015. Après la lecture de ce passage, les lecteurs comprendront plus facilement pour la graphie de “JSAP” ou “ASP” mal écrite par Clouscard (atteint de la maladie de Parkinson) renvoie évidemment au “jugement synthétique a priori”, central pour expliquer l’antériorité des constituants du “sujet transcendantal” chez Kant.

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Les enjeux et la méthode: 

En conclusion, ces quelques remarques laconiques sur la question de l’édition du manuscrit original de “L’Être, la Praxis, le Sujet” permettent de faire tout simplement comprendre une division majeure de l’œuvre entre deux parties. Il s’agit également d’introduire à l’ensemble des problématiques des livre 8 et 9  qui sont si fondamentales pour relier alors “L’Être, la Praxis, le Sujet” à  l’étude de la “Refondation Féodale” (voir “Traité de l’Amour Fou”) pour exposer les éléments d’une philosophie de la refondation.
J’indique enfin qu’à ma connaissance, certains schémas manuscrits de Clouscard dans la fin des livres 8 et 9  ont été retranscrits en les simplifiant, notamment parce que les schémas originaux présentaient les moments de l’ontologie temporelle au travers du schéma des “temps en boucle” et “temps en nœud de lacet” mais également d’un “temps en double nœud de lacet”…  Ces précisions permettent de comprendre le montage synthétique du corps sujet et la modélisation théorique de l’ontogenèse dans son rapport au problème de l’idéologie, du temps subjectif et de l’épistémologie (idéaliste) néo-kantienne.

Autrement dit, c’est pour l’intérêt supérieure de la raison collective que j’ai réuni ici un ensemble d’informations factuelles déterminantes pour établir un état plus complet de la retranscription du manuscrit originel de “L’Être, la Praxis, le Sujet”.

Avant toute recherche de “méthode” pour lire, interpréter ou comprendre l’ouvrage, le premier moment d’une étude méthodique, à savoir le rapport au texte original et à la table des matières, me semble devoir être repris pour le plus immédiat bénéfice de tous les “ateliers théoriques” dont je soutiens la constitution.
Enfin, à la suite de mes remarques sur l’articulation entre une “Genèse de la Praxis” et une “Genèse de la Psyché”, je permets de faire remarquer qu’un intitulé plus heureux pour des séminaires de recherche autour de Clouscard devrait être “Ateliers de la Praxis et de la Psyché”.

La prise en compte de mes remarques permettra-t-elle de donner sens aux propos de Clouscard dans le livre 1 sur le préjudice théorique, idéologique et politique d’un “abandon de la subjectivité” dans certaines approches du progressisme? Approches qui ne sont clairement pas celles ni de Hegel, ni de Marx, ni de Clouscard. A mon humble avis.

Sylvain Bourgois, collaborateur de Michel Clouscard