Le Front National n’aura pas Michel Clouscard (Soral/Breton)

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Cet article paraît dans la chronique “Là, oui je marche” de Christian Riochet publié sur Facebook. C’est la 959ème chronique de cet individu.

Les milliards de lecteurs de “Là, oui je marche”ont constaté, j’en suis sûr, que pour l’instant je travaille à ‘Un film’, long métrage que je suis entrain de réaliser et que, donc, je ne dis pas grand-chose ici pour l’instant.
Comme on le sait je vis dans un petit village du sud de la France.
Où, en ce moment, les fleurs poussent à tout va et les oiseaux chantent à en rendre l’âme.
J’adore le printemps. Vivant avec moins de 800 euros par mois j’ai le bonheur de faire partie de ces 8 millions de français considérés comme étant sous le seuil de pauvreté. Je ne m’en plains pas. Je dirais même plus: je m’en amuse.
Mon entourage, amis et amies, me cajolent et me font mener une petite vie tranquille de bon vieux pépé. Parfois au détour du Chemin du petit bonheur (un parcours qui m’est cher dans la garrigue) me remontent heureusement de bonnes bouffées de haine de classe qui me réjouissent le corps.

Un article sur Clouscard vient de paraître sur internet.

Aux détours incertains d’Internet  – autant en emporte le vent de ce net – un ami me fait découvrir un article qui vaut son pesant de caca.
Je tiens pour politique personnelle un Ministère des Affaires Etrangères fermé, dépeuplé, mis hors circuit par désir d’éviter ces petites conneries de salon parisien qui émeuvent des pseudos classes dominantes, classes dominées par une sordide branlette intellectuelle qui les fait jouir du désir de montrer qu’ils peuvent encore,parfois, éjaculer.

Certes le ton que j’emploie ici est provocateur. Il me plait de l’avoir. La réplique pamphlétaire a perdu de son actualité en France, à mon grand regret. C’est donc avec volupté que je trempe ma plume d’oie dans un encrier rouge et noir de vitriol.
Cessons là les préambules mondains et tapons sur la tête de la bête immonde dont le ventre est encore fécond, comme dirait le camarade Brecht.

Monsieur Breton vient de donner un texte à Egalité et Réconciliation.
Cette association est un repère d’idéologues qui mettent tout en œuvre pour apporter au Front National une pensée structurée et qui se veut pertinente. Breton ne signe pas son article de son nom, il se borne à un «GdB», initiales d’une retenue toute faussement pudique et intitule son article: «Michel Clouscard et Alain Soral: même combat».
Breton revendique Clouscard pour le Front-National
Ce titre suffit à révéler l’intention: fourrer dans le même panier un extrémiste de droite avec un marxiste orthodoxe compagnon de route du PCF.
Breton fut, je veux bien l’admettre une relation proche de Michel Clouscard.

Clouscard est un sociologue et philosophe (professeur honoraire d’université) qui a publié en 1973 «l’Être et le Code» après quoi il rédigera plusieurs ouvrages qui déclinaient cette thèse de doctorat d’Etat.
Dans «Le Capitalisme de la séduction», Clouscard enlevait le masque: il reprenait le fil rouge de la critique de l’économie politique de Marx et renouait ce fil rouge à l’actualité d’après la seconde guerre mondiale avec une vigueur conceptuelle fascinante. J’ai moi-même publié de cet auteur aux éditions du Pavillon un redoutable «Les dégâts de la pratique libérale».
Clouscard est parti à la conquête des moulins à vent, Don Quichotte du concept et formidable bretteur au sein d’une intelligentsia parisienne qui le méprisa tout au long de sa vie. Il est mort le 21 février 2009. Les charognards tournent autour de son cadavre et s’arrachent des bouts de sa chair avec une volupté digne des luttes d’arrière-garde néofascistes.

Il ne s’agit pas ici de contester l’incontestable qualité de la compréhension que Breton a de la pensée et de l’homme Clouscard. Ce Breton-là connaît l’œuvre et le bonhomme, c’est incontestable.
Je dois dire que j’ai lu là pour la première fois une biographie conceptuelle de Clouscard de très haut niveau.[1] Quelques détails, purement anecdotiques, me semblent contestables mais cela est de peu d’importance. Le père Breton connait son affaire et livre Michel Clouscard en pâture au Front National.

Alain Soral fut aussi une relation de Michel Clouscard. Il fit même en son temps une préface à «Néofascisme et idéologie du désir», un remarquable pamphlet de Michel Clouscard reparu avec la préface d’Alain Soral en 1999 chez Castor Astral. Cette petite maison d’édition maintenait une tradition anarchiste libertaire de bon niveau. Sous l’impulsion d’un François de Negroni complaisant, Alain Soral a glissé sa plume de merde dans le parcours incorruptible d’un Clouscard piégé.

Michel – car je peux l’appeler Michel – n’a jamais eu selon moi aucun sens politique. Il avait et il a encore la belle âme d’un bretteur du sud-ouest de la France qui sait encore retrouver dans Cyrano de Bergerac, le coup de Jarnac qui terrasse l’adversaire. Mais cette faculté bien française lui a ôté la capacité politico-mondaine de savoir se protéger d’un entourage qui ‘prétentionait’ pour lui des victoires parisiennes, hexagonales, voire mondiales.

Michel se plaignait beaucoup de n’être pas entendu, au moins en île de France sinon dans son village et en tout cas partout ailleurs. Bernard Pivot le propulsa un jour au firmament d’ «Apostrophes» où ce pauvre Michel dut affronter un Jacques Séguéla tout à son affaire. Le bonhomme était ambitieux à juste titre.

Il avait la prétention de classe de ceux qui savent où sont les ennemis. Mais sa belle âme le rendait parfois aveugle. L’amour rend aveugle disait un aveugle qui aimait la vie.

Comme on le comprend il en va ici de ces petits combats de lâches qui encombrent les obscurs couloirs des Rastignac à la petite semaine d’un début de 21ème siècle qui cherche ses héros. Alain Soral, ce Rastignac, fut membre du PCF et «déçu» déchirera sa carte et livrera sa conscience politique d’honnête homme au FN. Ce mouvement de gauche à droite n’est pas nouveau. Et vice versa (lycée de Versailles) on a vu Monsieur le Président de la République Française, Monsieur François Mitterrand, passer des jupons de Pétain aux dessous salis d’un Parti Socialiste vautré dans le stupre de la Social-démocratie social-traître.

Cet Alain Soral-là jure maintenant ses grands Dieux qu’on ne l’y reprendra plus et que du PCF au FN il a maintenant trouvé sa voie: Egalité et Réconciliation. Cela pue le cul de basse-fosse et la manœuvre de récupération. Soral, Breton, et son innocente fille ratissent large. Dans cet article de Breton intitulé: «Michel Clouscard et Alain Soral même combat», ce bougre voudrait nous faire croire que Clouscard et Soral sont de joyeux drilles allant main dans la main sauver la nation française.
Ces jean-foutres manœuvrent de la belle manière et pensent que cela est possible.

Michel, mon ami

J’ai rencontré Michel Clouscard en 1963. C’est vers cette époque qu’une école de Corse s’est constituée avec lui, René Caumer, Louis Schiavo, Dominique Pagani et moi-même Christian Riochet. Il n’y avait personne d’autre à cette époque. C’est là-dedans que la pensée de Michel s’est élaborée dans une conflagration amicale, conceptuelle et terriblement humoristique.

J’ai suivi comme tous ceux de l’école de Corse, Michel jusque dans son lit de mort. Certes Parkinson couchait aussi avec lui. Mais je n’ai jamais entendu dire ce grand penseur que le Front National pouvait lui éponger le front. Il avait comme moi la haine de classe salvatrice.

La tentative de récupération de Clouscard par le néofascisme l’a conduit à répliquer à Alain Soral dans le journal l’Humanité en date du 30 mars 2007 («Aux antipodes de ma pensée»)[2]. Clouscard repoussait Soral à distance et lui crachait à la gueule de la belle manière.
Soral traitait déjà Michel Clouscard de «petit intellectuel pervers».[3]
Michel n’a jamais su très bien se protéger des premières attaques, des perfidies d’un club politico-mondain qui par ailleurs le flattait abondamment.
Et il lui sera et il lui est beaucoup pardonné mais je ne laisserai pas quant à moi ce petit connard de basse fonction venir revendiquer un cadavre qui aujourd’hui doit être définitivement consommé par les vers de terre auxquels il me fait penser.

Toute l’argumentation repose sur le fait que Michel avait les apparences d’un nationaliste farouche. Soral,Breton, sa fille et bientôt bien sûr Marine Le Pen vont tenter de s’appuyer sur ce prétendu nationalisme poujadiste Clouscardien.

Michel, mon ami français

Michel aimait la France comme un vigneron, comme un bon vivant, avec une appétence des femmes et des paysages qu’il aimait gaillardement partager avec ses vrais amis.
Certes il eu des complaisances mais qui ne fait pas de conneries dans sa vie?
Si Clouscard fait partie des idéologues du Front National, je veux bien me couper les couilles et les fourrer dans la gueule des manipulateurs afin qu’ils y retrouvent le sens des réalités.
Il va sans dire que c’est là une image et que je tiens trop à mes bijoux de famille pour aller les salir dans ces bouches à égout.

Messieurs, pour avoir Michel Clouscard, il faudra vous lever de bien plus bonne heure, à celle des travailleurs et des combattants, qu’ils aient 10 ans ou 70, de ces bons français qui vous pissent à la raie et qui maintiennent strictement une volonté communiste de parvenir à éclater de rire et à s’écrier enfin: «putain de merde si jamais nous arrivons à construire une société communiste eh bien mon vieux qu’est ce qu’on va se faire chier».

A bon entendeur salut.

Christian Riochet

Mercredi 1er Mai 2013, Fête du Travail

[1] Toutefois on retrouvera avec profit dans www.riochet-2.com rubrique l’intersubjectivité, un très bon article de Baran Dilek. Il y fait un compte rendu de la dernière conférence de Michel Clouscard, à laquelle il a lui même participé.

[2] http://www.humanite.fr/node/78732

[3] On pouvait remarquer que lors de la dernière conférence de Clouscard à Paris qu’il répugnait même à prononcer son nom et se moquait volontiers de lui et de ses prétentions d’annexion.